‹ Censure de 1827 (volume 2)Chapitre 48 sur 80 · HISTOIRE DE LA GARDE NATIONALE PARISIENNE · texte numérisé non relu

HISTOIRE DE LA GARDE NATIONALE PARISIENNE

Depuis $a fondation en lySg jusqu'à l'ordonnance di^ 29 avril 1827, par M. Créalu ComtIi ancien rédacteur du Censeur européen. (1)

Comment le ministère a-t-il pu déclarer authentiquement en face de la France que les 25,ooo habitans les plus notables de Paris , chefs par leurs lumières, leur industrie et leur fortune, d'une immense

(1) Un fort vol. in-8. Prix : 6 fr. Chez Sautelet et cûoi^ pagnie , libraires, place de la Bourse.

populatiou , ne pouvaient être rëunts en armes satis danger pour le gouvemement ? Telle est la question que chacun s'adressait avec surprise en apprenant le licenciement de la garde nationale. La surprise dura peu , la première impression pass^ ; chacun même se rappela que depuis long-temps on aurait pn prévoir cet éTéaemenl.

L'ordonnance du ag avril a fait naître un satttment plus durable et mieux fondé que celui de la surprise , le besoin de répondre à l'outrage ; et les tntoyens blessés ont compris avec raison que la ré- |K>u5e la plus digne , la plus énergique et la plus capable de faire réfléchir ceux qui ont commis linsuite, est lUistoire de cette garde nationale si ^nominieusement traitée.

Cette Histoire réclamait un écrivain indifférent aux individus, aux ^milles, aux partis; mab ami courageux et éclairé de lu population et de sa liberté. Aucun écrivain n'était donc plus capable d'écrire l'Histoire de la garde nationale que l'auteur du Coh seur européen, de ce journal qui a fondé le premier en France, depuis i8i4t cette opposition éle\'ée dont le principe est : Les choses et non les hommes. Tons t:eux qui liront le livre de M. Comte penseront avec nous qu'il est digne de son auteur et de son sujet.

1.^ Histoire de la garde nationale de Paris est le tableau de l'action de la population parisienne aux époques les plus intéressantes de notre révolution, depuis treute-liuil ans; c'est un récit qui présente uoe suite de faits jusqu'à présent iuaper^s ou négligés, parce qu'on n'avait pas encore envisagé l'histoire de

la révolution du pofat de vue où M. Conitë a clû se placer pour traiter son sujet. Il contient une foule de détails historiques du plus haut intérêt sur les ëvénemens qui ont accompagné à Paris la double invasion de i8j4 et de i8i5.

Rien dans l'histoire ancienne et moderne ne nous paraît aussi imposant que le tableau tracé par M. Comte delà population parisienne au mois de juillet 1 789. Paris était cerné de tous côtés par une armée formidable qui cm pt^chait l'arrivée des subsistances ; les soldats venaient de donner une marque de dévoilement au parti de la cour, en massacrant dans plusieurs occasions des citoyens sans défense ; l'immense population de la ville , sans armes , sans organisation , sans point de ralliement , paraissait dénuée de tout. moyen de résistance. Un jour de plus, l'Assemblée nationale était dispersée , ses membres les plus distingués jugés et exécutés; le parti de la révolution, la nation, étaient vaincus; dans cette situation terrible, la population de Paris, sans chef, sans autre impulsion que l'amour de la liberté , se rassemble au son du tocsin dans les districts. Cette multitude de marchands , d'artisans , s'organise et se crée des ressources : en deux jours , 48 mille citoyens sont inscrits sur les rôles de la garde bourgeoise , ^0 mille piques sont fabriquées , 4o mille fusils et de l'artillerie enlevés dans les arsenaux : le surlendemain , la Bastile est prise, et commence l'ère de la liberté.

Au jour du désastre comme à celui du triomphe , il y a toujours de la grandeur dans l'histoire de ia ^arde nationale. Tandis qu*en i8i4>le roi Joseph se

sauve y au risque d'être pendu par les habitaus d'un faubourg, et que les grands digoitaires imitent son exemple, la garde nationale défend la cité, et jusque sous les baïonnettes étrangères , maintient la tranquillité publique , protège les .personnes et les biens. £n i3i5, lorsque d'autres grands dignitaires , pour célébrer la conquête de la France, s'unissent aux orgies des étrangers qu'ils font partager à leurs femmes et à leurs filles , la garde nationale préserve la ville du pillage , et continue à porter la cocarde tricolore comme un acte de protestation contre l'invasion.

Enfin , c'est pour avoir exprimé le vœu de la France que sa dissolution est prononcée.

Mais nos ministres ne sont pas de taille à frapper d'un coup mortel un corps dont les soldats-dtojens eurent pour premier titre celui de vainqueurs de la Bastille. L'existence de la garde nationale est liée à Texistence de la liberté, elle peut donc être suspendue , proscrite , mais elle ne peut être détruite pour ne plus reparaître* En lisant l'histoire de la garde nationale de Paris , on verra quelle est l'immense force d'une population qui a la counaissance et l'amour de ses droits. Tout ami de son pays et de la liberté puisera dans cette lecture des souvenirs qui le rendront fier de sa cause , et lui apprendront à ne pas en désespérer.

Parisi Imprimerie de GauUier-^Laguîonie,

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