‹ Censure de 1827Chapitre 34 sur 91 · AFFAIRES DE LA GRECE · texte numérisé non relu

AFFAIRES DE LA GRECE

Les aOaires de la Grèce continuent à occuper tous les esprits et à les partager. M. le vicomte de Chateaubriand gémit avec sa haute éloquence , dans la première publication de la Société des amis de la presse , du traité qui ne promet a^ Hellènes qu'une assistance incomplète , douteuse , tardive , funeste peut-être. La Quotidienne

signalé aujourd'hui ayec mesure et sagacité ce qu'il y a de terrible dans la clause qui admet deux mois de délai pour l'échange des ratifications , tandis que le sang de tout un peuple coule h grands flots, et que chaque jour peut voir consommer son martyre. Enfin nombre d'esprits considérables regrettent que les puissances aient cru devoir s'enfermer dans les formes et , pour ainsi dire, dans le linceul de la vieille diplomatie, qu'elles aient volontairement rapetissé aux proportions d'une affaire de sécurité et de négoce , une question d'humanité , de religion , de gloire. Cependant, Monsieur, je persiste à avoir bonne espérance. Pour ne voir dans ces hautes promesses qu'une déception cruelle , il faudrait supposer que les vœux de l'empereur du Nord se perdront dans les rets d'une politique à la fois moins franche et moins humaine. Il faudrait aussi croire qu'à l'Angleterre est réservé ce triste rôle ; je ne puis le penser. Si les philhellènes ont remarqué avec regret que la nation anglaise n'a pas montré pour le salut de la Grèce tout l'élan djbgne d'un si grand peuple et d'une si grande cause , il faut songer qu'il y a un homme dont la renommée est ^nde , grande l'ambition ^ et qui serait perdu dans l'estime de l'univers si on pouvait l'accuser d'avoir arrêté le bras prêt à rompre les chaînes

des martyrs de Missolonghi et des défeaseurs du Parihénon.

n paraît certain que le traité d'alliance a été 'voulu par la Russie et consenti par l'Angleterre. La France , la France du cabinet, n a fait que s'y résigner ! Dans un monde élevé , on croît les dépositaires de l'autorité souveraine aussi contraires de cœur aux chrétiens d'Orient que le pays leur est propice et secourable. On va jusqu'à se demander si, en prenant part à cette transaction, ils ont cédé aux vœux de M. Canning ou à ceux de M. de Metternich. On est près de ne voir dans leur intervention que le poîds inerte mis par FAutriche dans la balance des conseils de l'Europe pour la faire pencher du côté des retards,, des pourparlers ^ de l'indifférence, de la barbarie. Ce qui est certain , c'est que la censure a mutilé d'une façon étrange le numéro du Constitutionnel où mention était faite de l'honneur nouveau accordé à M. de Ribeaupierre , ministre de Russie , d'avoir au lieu d'un tabouret un fauteuil pour s'asseoir.

«Les chrétiens, ajoutait-on, ignorent que ce fauteuil oest le trône du patriarche martyr Grégoire sur lequel le »stupide orgueil musulman a voulu que M. de Rîbeau- » pierre siégeât.»

Cette suppression semble significative. Pour-

quoi protéger ainsi contre notre indignation Ja politique musulmane , s*il était vrai que le ministère voulût lui disputer sa proie sanglante ? Fautil prêter l'oreille aux bruits accrédités , ainsi qu'on va le voir, d'un bout de l'Allemagne à l'autre ?

Trieste, i5 juin.

Pendant que toutes les feuilles d'Europe annoncent ananimement que la France a accédé par son ambassadeur à Gonstantinople aux efforts de l'ÂDgleterre et de la Russie pour la pacification de la Grèce , aux termes du protocole du 4 avril, les nouvelles reçues d'Alexandrie , sous la date du 3 avril , ont excité une vive surprise. On écrit en effet: « Uq secrétaire du commandant de l'escadre française » de l'Archipel, qui est arrivé ici, chargé d'une mission, » a apporté au vice-roi une lettre où on lui donne avis de

• presser le départ de l'expédition pour la Morée, afin de » hâter l'assujétissement de la Grèce, avant qu'on ait pu

• prendre certaines mesures.»

(Gazette d'Augsbourg,) (Rognure dvi Journal des Débats»)

Page 1