‹ Censure de 1827 (volume 2)Chapitre 49 sur 80 · CONSTITUTIONNEL · texte numérisé non relu

CONSTITUTIONNEL

Messieurs ,

N'ons ne cesserons àè nous récrier sur ces attaqtics simtiltançès ^ lirigécs à la fois contre le Constitutionnel e\r contre h Courrier , |ue Ton confond dans uoe haine commune, parce qti*on \oadrait es envelopper dans une (nême proscription»

Les articles accusés sont différens , mais l'accusation est la même \ m seul réquisitoire, une même audience, un jugement uniqtie , de» >eines uniformes, sauf aSo fr. infligés de plus au Courrier ^ potir le ait relatif ^ Thomme de la Morgue, dontiî a seul parlé»

Le but de ces attaques est connu j~ on n'en fait plus tny^tère $ )n poursuit ces deux journaux ; on provaque contre eux des conlamnations ; on annonce même que Ton s'en contentera, si légères ju'elles soient* Point d'appel à Tninimâ; une condamnation quel— roaque, parce que plus tard l'administra trôh s'en autorisera pour rapper d'autres coups. En effets messieurs , la maxime non éis ii% dent n'est bonne que pour vous : ^administration n'en veut point pour elle-même; témoins les brevets qu'elle retire aux imprimeurs condamnés , et les journaux qu'elle espère faire suspendre, lorsque le premières condamnations auront fait naître l'espoir de les cou* rt,ituer en récidive.

Certes , si telle n'était point l'arrière-pensée du ministère et du larti qiii influe si déplorablement sur ses actes, on n'eût point excité e procès qui nous conduit devant vous. Les deux articles incrimilés ne méritaient point d'exciter tant de courroux ; car on peut bien iffirmcr que, depuis plusieurs années, il n'y a pas un numéro qui le contînt, contre le ministère, une attaque plus vive que celle lont se plaint Taccusa^Dn.

Quoi qu'il en soit, il faut en apprécier le caractère. M. le rap-

>orteur m'a laissé le soin de vous faire connaître cet article ; lisons-

«donc , et nous verrons si c'est un article diffamatoire ou simplement in article d'opposition. (L'avocat donne lecture à la cour de l'arlicle nséré dans le numéro du 20 mai ; ii en fait remarquer le titre : Oes derniers débats de la chambre élective. 11 montre que les repro- :hes sont généraux, puisqu'il y est dit : « L'administration qui nous > opprime,.^, » On y parle des organes du pouvoir,,.. ^ , et l'on con- Int da tout que c'est un ch^de plus qjouté à tacie d^ accusation des ninisir^. )

Cet article , repi^rfcl IM». Dnpin , n^'est donc |)aiQt nn article dif- , faniatoire dirigé contre un corps ou contre un ifidividu déterminé, mais bien un article dirijjé contre le ministère et contre son système général d'administration.

L'article a tellement ce caractère de généralité, que, malgré tontes mes instances à cet égard, le ministère public n'a pu désigneraai premiers juges* le corps de radminiFstratioti qu^on aurait en es tuc

île difiFamer.

L'objection a été prévr.c ; Ton a senti qu*il fallait individualiser la diffamation, et trouver quelqu'un à qui on pût l'appliquer. C'est alors, Messieurs , que le plus triste auxiliaire a été adjoint au ministère public : M. de Çophigfioùest intervenu à randiencecommepartie civile. Vous vous plaignez d'avoir été diffamé, lui a-t-on dit, et par qui? — Par M. Guise, éditeur responsable du ConsUtuiionnd. — \jt connaisFez-vous, M. Guise? — Non. — Avez-vo^s quelque raison de vous haïr ?-^ Nullement. — Ma4s , au moins , êtes-vous nommé dan» l'article? — Je ne crois pas ; mais c'est de mdi certainement qu'on a voulu parler, puisque c'est moi qui ai été trouvé dalis les troubles.

Mais, alors, c'eft donc vous qui vous attribuez vous-même la

dilTamation? c'est vous qui la revendiquez? Allez-voUB-cn , M. de Copbignon , et payez les dépens.

Voilà ce qu'a dit le tribunal à M. de Copbignon ; et M. de Cepbignon s'est enveloppé dans la chose jugée, comme étant la vérité même; il n'a pas fait appel. Ce fantôme, qui avait appam un instant , a disparu avec la njéme fatalité. Il y avait un Cophignon en première instance ; plus de Copbignon en appel; el cependant il a laissé quelque trace après lui. L'argument que vous aviez d'abonl invoqué se tourne aujourd'hui contre vous. Vous aviez re<donna h nécessité dt la présence o^im individu quelconque pour qu'il pût j avoir diffamation ; clic s'est évanouie avec lui. Pas de délit , pas de condamnation possible.

Reste donc le ministève; car, je le répète, il n'existe aucune administration distincte que l'accusation, ait désignée; et p'>uriaiil c'est une condition indispensable de l'action en diffamation. Ceti est si vrai , que la loi 4la i(>mai 1 819 , qui permettait aux corps d agir pour leur compte , exigeait qu'au préalable il y eût une dtUbzmtion de ce corps , prise en assemblée générale et requérant les poursuites . Aujourd'hui la poursuite peut avoir lieu d office^ mais il faut toujours préciser quel est l'individu ou le corps soi-disant diffamé.

Le jugement dont est appel offre lui-même la preuve du vagnp de l'accusation lorsqu'il dit que « dans so# ensemble l'article «i» C'.>/<.ç/47«/iO/i/ic/ contient des «c diffamations envers des adminùsifnthi^ publiques y » sans pouvoir dire lesquelles ^ quoique tout le débat il*' ]»nMiiière instance ait roulé principalement sur cette difficulté.

D'ailleurs, les reproches ont tous un caractère de généralité qni prouve que l'article n'est dirigé que contre le système gtneral «^ fadininisirutiony qui^ dit - on , nous opprime^ et à laquelle on impute des manœuvres pour les élections, et l'emploi d'agens pDVJ- Cot<Mirs.

L\>ccu<alibn en diTamalion porte donc a faux : il n'y a pas J<

ipport entre l^e fait qu'on veut qualifier (Tt^lU el la loi dont on préiod le punir.

Au fond y et g'il fallait j,usrifieKlefi assenions de l'article incriminé, en de pins facile. Mon confrère Merilhou s'était chargé de ce qui îgarde les élections; il était pourvu de toutes les preuves, il deutparlerle preniier, et je suis surpris qu'il ne soit pas encore arrivé ; ais je ne suis pas, tellement au dépourvu que je n^ puisse aisément îpousser ce premier chef d'accusation. J'en appelle sur ce point à noioricte\ à ces plaintes si vives et si réitérées d'électeurs se préndant injustement exclus; d'autre part, qui oserait nier l'introjction frauduleuse dé plusieurs électeurs marrons qui n'auraient 18 du figurer sur les listes? Le système continue, quoiqu'avec 1 succès différent, puisqu'encore aux dernières élections de Meaux 1 a refusé d'adracitce M. le dukc dOtrante^, par le motif que son te de naissancç ne portait que le nom de Fouchéy ce qui , sait-on, n'offrait pas d'identité !

La loi nouvelle prouve les anciens abus , puisqu'elle a cherché à apporter des remèdes", eh se proposant d'ohleiïip. ce double ré- Itat, &i bien exprimé par le rapporteur de la chambre des paii's, ie rendre le jury plus impartial et les électeurs plus indépendans. » Nous verrons comment cette loi sera exécutée , et si elle triom lera des prtssentimens les pins funestes. Il en est temps ; et la uronne , si elle est bien informée^ a le plus grand intérêt à mentir les bruits qui circulent ; car, dans le silence de la presse ,

se propagent, ils pénètrent et font du i!avage dans l'opinion

Quant aux agen» provocateurs, le passé ^st là pour en déposëir. >8 souvenirs me dispensent de rappeler,, dç« exemples ifop, dou-* ireax, où le pouvoir est allé à la chasse de coupables réels ?c des coupables de convention dressés à ret xodieux manège , noie ces peuples de i'Jnde qui vont à la chasse des éléphans ivages avec des. éléphans privés.

f.es autres peproches tfe sont que des imputations vogues., a La ance jugera, » dit le journaliste.

Bt vou.s-même. Messieurs, appelés à juger des procès de la -sse , pLCUt-il vous échapper que ces causes sont toutes poliues , et qu'en les décidant , non-seuienient il vous est permis , is il esJL de votre devoir de porter \o^ regard:} sur la situation pays ?

lu commencement de ce procès, le ministère portait la censure is ses flancs ; depuis il en est accouché , et les funestes effets de te monstrueuse création se font déjà sentir.

.a jjresse est opprimée , et avec elle tout est entravé , tout" est uiet y parce que tout est menacé. Les bruits les plus désolans ulent et s'accréditent par la défense de Jes réfuter. In effet, Messieurs, cette censure, comment est-elle exercée? iment ^e pratique-t-el'e à Tencontre du Cotistitutionnel? quelles lœuvresn'a-t-on pas employées , non-seulement pour l'entraver ime principal organe de l'opposition , mais pçoi* le détruire ime propriété privée ? Cette censure s'exerce de la manière la ; violente, la plus odieuse. Je vais le prouver. In m&BCi^ teçips que paraît la censurç , Le Moniteur publie ^ un

arrtcl0 béiiki , où 1i yerife les douceurs probableg de ce iioB?eaa régime, la futare éqaité des censeurs, qui laisseront passer tout» les dMcnssioDs modéi^ées, et ne peiranclieront qu^é les iaexactitudei et les personnalités.

Vaines promesses, bientôt démenties par les fiaîts ! Toiu les articles politiques sont ou biffés en entier ou mutilés dans ieun plus notables parties : ce qui était, foii: est rendu faible, od tronque les récits , on arrête les nouvelles ; ce qui est permis a d'autres est in^rdit au Constitutionnel i ii devient Xilote de Ii presse.

£t cependant voilà que les journaux restés organes de nuoisière , b (iazetie de France , eôrichie de rKloile qui est veaae se perdre dans sou orbite , se mettent à célébrer c^ qu'ils appellent ramélioratiou du Constitutionnel : il &';^mende „ dit la GÎâette th France j « désormais il faudra compter tout autremeat avec > lui ; il faudra bien le Wre ^ l'écouter , s'il s'appuie sur le» » principes conservateurs de la raison , s'il rabonne , s'il pjrle 3> avec l'air de la conviction et de bonne foi , sana violence , ssbî m injure et sans menaces. 9 Ou fait dire la même chose à quelques journaux idc département ; le Moniteur lui-même les répète ; et â l'appui de ces éloges hypocrites , dont l'efiPet a été froidement <*alculé y ou insinue et on répand que le ConsU'tutinnnel ai vendu! et quelques badauds de répéter : il est vendu! Le public se laissera-t-il prendre à ces per^des insinuations? Comprendra-til en&n de quelle source impure elles sont ve&ues ? Von, non, It Cônsiiiuiionnel n'est pas vendu ; ou peut momenlanément rencbai^ ner^ mai$ il ne sera jamais servile. (Vive sen^^tion.'}

Magistrats, si vous me demandez des preuves de ce quej'avaoc« il ne me sera pas difficile de vous les donner. J'ai dit que des sr ticles permis k d'antres journaux étaient cependant interdits t» Constitutionnel. Réduit à vivre d'empruut^ il citait parfois le Mcmteur. Le 6 juillet , il s'est avisé de répéter un petit article aïod conçu ; Le Moniteur d'aujourd'hui assure que la résolution if* -9 puissances par rapport à* la Grèce a produit le meilleur effet • La censure a laissé passer ces deux lignes : mais, qui le croirait: elle a eaffcé ce qui suit : « Et que Léon ZU, qui voyait depuis biei » long-temps avec tristesse cette lutte du croissant avec la crou a» ne désirait que, le moment où il pourrait se mettre à /a Uu «li » cette nouvelle croisade contre les musulmans. 1» ( Mouvement ai surprise dans l'auditoire.) Le pape se mettre 4 ^^ téie! je le croi^ quand les rois seront à la suite! Mais enfin, le passage , tel qu'il est est honorable pour le saint-père. Il prouve qu'il sait comptîr malheur de ses frères d'Orient. Pourquoi donc empêcher la Ck' tutionnelde répéter cette fia d'article? Pourquoi? pour avoir oc sion de dire qu'il est ennemi de la religion , et qu'il évite de l'éloge de ses ministres , alors même qu'il est le mieux mérité.

Une autre fois le Constitutionnel transporte dans ses coloc tin article de la Quotidienne ; la censure, laisse passer la cita Mais le Constitutionnel y joignait des réflexions; la censure efface ; et de rire ! En effet , la Quotidienne et le Cansiiiuiix-' ' '^lument le même langage, quoi de plus plaisant ?

Un malhear est arrivé il y a peu de jours. L'Aml>^u-Oainiqae a^ été dévoré par les flammes-. L'inceudie ,» £i} lieu aprè? le. spectacle^ L'auDonce de cette nx)UveUe se troçive dans la Quotidienne ^ datée de minuit. Minuit! quoique. les bureaux, de. la censure ferment à dix heures; c'est sa loi du couvre-feu. La Quotidienne n'est donc pas censurée, ou elle Test donc avec bénignité? Le lendemain le Constitutionnel répète l'annonce et laisse le mot minuit f mais la censure Tefiace (même ipouvement)> et supprime ainsi la trace ^'une faveur que le Constitutionnel est bien loin de partager.

Von lez- vous savoir, en effet-, comment k censura travaille le Constitutionnel ? Je veux vous en donner une idée. Vous voua rappelez que jadis ta censure effaçait avec de Tencre rouge, ce qui- lut déplaisait ^ souvent daqs nos plaidoieries^ de Tan dernier, nous vous avons indiqué ce mode de suppression. Cette aunée, .elle est revenue à son instrum^it favori ; elle a ressaisi ses redoutables ciseaux. "Voici, Messieurs, l'4i|prge qu'elle en fait : les jeux, en le voyant, saisiront mieux la chose; veuillez lies tourner vers moi. (Tous lés. yeux sont fixés sur le défenseur,- qui prend une fiasse contenant divers articles du Constitutionnel ayant passé par la, censure.)

M*. Dupin, tenant suspendu un de ces articles t <r Regardez, Mes^sieurs celui-ci , auquel des suppressions intercalaires ont donné la. forme du râteau,,,, (Rire général et prolongé.)

M'. Dupin ; « En voici un autre , découpé avec tant de dextérité ^^ qu'on peut le comparer ^ un morceau de dentelle, (Les rires redoublent.} Examinez- toutes cçs lacunes qu'on a fait subir aux pensées de l'écrivain • et cela sans s'embarrasser si ce qu'on laisse conserve quelque seas. Ea voici ui;l troisième Représentant uile page dont la censure n'a laissé que les marges blançnes, ce^qui d(inne 4 l'encadrement la figure d'un moule à brique ^ du genre de teux qu'on emp'oie dans les tuileries. (î^ ou veaux éclats de rire.) Mais, le croîriezvous ! au haut de cette page rendue vacante par la suppression totale de l'écriture, un censeur a écrit , sans aut,re ejiplication , ces deux mots : à refaire, » (Mouvement marqué dans l'assemblée.)

M*". Dupin pose ces articles à coté de lui^ et aussitôt de jeunes avocats s!en emparent- pour satisfaire leur curiosité.

M*. Dupin, vivement : « Prenez garde. Messieurs, ne les égarez pas ; ces pièces sont nécessaires an Constitutionnel, On jserait trop iieureux qu'il ne pût pas les représenter, pour avoir, un prétexte de^- Ic suspendrjB. <

Voilà, Messieurs, continue M", Dupin, voilà cbmm^ on- traite le Constitutionnel! Et ensuite quand on l'a aiiisi tronqué , mutilé >^. défiguré , ou fait répandre par des affidés le bruit qu'il n^est plus lui , qu'il est vendu ! On veut détruire la fortune de ses propriétaires^ et ruiner le crédit de ses rédacteurs! (Mai'ques très- vives de sensation.)

Si, du moins, après avoir ainsi créé des blancs, opéré des suppressions, des mutilations de tous genres, la censure permettait de laisser des intervalles en blanc, ou en lignes ponctué'és , le lecteur ne s'y méprendrait point. l«i Censure usait jadis de cette Idléranee ,

et il n^est pas an 4e tous qai ne 8e rappelle •d'ayoîr Ta les journaux oeosarés offrir de semblables iaçones : qaelqaes-ans même y plaçaient en forme de i^ignette ane paire de ciseaux oaverts pour indiquer la cause de la suppression Ce droit de l'an dernier est eacore exercé par les journaux de province. Voici, par exemple , lePrécurseur'de Lyon, du 7 juillet, qui exprimait sans doute les souffrances du commerce ; ses doléances sont restées en blanc. Yoici TEcho du Tfordy du 5 juillet, qui débute par un grand quinconce de lignes ponctuées , où Tceil du lecteur cbercbe un sens et n'aperçoit que b. Censure.

Mais tant de bonne foi n'est que poar la province ; à Paris» comme centre de vexation et siège de la censure-modèle j il faut se replier sur soi-même et cacber ses plaies. Et le Moniteur^ pendaatce temps-là, continue ses monologues l \\ raille qui ne peut lui répondre ! il a raison k la manière de ceux qui parlent tout seuls !

Réclamerez -vous ? et comment ? il n'y a pas , dit-on , de pires sourds que ceux qui ne veulent pas entendie* Le Constitutionnels voulu s'assurer de son droit; il a demandé une consultation. La laisser insérer eut été un effort de vertu , un sacriBce dont la censure n'était pas capable : elle n^ pas même voulu laisser passer rannonce de cette consultation. (Nouveau mouvement.)

Un pair de France, M. le duc de Cboiseul, avait adressé au Con^ stUutionnel une lettre que la censure a biffée. Il s'en est plaint à M. le vicomte de Ronald , son noble collègue... à la cbambre des pairs. La censure n'a pas permis la siinple annonce de cette réclamation, ( Sensation iparqnée , même dans la cour. }

' Ainsi , loin d'écouter aucune plainte , elle ne sait répondre que par des refus. L'un des rédacteurs du CanstUulionnel a eu avec le cbef des censeurs une conversation <.q^i eut mérité d'être sténographiée. Oti se rappefle l'impudence de cet ancien ministre à qui, sons l'ancien régime , on reprochait l'iniquité de ses actes, et qui répondait froidement : Eh , mon Dieu i qui vous dit que cela est juste ? — De même , la censure à toutes ces interpellations des rédacteurs : « Mais ce refus de laisser du blanc est injuste , mais c'est de la 3t la déception; c'est tromper nos abonnés, c'est nous compro- M mettre nous-mêmes , nous ,rendre complices d'un fait qui n'est 3» pas le nôtre. » A toutes ces interpellations , dis -je , la censure n'a fait qu*une seule réponse : « Faites comme il vous plaira ; mais » prenez -y garde, un seul blanc» d'une seule ligne, et je ne vous » \i$e plus. — Mais c'est dç l'arbitrai ré , c'est de la tyrannie ! — Eh! M sans doute , c'est de l'arbitraire , c'est de la tyrannie ; mais » enfin nous sommes les maîtres , nous avons le pouvoir, il faut » en passer par-là. »

De fait, messieurs, la censure a usé, je ne dirai pas de ce droit (car ce n'en est pas un) , mais elle a refusé de viser les articles d'un journal qui, par-là, s'est vu suspendu de fait, et a cessé de paraître. Je veux parler de la France (7AreVi€/i7ie, journal que la congrégation de \index% d'abord voulu frapper , preuve évidente que la censure n'est pas seulement exercée dans l'intérêt des ministres , mais surtout dans celui des ultramontains. Je crois cependant 'que ce journal eût pu toujours paraître j car, en droit,

une condition est oensée accomplie quand ç^lui à qui elle ëtaiT imposée a fait tout ce qui dépendait de lui pour l'accomplir. ^ Jl fallait donc faire faire à la censure utie sommatldn d eviser^ je ne puis croire qu'aucun huissier n'eût voulu faire un tel acte; encore moins qu'un magistrat compétent eût refusé d'en commettre un en cas d'hésitation ; et , après avoir ainsi mis la -censure en demeure d'exercer son droit, le journal n'eût fait qu'user réciproquement du'^sicn, eu continuant de paraître. Peut-être en viendra-t-il là.

Messieurs, je le demande, exercer ainsi la censure , est-ce tenir les promesses doucereuses, du Mdnileur? est-ce agir avec respect pour la vérité , pour les propriétés , pour les personnes ?

Les personnes ! eh quoi ! deux honnêtes professeurs croient qu'il leur importe de réfuter le bruit de leur nominatioù comme censeurs. Telle est , en eifet , Messieurs , l'idée qu'on attache maintenant à cette fonction , que , malgré l'ardeur asse^ générale avec laquelle on sollicite aujourd'hui les places, celles de censeurs, quoique largement rétribuées , trouvent difficilement des gens qui veuillent les remplir i (Profonde sensation.) Cependant les censeurs acceptans , blessés par. le refus de ceux qu'on leur avait destinés pour collègues, n'ont pas permis à ceux-ci de faire connaître leur démission. Après un intervalle de quelques jours, on a seulement lu qu'ils avaient été remplaces , comme pour faire équivoque avec une destitution.

Le savant M. Guvier a éprouvé la même résistance à faire connaître son honorable abstension. EnGn , vous vous rappelez que, plaidant devant vous avec tant d'élévation et de chaleur d'âme , M. Kératry a pxprimé l'espérance qu'un magistrat, impliqué dans ces nominations-, avait aussi donné sa défniSsion d'un^ emploi aussi incompatible aveu la dignité qu*<avec l^âilé'pëndance'dib la magistratare : or, il faut que vous sachiez que la censure a supprimé ce passage, malgré l'assertion du Moniteur^ qui a menti, en disant que rien n'avait été retranché.

Est-ce là de la vérité , de V impartialité ?

Que dis-je? l'impartialité ! quel est ce mot? il se trouvait dans un article du Constitutionnel. Voici à quelle occasion. Dans un article du i4 juillet on lisait : «c Les censeurs nommés à Mai\seille sont » BIM. Lan tard , exagent de change, et Mayouse, juge suppléant. » Ces messieurs ont assuré qu'ils seraient impartiaux , et qu'ils ne » censureraient que les personnalités. » Cette seconde phrase a été biffée en entier par la censure parisienne. ( Mouvement d'étonnenient dans l'auditoire. } Elle n'a pas voulu qu'on parlât de l'impartialité d'à ut ru i , quand elle affecte d'en manquer elle-même.

£n voulez-vous une preuve évidente ? je vais vous la. donner. Un petit journal , appelé le Foya^eur, est consacré à annoncer aux honnêtes provinciaux qui viennent visiter la capitale , ce qu'il y a de curieux à voir. La girafe s'y trouve , comme bien vous pensez ; c'est une nouveauté; elle est visible tous les jour, de midi à deux heures. Le journal annonce aussi que le lundi M. Yillemain fait 'un c >urs de littérature. Y a-t-il là matière à censurer? Oui, Messieurs : l'annonce du cours est supprimée , on laisse seulement passer l'article Girafe. Aile; voirlabête^ mais n'allez jpas entendre .l'homme d'es-

prit, le littérateur aussi recommandable par son beau taie at que par son géaéreux caractère , cet académicien félon , qui a osé récianier pour la liberté de la presse ; et pourtant te cours est public , il est autorisé parle goaveroemeut ! N'importe, Taûnance est biffée ; allez voir la bête, vous dis-je^ mais n'allez pas entendre réloquent professeur ! ( Rire prolongé. )

Que ne biffera point la censure, puisqu'elle empêche même de citer ÏEifongiie! N'a-t— elle donc pas , dans un article fourni par uq écrivain parlementaiiie , dont le nom honore l'ancienne et la nouvelle magistra.ture , effacé ces mot3 appliqués, aux prêtres : Soyez soumis aux puissances!

Puisqu'elle efface les. maximes de l'Évângile,- comment respecterait-elle la charité qui en est l'âme, et qui , au dire de l'apôtre, surpasse même la foi? Et bien! Messieurs , il n*est que trop vrai, la censure a supprimé l'article suivant dans lé numéro du i5 de ce mois : « Un membre, de l'académie, française-, auteur-des Deux » Filles spectres y drame qu'on doit jouer incessamment ad théâtre » de la Porte Saint-Martin, nous écrit pour nous annoncer qu'il » fait don de la t<HaliLé des droits d^ auteur de cette pièce , pour » toutes les représentations, qui pourront avoir lieu pendant un » an, aux victimes de Tincendie du théâtre de rAmbigu-Comiqne. » ( Vif mouvement de surprise dans l'auditoire. }

Pourquoi arrêter ainsi l'élan de la bienfaisance ? Craignait-o^ que lexemple ne devînt contagieux? qu'il ne fût imité par d'autres? £h ! Messieurs y les mêmes passions se retrouvent partout. Cet académicien est «ncore un homme indépendant : c*est M. Lemercier. Cet offre généreuse pouvait lui faire honneur^ ct'foilà pourquoi on Ta retranchée, sans égard pour les ,malheurtu«es victimes de 1 incendie.

Dès-lors , je ne m'étonne plus de tnen ; je ne suis plus surpris que l'éloge du vertueux duc de La Rochefoucauld, prononcé dans la dernière séance de la Société tie la morale chrétienne , par M. le duc de Broglie , avec toute la philanthropie qui distingue ce noble pair, ait été biffé par la censure. On a jeté son cercueil sur le pavé ; les journaux du parti ont insulté à sa cendre ; il faut empêcher son éJoge I Mais son souvenir est au fond des cœurs ; la mémoire de l'homme bienfaisant et juste ne périra jamais; on dira toujours avec attendrissement et reconnaissance en parlant de lui,, le bon duc de La Rockefoucauld' Liancourt ; on le dira, parce qu'il le mérite; on le dira , parce que ceux qui donnent le mot d'ordre à la censure n ont pas voulu qu'on le dît.

Enfin, Messieurs, la presse ne fut jamais plus utile qu'en signalant des abus graves , des attentats contre l'humanité. La publicité de tels actes est le meilleur, souvent le seul moyen d'en empêcher le retour. Gomment donc, si là censure n'est instituée que pour le mieux de la société sous le meilleur des ministères possibles, avoir empêché de publier l'article suivant?

(t On nous adresse cette question : Je désirerais savoir si U » chff d'un . régiment a le droit d' infliger des punitions qui ne » sont pas au nombre de celles qu'autorisent les règleuiens milt" ^ f^.v^i. 3 Nous répondrons «que , non — seulement aucun cluf

» de corps, aucan géôéml n*a ce droit j mais que dana le cas dont » U s'agit, ai le fait qui donne lieu à cette question est vrai, il j » a lieu de poursuivre le chef et de le traduire devant un conseil M de guerre^

9 Voici le fait : Dans une des villes de garnison du centre de la » France, un chef de corps a fait attacher le long d'un mur, tête M nue et à l'ardeur du soleil le plus brûlant , un soldat dont les ^ deux bras, étendus et liés au poignet, étaient retenus par des » cordes que des clous fixaient à la muraille. Ce supplice d'un » genre nouveau est, dit.on,. emprunté au Code russe. La" ville >• dans laquirile il a été étalé avec une affectation barbare, en *» témoigne sa vjve indignation. On dit que le général de division , * averti par la clameur publique , s'est rendu à la caserne où €«8 » sévices sont exercés ; qu'il y a trouvé des carcans et d'autrea » instrumens de supplices, et que des reproches très-véhéoxeas ^ ont été adressés par le général au colonel. Des reproches ! ce M serait bien peu , si , comme on nous Técrit , à sa dernière cxpos.ij* tion , le soldat succombant sous le poids de /ses douleurs , ne fut » 4étaché et transporté à l'hôpital que lorsqu'un, vomissement de » sang eut annoncé que sa vie était au moment de s'éteindre. »

Pour faire goûter cet article à la censure , il eût sans doute fallu le tourner de la manière suivante et dire : cr Un officier qui a servi » long-temps avec honneur en Russie, en a rapporté un petit sup- V plice qu'il a essayé de naturaliser dans son régiment , et dont on » attend les meilleurs çfFets pour ^avenir. » O honte de Thumanité! ce son* de pareils f^its qu'on çmpeche de porter à la connaiswnce d'un,, peuple civilisé! com^ç s'il n'était pas de l'intérêt du prince comme de l'intérêt national 4' empêcher qu'on ne naturalise iiinsi parmi nous des supplices propres à exaspérer l'esprit de ceux qui les souffrent , et de ceux qui en sont les tristes témoins !

Messieurs, ne soyons plus .surpris de tant d'honorables démissions! Ne soyons plus surpris si chaque soir, ceux qui exercent pinsi la censure se jettent dans un fiacre escorté de gendarmerie |)Our regagner leurs domiciles !

Gardons-nous donc d'aggraver la condition de la presse, déjà si malheureuse!

Mais, dit l'orateur en terminant, ces considérations même deviennent superflues. 11 suffit que le prétendu délit de diffamation ne puisse se fixer sur aucune tête, pour qu'il y ait lieu d'absoudre |e^ prévenus.

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