‹ Censure de 1827Chapitre 13 sur 91 · AFFAIRES DE LA GRÂCE · texte numérisé non relu

AFFAIRES DE LA GRÂCE

La Grèce a enfin obtenu pour seS' restes san-^ glans une protection puissante. Son^salut ^semble décidé. On peut dit^ que c'est la presse libre qui l'aura sauvée.

On se ^c^Tient de l'aecuell que les Hellènes trôarèrent au- congrès de Yéroa», quand il»frap*

(6) pèreat ea supplions à la porte des rois sans avoi r d'autre recommandation que leurs droits , lejir oulte y leur héroïsme , leur martyre , leur nom. Us eurent beau dire c.e nom si grand, Ofi ne leur ouvrit pas.

Mais la civilisation ne pouvait être indifierentf» aux malheurs de sa mère. L'imprimerie ne pouvait refuser son assistance au peuple. qui a propagé récriture et les lettres sur la terre. La France surtout ne pouvait entendre sans s^émouvoir les gémissemens d'une nation mise en coupe par le cimeterre des barbares , entraînant dans sa chute les restes d'Argos, de Sparte, d'Athènes, et mouiiant aux cris de religion et de liberté.

On sait quelle croisade digne de notre âge se forma entre tout ce qui écrit, tout ce qui sent , tout ce qui pense , pour implorer, de la pitié des peuples et des rois, le salut de la Grèce.L'dssîstâi^<^^ des femmes ne manqua point dans une entreprise où il s'agissait de guérir des plaies , de saur ver des prêtres et de jeunes filles de la honte et de l'esclavage ^ de conserver des chrétiens à la foi de leurs pères, de faire l'aumône, et de prier comme en d'autres temps on aurait combattu. Les croisés nouveaux eurent une inépuisable constance. Euxaussi portaient sur leurs bannières : Dieu le veut ! En effet. Dieu l'a voulu : car il veut toujours

(7) le triomphe de la justice parmi les hommes; La Chambre des pairs de France a eu la gloire d'être le premier corps politique en Europe cjuiait songé à convertir en loi le cri des peuples. On sait ce que cette loi devint dans les mains du ministère. M. de Chateaubriand Tavait" amendée ; il y était jfoit mention de la pitié due à ces fils de l'église d'Orient^ vendus sur les marchés du Caire pour grandir Musulmans : elle fut retirée. Mais enfin depuis lors les résistances s'affaiblirent. Le Momieur seul protesta de temps à autre contre la voix du genre humain. Dans la session dernière , il ne se trouvait plus pour combattre la Grèce, la France et l'humanité, que l'éternel adversaire de la conscience publique ^ l'orateur que cette puissance rencontre à la tête de ses ennemis, seit qu'elle défende les franchises nationales, soit qu'elle attaque la traite des noirs; (Ml veut dire M. Dudon.

Cependant le gouvernement anglais s'était donné la gloire d'ouvrir à Saint-Pétersbourg des négociations pour le salut de la Grèce , et l'heureux duc de Wellington . eut l'honneur d'en signer Je protocole. Le ministère resta étranger à cet acte d'une habile politique. Il laissa discuter, sans le concours de la France , le sort d'une nation riveraine de la Méditerranée , maîtresse

4|liçs.çt d^ mers $dns cesse visitéisâ par le«coiiii^çrOe ^iipçaji^ ^ el 3e€OWoe des cri& , dea deniers , dp cQurâ^ge.dçlaFrijpEMîe. . /

.. TQuIiefoîs^ ujpte justice est due au ministère. M^^r^ cette loi fatale d'impopularité sous laquelle i} s^$ûbl^ être cou traint d'accomplir sajdeatînâe 9 il jp'avait pa9 en une li^aine pnofonde le. itcnu de 1 opinion etrbéro'isme des Hellènes; sauf jquelques brutalités, de tcibuoe ^ et quelques coiipa de forée frappés çàetlà, sous le nom de représaiUep , sur le pejuple, deis îles., le cabinet finit par être aecourable^ comme Ja nation^ à. ces . grandes infor<tvipes. M« le comte, de '\!illèle donna de boaoea paroles à ce nc4>.le comité de Paris qui sfest con^ cîlié l^estimie du monde par ses efforts aussi éclai* rés que généreux pour la plus sainte des. causes. Enfin , la marine française sauva des femgotea^ des filles , des religieux , des martyrs , des cités. Elle intercéda pour Napoli de Bomanie ; elle a intencédé pour .Athènes. Le parillon blanc ne paraissalt^;s)|r ces riyages habités par le meurtre et la déviation y que pour y apporter Te^érance.

> On ne peut douter, que le cabinet, vaincu par lunanime recri de tout ce que .nous avpns de cçnsidérable , d'.éctaicé , d'illpstre, n'eût dès long^ temps laissé Je sceptre de. saint Louia^ toucher lea plaie^de la Grèce ^ si un obstacle opiniâtre nese fût.

(9) rencontra'. G^tobâîtocfle. c'étaitt M* de lUleUeriHcb. ' Sl^ 4e"M^terDioJ[|, s'est; placé; 4â^^*U peUliqae eu^op^eai^e coouae l'éQUfîU '^û milîea <içs« â^te mofij^sias; I]} aç- <?foîIi fort pa^cè. qu'il cç^te^ seul: imupidbil^ au ipilieu, de/o^ flux el reflux ét^mel^ dc^ affaiiie^ l^iii«iKaipiie$; il SQ/Qi^it fbrt^ et ti^j voit poîflit 9i]e:ckaq[]U^ flpt qui bat ses fbnçiS: le uiîiie et;l.'ai9eîn4Hf« £*» pjreiijiièrQ;temp(^e le WJâèïti.

L'affaire de la Grèce semble è^r^4Q:tou5 poi^fis. le triomphe de la publicité. Car la publicité , par s» bieulaisBate puissanoei aiealraîaé les cabinets, et les cabmetâ n'auraiéht pas aujduird'hni àlutter contré l€fs réisi'slahces dte 1- Autriche , à s'inquiéter de ses complots, s'il n'y avait là un grand empire où le silence des peuples laisjse dénués d'a^ssistance tous les conseils d'une politique; m^gaapime.

Ballotté entre des influences ennemies, le ministère a osé enfin rompre la chaîne qui le Usât tout; entier Qu/syslème é^troU, écaintif, barbare, de l9,c0iir^ de Yienûc. Se bornant. à sour mellre ledpdaas.à.M^ d^ Méttéi*moh, il' a livré «le? delioFs ai lsi;Râ3^i3 ^l k l'Angleterre ^ en. soUiti^ tafir uûe place dlEuns- les' ilégôcîatioiis ^^i^éUieoi opvert^s- Cfette place , Quelle a-t-eHê été? On le* voit tfop:e^ps»*ooafaiitt l'acte- que les jouràaux publient Cet^i^ place ^traite ^et^suhaltemé ; l'ibon^ neur natio^nalne {lerniet point de la aomcner.

Le premier paragraphe , dans sa lonrde et ia— correcte rédaction , qui semble mie adjonction tardive, une complaisante superfluité , montre les trois couronnes pénétrées également de la néces— site de mettre un terme à une lutte sanglante ; et aussitôt après, comme si le nom du roi de France , placé en tète de cette sainte ligue , pesait à Torgueil des hauts alliés , vient le paragraphe qu'on va lire :

« S .M. le roi du royaume-uni de la Grande-Bretagne et » de l'Irlande , ayant en outre été virement sollicité parles «Grecs d'interposer leur médiation avec la Porte ottovmane^ et n'étant pas moins que S. M^ Vempereuf de » toutes les Russies , animé du désir d'arrêter l'effusion du «sang, et de faire cesser tous les maux que pourrait en- «traîner la prolongation d'un tel état de choses;

«Ont résolu...

Et le roi très-chrétien , qu'est-il devenu ? de sa couronne et de ses sentimens, point le mot. Quoi! il n'y a plus que S. M. britannique et S. M. I. de toutes les Russies qui aient le désir d'arrêter l'effusion du sang ! Quoi ! l'Angleterre , choisie pour médiatrice par les Hellènes , n'a songé à en référer qu'au jeune empereur du Nord ! Quoi ! le ministère n'est point parvenu à obtenir que la France fût nommée une seconde fois dans cette

seconde expression du même vœu pour la cessation prompte de leffusion du sang des hommes ! Gomnaentne pas croire que là commençait d'abord le traité , que l'accession du ministère français a déterminé les lignes embarrassées qui précèdent ^ que les deux cours auxquelles appartient l'initiative ont voulu s'en réserver , auprès des Grecs et auprès du monde ^ les avantages et la gloire; que notre crédit n'a pas été plus loin que d'obtenir le droit d'apposer notre signature , en donnant plus tard, s'il le faut, nos soldats et nos trésors. Voilà ce qu'est le traité pour, la France ; cherchons ce qu'il est pour la Grèce.

Au premier abord , il attriste l'ame de ces offres de suzeraineté et de tribut dont la Porte y est flattée. On voudrait davantage pour les hommes de Missolonghi et pour le sol d'Athènes.

Cependant , à y regarder de plus près , on voit que cette suzeraineté serait à peu près purement nominale, que la nation vivrait indépendante sous l'égide de son propre gouvernement et de ses propres lois ; que les Hellènes auraient reconquis sans partage toute cette vieille terre défrichée par les muses antiques, et fertile encore, après deux mille ans, en héros. Le croissant n'ombragerait plus un seul des minarets du Péloponèse. De l'Osmanli rien ne resterait que ses tombeaux.

Les coa^uls, les u^inis^res de la chrétieaté, par ])3ur prés^QCQ, attesl^raieiM^ la védiité de la soun^eraiaeté natipaale ; et, si ce mot de Iribut offense DOS, souTenira 9. s'il, blesse nos affections et notre orguieil.» songeons cjpae la robe de raflfranchi peut sembler. légère à qui fu); courbé tn^is cents ans sous la chaîne de l'e^^la^^é^

I^a. situation des gouvernemens est difficile : ils n'ont nul motif et nul Intëriêt de rompre a¥ec la Porte Ottomane. En se: portant. pour les représentana armés^du v^u des« nations, pour les défenseurs généreux de la cwse de la civilisation et de l'humanité, ils, ont un autce deyoir à re/nplir, celui d'essayer, s'il se peut, d'éviter à leurs peuples le faix d'une grande guerre* Enfin. leurs pro* près antécédens , tout ce qu'ils ont fait ou souffert depuis six années, était encore pour eux des entràves. Nous, serions injustes d'exiger plus.

D'ailleurs, rassuro0s-nous. Enflé de ses succès sur riUissus, le.. Divan, repoussera la médiçftion pacifique. Il n'y aura d'efficace que l'intarrentioiî du: glaive, et le glaive achèvera de briser les liens qui. enchaînèrent la. Grèce chrétienne à 1^ for<tune de TOsmanli.

Sous ce rapport seulement, Je traité laisse dans les esprits d'importuns nuages. On voudrait voir jour davantage dans les projets des. trois puis*

s&nces f êftre eeitaiA x|ii'eUeë épuisèrofit lefs con séquences <de i&xr déài^rohe^ t(|tiVUe$ «oat inirhr riablement réélues à tiror Tépée «'il le fa^t; que leur interrebtion ne se perdra paiis deais les détours et les lenteurs de la p'IcSliti^ue oUémane ; qu enfin ce traité renfemie bien sûreilDeat la paix ou la guerre c ia paix, aux conditions qui soAtstir pulé^; la guerre, ^i Torgueil ottoman ne iatC pas fléchir. Cependant , la résotulioii des trois couronnes est si haute ^ qti'oik ne fièut créire qu'elles s'exposassent , par deis tergiversations et des terreurs tarcËyes ^ à la Hséë dé la Porte et aux mépris du inonde. Le délsii d'iin mois , fixé au Divan pour répondre^ est coiirt et allier; la prd^ messe d'entrer aussitôt eh relations commerciales et politiques avec les Hellènes^ la nomination de M. Capo^dlstria au poste de chef du gouVemetnent nouveau ^ et l'àgrémeiit donné parTAnglé^ terre à ce choix qui met dans les mains d'uii homme d'état cher à là Russie les destins de la Grèce , son berceau ^ offrent des garanties nott^» vetles d'une résoluflon efficace et ferme. Evidém* ment^ les cabinets ont su tout pirévoir^ et sévt^ ront tout affirontei*.

C'est là ma conviètibn bien positive ^ mbnsîétir, et vous savez , comme moi , que tout ce qui entoure là régioti des affaires en juge ainsi. Le lan*-

gage de tous les diplomates l'atteste. Mille mots décisifs pourraient être cites. La Grèce sera libre.

Mais de nouTcUes transactions doivent être rédigées. Les résistances de la Porte Ottomane et les ombrages de TAutriche , pourront jeter l'Eu* rope dans des combinaisons extraordinaires. Estce trop exiger, que vouloir pour l'honneur national une place plus grande et plus digne dans les négociations futures ?

Par malheur, il n'est pas au pouvoir du ministère de l'obtenir ni même de la demander. Dans les monarchies absolues, quand il y a du silence dans le pays, de l'or dans les caisses, et des soldats sur les frontières, rien ne manque pour prétendre aux respects de l'étranger. C'est réunir tout ce qui forme pour de tels états les conditions de la puissance. A une monarchie , constitutionnelle de nom , il faut davantage ; il lui faut l'assentiment public , cet assentiment qu'atteste, dans les monarchies absolues, le peuple qui obéit et se tait , qu'en pays libre atteste le peuple qui obéit après avoir discuté. Les journaux du ministère anglais ont dit en propres termes, « qu'établir la censure , c'était se proclamer à la « face du monde déchus de l'affection et de l'es- « time des Français, n Soutenu du^ cri de l'opi* nion, le cabinet tiendrait aisément dans les con-

grès un mâle langage , un langage qui serait entendu et respecté. Que dans le silence dont ils ont voulu s'environner, les conseillers de la couronne montrent aux cotirs- rivales une' convenable hauteur : on s'étonnera que débiles et impopulaires, ils aient les prétentionsqai' ne siéent qu'à la puissance; on leur dira : que pouvez-yous, déchus que vous êtes de l'aflfectîon et de l'estime des peuples?... Tant il est vrai que là où la liberté est le droit public, où elle est le besoin des mcerurs et l'ouvrage du temps , on ne peut attenter à ses droits sans battre en brèche à la fois la prospérité du pays et la gloire de la couronne ! .

AFFAIRE d'ALSER.

Dans tout ce qui touche à la politique extérieure^ la publicité est utile au cabinet ' contre l'étranger^ non moins utile, au pays contre le cabinet. Dans l'une et l'autre occurrence, elle est le droit rigoureux des peuples. ' • .

Tout ce qui est dans la prérogative des chambres est dans la prérogative de la presse. Toute la différence est que celle-ci discute, celles-là décident. Les unes ont toujours le devoir, l'autre toujours le droit de surveiller la gestion des affaires publiques. '

Or, entre les dAAres p«ibli<)ue^ il ik en eit pas qui tôocbènt de plos près au eœur des nations qtÊe celles dA deli<yrs. Car là sont les qtiestn^ns de pinttsaiite ', Ht tes questions dllonneur.

Attentera la publicité eia telles. n^atières, e'e^t iromp/^e le nerf et détruire la vertu , renverser le boulevard dtt gouverkietaient représentatif; C'est tabstitaer d'une façoià criminelle Fabcien régime au nouveau.

L'affidre d'Alger n*est pas bien grosse , envisiagée dans ses rapports et ses résbllàts àlatéHels. Comme question dé considération et de renommée, elle paraît devoir griandir sous les hu^pièes féconds du ministère.

On sait quelle insulte le consul de France a reçue du chef des brigands d'Alger; on sait quelle répfiratioki ttotré ISbtte à tbulué. Lbilis XIT paria knoini^haut étiYietic»!. Lès ministres. oht semblé faire gl*acë au dey de h vie. Il n'y a pas du reste dliumiliktioâÀ ^'ils ii'aiént exigées. JilÉsquë^ là tout est bien.

Mais depuis qtie là régence Barbaresque a reftirà de Se SôiiÉJettre à hos sommations àltlères,' plus ti'âvoiiS oui parier de notre flotte , de nos apl^tèts y dé nos menaces , de notre adversaire; Seulement un dés jbtirnâiix eeiisnrés a pti dire que depuis l'expédition de lord Exifloutb , Jes Al*

gériens avaient si bien fortifié leurs, rivages, si bien hérissé de canon leurs remparts , (jue touitiè tentative- de bombardement serait impraticable. Ne pensez-vous pas, monsieur, que c'est fune découverte quelque peu tardive, qu'il eût, été plus judicieux de compter les six cents pièces d'artilr lerie avant nos sommations hautaines , qu'il y. aur rait du malheur à se montrer également chatouilleux et impuissant du côté de ces barbares ; qu le pavillon français, insulté; sans réparation par les Algériens , se montrerait avec peu de gloire dans les parages de Salamine ou de Lépante entre les flottes d'Angleterre et de Russie ?. Ne serait-il pas cruel cependant que, parce que nous sommes tombés des'inains du géant des siècles à celles, de MM. les comtes de Villèle et de Corbière, le dey d'Alger pût nous lancer impunément des^utrages et braver nos ressentimens comme. a fait TAutriche , comme a fait la Prusse , comme a fait l'Angleterre , comme a fait l'Espagne , comme a fait Haïti ^ comme a fait le Pérou? De ce que nous avons promené trente ans notre char de triomphe des champs de la Libye et des colonnes. d'Hercule au fond du nord, de ce que nous avons. rediplt et éffray^'le oâonde de notre -orgueil victorieux, s'ensuit-il que le ministère doive se croire tenu de mesurer le nombre des expirations sur celui

( >8) des Tictoires? Est- il écrit que tduté terre qui a ▼u nos exploits devra voir nos outrages?

Si les conseillers de la couronne n airaient pas brisé le frein de la publicité, ils ne poursuivraient point le cours de ces justices, de ce suicide étrange, ^ans rencontrer d'entraves. Le pajrs saurait ce que deviennent ses marins et sa gloire. Il ne 'concevrait pas des alarmes exagérées peut-être ; et si toutes les garanties constitutionnelles n'étaient pa3 dès long*lemps faussées, la France aurait eu dès long*temps raison de quiconque Toffense, soit au dedans , soit au dehors» La presse , lorsqu'elle vivait encore , sauvait du moins Thonneur national; l'étranger entendait les doléances publiques ; il n'avait garde de confondre avec un cabinet qui a eu le malheur de ne pas laisser une de nois frontières sans insulte , un peuple qui ne laissa jamais une insulte sans vengeance.

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