‹ Censure de 1827Chapitre 20 sur 91 · DU HAVRE · texte numérisé non relu

DU HAVRE

S'il est quelque chose d'inoffensif , c'est la discussion des intérêts du commerce et de l'industrie. S'il est quelque chose de constitutionnel , c'est la défense des intérêts des provinces qui se croient lésées. S'il est quelque chose de sacré, c'est la réunion des doléances des localités , et de celles du négoce. Il n'est pas bien certain qu'une monarchie despotique existe au monde , où on prétendît étcaffier de telles discussions et de telles plaintes.

Ce qu'on ne ferait sûrement pas à Vienne et à Pétersbourgj ce qu'on ferait peu à Smyrne et à Bagdad , on le fera en France sous le régime de la Charte commentée par la censure.

Tout le monde connaît les débats suscités par le projet de créer à Paris un entrepôt , en attendant que la royale cité s'élève au rang de port de mer. Je n'ai point de sentiment à exprimer sur la question. Quel que soit l'avis qu'on adopte , il est un point qui n'admet pas de controverse.

c'est le droit des Tilles^ quisé supposent menacées, d'exprimer leurs alarmes et de les motiver. On se demande pour quelle sorte d'intérêts et d'opinions nos Codes eussent institué la publicité, sinon pour les réclamations d^un port florissant qui se juge à la veille de sa ruine?

Le sous-préfet du Hatre n'a poyit trouvé de censeurs dans la ville laborieuse et éclairée q[u'il administre. Cet honorable magistrat a été contraint d'abaisser sa vieillesse à des fonctions indignes de son rang et de lui. Sa main a rayé dans l'article suivant de la feuille de commerce du Havre qu'on va lire^ toutes les lignes et tous les mots qui soQt imprimés en itfdique.

La question de la création d'un entrepôt dans la capi«tale est de nouveau remise sur le tapis, elle s'est agitée dans r ombre; et, si Ton en croit quelques lettres de Paris, elle est à peu près terminée. Doit-on s* en étonner? Si nous ne croyons pas que la mer se décide jamais à battre les quais de Paris , c'est qu'une ordonnance ne suffirait pas pour Vy contraindre ; mms une oréonnctncef voire même une loi, peuvent créer un entrepôt oi^ec. quelques mots, et le superbe projet est si séduiscmt auxjreux de ceux qui en pèsent les avantages au poids de leur intérêt privé , qi^il jr a pour nous , habitans des ports de mer^ tout à craindre que les efforts de nos soi-disant grands penseurs ne soient couronnés du succès qu*ils s*en promettent. Le gouveipement cèderaft-il aux prières de

la Tille de 'Paris ?8acrUlera-t*il aux iotérêtB de quélqùes-uns les intérêts do plus grand bombre ? NottS aimons encore & en doDter; nous espérons qa'il s'arrêtera devant les suites funestes qu'une décision inconsidérée peut aroir pour Cous les ports de France. Les résultats d'une mesure préelpitamment adoptée seraient incalculables, et c'est Téritablement là que trouycnt leur application ces paroles de l'immortel auteur de la^Gharte : « Â côté de l'espoir d'améliorer est le danger d'innoTcr. »

Il doit paraître sous peu de jours un écrit sur cette importante question. Nous souhaitons qu'il n'arrive pas trop tard. Assaut que nous puissions ^ en rendre compte, nous publions quelques fragmens d'une nouvelle lettre que nous adresse un de nos abonnés, et que V abondance des matières ne noUsperntèt pas d' Insérer en entier,

» Des raisons politiques et des satisfactions dues h là, » bonne ville engageraient, dit*on , le gouvernement à la •gratifier d^un tel présent; €eci nous paraît frivole et ^ d* un /étux calcul ; une telle nouveauté peut être dans le ^système des compensations d*6ter aux uns pour donner »aux autres; au reste, s^il vlj avait là^dessous que le but "^d^ apaiser des mécontens , on rCy gagnerait rien, puis^ ^qu'on ne ferait que déplacer le mécontentement:

* Cette force centripète , qui tend à tout précipiter

• sur Paris ^ a quelque chose ^effrayant et de contre

• nature; c'est une monstruosité politique, ou mieux ^

• intpolitique; c* est faire de la France, si Ton peut /ex-» •primer ainsi, un être dont la tête, d^ une , grosseur ^énorme y ne présente aucune proportion avec le corps •exténué.

'^'Si Paris jouissait depuis long'temps d'un entrepôt ,

net que cet entrepôt fut préjudiciable aux ports demer^ • ne serait-ce pas aujounThui une belle conception , une » conception digne de Colbert , d*6ter quelque chose à la > capitale pour enrichir la province? et telle est cepen- » dont la question renversée, et celle qui intéresse Borr ndeaux, le Havre^ Nantes, et tous les ports de commerce n du royaume. »

{Feuille de Commerce du Havre.) ÉTABLISSEMEIfS MONASTIQUES.

On comprend les opinions contraires sur tes inconvéniens ou sur les avantages de l'introduction d'ordres monastiques dans un état; mais cç qui n'admet pas de controverse, c'est la nécessité de l'obéissance aux lois par tous pays, c'est aussi le droit qu'ont les citoyens dans un pays libre de connaître les faits accomplis. En France, le pouvoir veut l'infraction des lois; sous l'empire de la Charte, la publicité est interdite pour les fe(jts suivans:

— Par contrat passé par devant AI* Sauze et son collègue, notaires à Marseille, les Révérends Pères capucins viennent d'acquérir de M. Baron , prêlre , une propriété située à la Croix de Rejnier, et ce, au prix de 20,000 fr. et de 5ooo messes que les religieux s'obligent à faire dire après le décès du \endeur, et pour le repos de son ân^e.

{Messager de Marseille^)

On écrit de Marseille :

» Depuis quelques jours ^ nous voyons dans notre yille beaucoup de jeunes ecclésiastiques en soutane et sans rabat; on dit que ce sont des jésuites qui Tiennent fonder ici un collège.

cLe nombre des capucins s'accroît chaque jour; ils ont fait l'acquisition d'une maison qui doit leur servir de cou^ yent (rueSaint-Sayezain).»

(Rognure du Journal des Débats i)

— Le Messager de Marseille donne comme authentiques les détails suiyans :

•Il y a dans Marseille neuf couvens de femmes, dont deux d'ordres mendians , ayant chacun à leur service cinq à six frères lais vêtus en capucins^ qui, ainsi que les véritables capucins , quêtent chaque semaine dans toutes les maisons et les marchés. Ces couvens participent à l'aumône destinée aux malheureux prisonniers.

»Le couvent des capucines est porté dans le budget communal pour 4oo francs; celui des trapistes de Sainte- Beaume pour 600 francs. On assure que, dans le budget de Tannée prochaine , une allocation sera votée en faveur des capucins dont le couvent est maintenant rue Saint-

Savezain. »

(Rognure du Courrier Frcmçais.)

— Le révérend père gardien du couvent d'Arth, en Suisse, a gagné 6000 francs dans la loterie établie au profit des pauvres. Malheureusement ce gain donne lieu ^ un différend : le révérend père prétend avoir pris son ^îUet au nom et au profit de sa famille , et le monastère

réclame de son côté les 6000 francs^ e^vame propriété d'un de ses membres. *:

— Les principaux des collèges dépendani de T Académie de Douai Tiennent de recevoir one circulaire par laquelle on leur demande à qui ont appartenu les établissemens à la tète desquels ils se trouyent. Oa croit que de pareilles questions sont adressées aux principaux des collèges daos les diverses académies.

{ Rognure du Journal des Débats. ) DE l'esprit PUBUC ET DE TARTCFE. .

Sous le régime impérial , la police était chargée de diriger l'esprit public. Sous la monarchie constitutionnelle qui commence , parler de l'esprit public est chose reconnue pour un empiétement sur les droits de la police. Le pouvoir , par on ne sait quelle incivilité bizarre pour les ordres monastiques , commande le même silence sur Tartufe y sur les capucins et sur la société de Jésus.

La censure a supprimé au journal des Débata 9 un début de feuilleton codçu en ces termes :

Si Ton demande pourquoi Tartufe jouit en ce moment d'une fa?eur que partagent, il est yrai, mais à un degré inférieur, les autres chefs-d'œuYre de la scène comique, je réponds qu'il est plus facile d'en connaître que d'en exr pliquerla raison. J'ai tu un temps où Tartufe ^ appuyé des talens supérieurs de Mole et de. mademoiselle Gootatt

était représenté à peu près dans le désert. On le savait par cœur; on ne se souciait pas de le voir représenter. A une époque où le jeu de Thypocrisie religieuse n'aurait pas payé les frais du tapis vert , à qui l'imitation de ce yice odieux pouTait-elle être agréable? C'était yérîtablement la coioèdie du tomp^passé. Mais le temps passé peut rerenir.

Multa renascentur quce jam cecidere^ cendentque Quœ nunc sunt in honore*

Les Français ont un instinct de prévoyance qui les précipite là où est le danger, ou, ce qui est la même chose pour eux, là où est la crainte d'un danger imminent. S'il était possible que la tartuferie ressuscitât un jour parmi nous, si on croyait la voir même en simple perspective, le secret de l'afiluence du public au Tartufe de Molière serait révélé : ce ne serait autre chose qu'une protestation contre l'envahissement du pouvoir le plus redoutable auquel les hommes puissent être soumis sur la terre.

Attribuons donc en grande partie à la vengeance préventive de la société, si je puis m'exprimer ainsi, l'affluence qui se porte aux représentations de Tartufe. Il faut bien qu'elle se croie menacée , puisqu'elle réunit ainsi toutes ses forces contre un ennemi qu'elle dédaignerait aujourd'hui , comme elle le dédaignait autrefois , quand elle le croyait éloigné.

RIXE A LA GRANDE GHAI}1IIERE.

Le despotisme est de sa nature assez timide pour se croire en péril , s'il arrivait une fois à la

forcé atmée de faiblir devant les séditions popillaires. Plus timorée encore que ne lest' nulle part la servitude , la liberté française n'aura pas le droit de raconter que quatre gendarmes ont pâli dans une querelle de café. Le même voile couvrira pour nous , comme pour ces peuples d'Asie leurs idoles souveraines, les capucins, les jésuites, Tartufe et les geiidarmes.

-^— Avant-hier, vers dix heures et demie du soir, une discussion, qui bientôt amena une rixe sérieuse, eut lieu au jardin dit dés Montagnes Suisses , entre plusieurs jeunes gens et quatre gendarmes de service dans ce jardin. Le fourreau d'une baïonnette qui toucha une dame en fut là première cause. Des injures on en vint aux menaces, et Pextrême prudence des gendarmes les sauva d'un combat où ils n'auraient pas eu l'avantage ; ils le sentaient , et leur contenance le prouvait assez aux nombreux spec* tateuri dont ils étaient environnés. Cependant ils firent savoir secrètement l'embarras de leur position à leur caserné. Avant qu'on s'en aperçût, en un instant, les bosquets et toutes les avenues du jardin furent remplis de la force armée. Les quatre premiers gendarmes changèrent alors de maintien ; la jo{e se peignit dans leurs traits; ' ils se hâtèrent de désigner les jeunes gens qu'il fallait arrêter. Il se fit aussitôt un appel spontané entre les élèves en droit et en médecine ; les verres et les bouteilles devinrent les armes offensives , et plusieurs tabourets furent brisés dans la mêlée. Malgré les efforts de leurs partisans, on parvint à arrêter quatre étudians qui montaient en

fiacre : il parait que ceux-là mêmes ayaîent reçu plusieurâ bk9sure«, 6t que quelque» parties de leurs yôteinens étaient eusanglantées.

( Rognure du Journal des Débuts, )

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