DE LA SECONDE ÉIDTION
Le public a enlevé la première édition de cette brochure plus rapidement encore que je ne l'ai écrite, bien que la censure n'ait pas permis de l'annoncer, et qu'à la poste on ait refusé d'expé-
dier les exemplaires destinés aux départements. Cela ne prouve rien pour le mérite de l'ouvrage, mais cela montre à quel point l'opinion s'est prononcée en faveur des tribunaux, avec quelle ardeur elle réclame les libertés publiques et repousse le système ministériel.
J'ai à peine eu le temps de faire disparoître quelques incorrections de style, échappées à ce que je pourrois appeler une improvisation écrite. J'ai ajouté peu de chose au texte, mais je veux consigner ici un nouveau fait de la censure actuelle.
La censure, comme on l'a vu, avoit mutilé, dans le Journal des Débats y un article relatif à monseigneur le duc d'Orléans : elle a été plus rigoureuse envers le Constitutionnel, qui s'est avisé de parler de monseigneur le duc d'Angoulême.
La chose m'avoit paru si improbable que j'ai voulu voir pour le croire l'article supprimé, supposant qu'il y avoit au moins à cette témérité censoriale une ombre, une apparence de prétexte. Qn va en juger; voici l'article :
a Nous publions avec un vrai plaisir l'avis suivant qui nous est adressé du cabinet de S. A. R. le duc d'Angoulême :
a Messieurs les membres de la société royale » des prisons sont invités à se trouver jeudi 19 de D..ce mois , à une heure , à la séance de la société ,
» présidée par Son Altesse Royale , et qui se réu- » nira chez Monseigneur. »
ce Puissent tous les abus qui sont si malheureusement enracinés dans le régime des prisons, et qui excitent depuis si long-temps la soHicitude de tous les vrais amis de l'humanité et de la religion, être connus du prince! Puisse l'administration, docile à sa voix, réformer des scandales affligeants pour toutes les âmes sensibles ! Puiss6t-elle purifier le séjour infect où tant de victimes diverses sont si malheureusement confondues! Ce que nous désirons surtout , c'est que l'intéressant ouvrage que vient de publier M. Appert soit mis sous les yeux du prince, et qu'on ne lui cache aucun de ceux qui sont de nature à l'éclairer sur un objet si digne de sa bienfaisance et de son humanité. »
Il ne s'agit pas des doctrines du Constitutionnel, qui, sous tant de rapports, ne sont pas les miennes; cette feuille d'ailleurs m'épargne trop peu pour qu'on puisse me soupçonner d'avoir un grand penchant pour elle; mais \\ s'agit de la raison, de la bonne foi, de l'équité, des principes. Y a-t-il rien dans l'article précité qui ait pu mériter la colère des rogneurs de plyases? Il ne sera donc plus permis de parler d'humanité, ni même de religion , car le mot se trouve dans l'article; ainsi le nom d'un prince restaurateur
(54) d^ pptre. armée, ce nom que l'Europe respecte, que la France a inscrit dans les fastes de sa gloire, est rayé par quelques censeurs obscurs dans un bureau de la. police! Il est vrai que ce prince, tout chrétien qu'il est, est. soupçonné d'aimer la Charte; il Jds\ vrai qu'ei> Espagne tous les partis ont trouyéun abri derrière son épée ; qu'il a prêché la concorde au milieu des divisions ; qu'il a réprimé les écarts de la liberté comme Içs fentaisies 4ei l'arbitraire; qu'il s'est. opposé aux réactions et aux vengeances; qu'il n'a pa^ souffert que des . proscriptions déshonorassent ses armes , et que les bûchers de l'inquisition devinssent le$ autels élevés à ses victoires.
■ Paris, le 20 août 1824. .
AVERTISSEMENT