‹ Censure de 1827Chapitre 16 sur 91 · CENSURE DE FRANGE · texte numérisé non relu

CENSURE DE FRANGE

On peut se faire une idée de l'impopularité du rétablissement de la censure par ce qui s'est passé relativement à M. Guvier. Ce personnage distingué, qui occupe une place considérable dans le gouvernement , a été nommé membre du conseil de censure. Sa nomination ne lui fut communiquée que samedi soir, dans la nuit. Le matin, au lever du jour, il transmit son refus d'accepter cet of--

fice. Son exemple a été suivi de quelques autres personnes. Mais ce fait ne pourra paraître dans aucun journal.

(The Courrier,)

On lit dans le Times ce qui suit :

Le traité entre l'Angleterre , la France et la Russie y pour Témancipation de la Grèce y a été signé dans Downîng-street (i) yendredi dernier. Il aurait dû être signé depuis long-temps; et nous craignons presque que les intrigues de rAutriche n'aient réussi à retarder la conclusion de cet acte jusqu'au point où il ne sera plus autre chose que du papier noirci. Espérons, au moins, qu'on ne perdra pas un moment pour essayer de réparer le dommage accru par les retards de cette intervention.

( Times du g juillet, ) SITUATION DU POUVOIR ET DES PARTIS EN ANGLETERRE.

La France tient de ses institutions le droit de savoir ce qui se passe chez elle et chez les autres. Ce double droit lui sera ravi par la censure.

Le Globe avait destiné à ses lecteurs un tableau de la situation du gouvernement anglais , tracé de la même main que les Lettres sur les élections anglaises, louées il y a quelques jours dans votre feuille. Ce tableau curieux n'a point

(i) Rue c.ù est la maison de M. Canning.

( aa )

trouvé grâce devant la censure. En Autriche , il eût passé à coup sûr , parce que là les applications étaient impossibles. Dans un pays où on prétend combiner l'arbitraire de la censure avec la lutte légale d'un ministère et d'une opposition , le ministère est armé d^une rare complication de sollicitude et d'ombrages. Nous devrons subir toutes les vexations qui tiennent à la présence de l'arbitraire , et à Fombre de la liberté. L'auteur des articles supprimés dans le Globe les a fait imprimer séparément. Ne pouvant transcrire ce judicieux opuscule, je suis heureux dé poûVoiif vous en offrir une analyse spirituelle et profonde, que veut bien me communiquer l'un de nos meilleurs esprits. Cette analyse contient elle-même de curieuses révélations et des aperçus nouveaux. ViOU§ me saurez gré sûrement de vous l'avoir fait connaître.

REV.OLurioN MINISTERIELLE.

« On voudrait que ce titre fût un fait ou une prédiction applicable à la France; mais il n'est encore qu'un symptôme fort spirituellement expliqué par un de nos jeunes publicistes. Son travail tout historique, et en quelque sorte littéraire , portant sur des ^circonstances contempo-

mines, a singulièrement effarouclié la censure. L'auteur le publie dans une petite brochure ^i renferme beaucoup de faits et d'idées. Jies mono^ pâleurs actuels de la pensée , non contens de séquestrer la France de ses propres intérêts , voudraient nous interdire même toute curiosité étrangère, et prohiber la connaissance de ce qui se passe dans les pays libres , comme une chose de mauvais exemple; mais il ne peut; y avoir en France assez de despotisme , pour qu'il y ait asse£ de censure. Les écrivains politiques, lès littérateurs, les voyageurs^ nous diront ce que les journaux ne peuvent imprimer,

r La petite brochure de M. Prosper Duvergier de Hauranne résume et remplace tant d'articles des journaux anglais supprimés dans les nôtres. Elle retrace nettement la situation des partis en Angleterre. Elle montre l'état nouveau de la politique dans ce pays. Ce n'est plus une querelle de Wighs et de Torys. Ce n'est plus le combat régulier et , pour ainsi dire , convenu de l'aristocratie divisée en deux fractions. Les noms anciens subsistent encore ; mais ils expriment d^s circonstances et des intentions nouvelles. A la faveur de ses libertés privilégiées, et parles avantages de sa constitution aristocratique , l'Angleterre s'était long-^tefnps défendue, ou, si Ton veut, s'était

passée de cette amélioration progressive des classesinférieures, qui les appelle au partage, et peutêtre à l'enTahisseoient du pouvoir. Les droits , et même les préjugés de la vieille aristocratie , étaient soutenus avec queltipes variantes d'expressions, mais avec une égale ténacité. par les Wighs et par les Torys.

« L'accroissement de la richesse mobilière , le mouvement industriel , et l'esprit de perfectionnement social , ont changé cet ordre de choses. En face des hommes de la vieille Angleterre rangés sous deux bannières, on a vu s'élever le parti de l'industrie et des idées modernes. Tel Wigh ou tel Tory s'est trouvé , d'après ses lumières, et indépendamment de sa dénomination politique, plus ou moins rapproché de la réforme qui se préparait ; l'influence de cette réforme a pénétré dans le Gouvernement. D'abord appliquée à la législation commerciale, elle a trouvé des partisans dans le miniistère , avant même la mort de Gastlereagh. Elle s'est fortifiée par l'élévation de M. Ganning; elle était toute-puissante quand la mort politique de lord Liverpool a manifesté le travail intérieur qui se faisait dans la nation et dans le Gouvernement.

" M. Duvergier reproduit vivement toutes les conséquences de cette rixe. Il montre la vieille

aristocratie et la politique routinière du privilège et du monopole , se retirant de Saint- James , et se cantonnant à la Chambre des lords, tandis que d'autre part M. Gannicg , dans la route des amé^ liorations , s'appuie sur une immense majorité de la Chambre des communes et sur la nation, qui ne lui demande pas s'il est Wigh ou Toiy , mais s'il est l'homme de. son temps , s'il appartient aux^ idées et aux intérêts du plus grand nombre.

« Les noms propres et les détails personnels donnent un, grand attrait à l'esquisse tracée par M. Duvergier. On conçoit, en le lisant , pourquoi certaâns Wighs , plus aristocratiques que Wighs , se sont violemment éloignés de M. Canning , et pourquoi les Torys paisibles lui restent fidèles. On voit les évêques de l'église an^icane immuables sur leurs bancs , derrière le ministre qui veut l'émancipation des catholiques ; on voit des réformateurs zélés appuyapt aussi le ministre qui s'est déclaré le perpétuel ennemi de la réforme parlementaire. Ces détails indiquent assez la force et les périls futurs de M. Canning. Il est actuellement gêné par l'aristocratie; il sera plus tard pressé par le radicalisme. En attendant, il est rhorome du moment; et si son caractère égale sestalens, il sera l'homme de l'époque.

« M. Duvergier remarque avec raison qu'aujour-

( »6) dliui rintérêt des peuples est partout te même ^ et qu'un bou gouyemement donné à l'un d'eux est utile à tons. Le maintien de M. Canning dans la position qu'il a prise aujourd'hui par choix et par nécessité, est un préservatif contne toutes les intrigues absolutistes et ultramontaines. Il n'est pas

douteux que sa chute n'accélérât ches nous le» entreprises que nous craignons. On raconte à cet égard que, pendant les jours d'incertitude qui ont précédé la formation actuelle du ministère anglais, de puissantes démarches étaient dirigées . de'Paris en faveur des adversaires de M. Canning. On assure même que la plus auguste influence fui employée pour agir sur une auguste volonté. Une lettre, empreinte de cette urbanité persuasive, dont le modèle se devine aisément , transmettait au roi d'Angleterre quelques doutes sur l'incon-* vénient de changer d'anciens conseillers de la couronne , des hommes dont le zèle monarchique était éprouvé , et qui s'étaient associés à la grande restauration des trônes. Une réponse pleine de politesse et d'égards , mais un peu vague sur la question principale , fut provoquée par cette lettre. Alors il parut que l'on pouvait s'expliquer plus nettement , attaqper avec plus de force. L'in«fluence de B|. Canning , le danger de ses projets etde Hes opinions, furent défavorstblement signalés

daos une nouTette lettre* partie d'aussi haut que

la première. Mais cette fois , les irpésolutioDs ou

plutôt les difficultés du palais de Saint-James

a?aient disparu. M. Caniring se troutait maître ^

pairoe <]u'il était rhomme nécessaire. La réponse

qui fot £edte à des insinuations directes et.posi«

tivès montra que le roi d'An^eterre- voulait ,

avant tout^ consulter Tiotérêt d^ son peuple;

qu'il n obéii^ait à aucuae impression étrangère ,

et ne pouvait s'associer à aucune velléité de pou^

voir absolu. M. Canuing, inutilenfent {ittaqué

dans la confiance de son souverain , dirige la po^

litique anglaise, et sait personnellement à quoi

s'en tenir sur les moyens employés pour le per->

dre. On doit juger par là de ses sentimens pouv

notie liiinistère. * ^ . . «

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