PROPRIÉTÉ FONCIERE, PROPRIÉTÉ INDUSTRIELLE
Même débat , même arbitrage : le silence au profit de lune des deux causes ! La discussion serait à tout le moins inoffensive. Elle serait de plus profitable. Car les questions se mûrissent, les barrières s'abaissent en s'éclairant. Voilà ce que disent la raison et la Charte ; voici ce que fait la. censure :
Dans le Constitutionnel encore^ les lignes suivantes sont efiacées :
Qu'Us se rassurent aussi sous le rapport de la paix publique, ceux qui affectent de croire que le commerce et l'industrie sont moins attachés au sol et moins intéressés au bon ordre. Qui donc doit plus redouter les troubles qu'un négociant et un manufacturier? Ne peuvent-ils pas en un seul jour voir détruire leurs usines , dévaster leurs magasins, piller leurs comptoirs? Quelle indemnité ont-ils à attendre ? Qui a pensé aux pertes causées par le maximum?
II n'en est pas de même des propriétés foncières. On a pu autrefois les confisquer et les vendre , cependant beaucoup en ont retrouvé quelques portions , et à fin de compte, un milliard, produit des travaux de l'industrie et des ri-
ohesBes qu'elle procure à TÉtat ^ vient encore consoler les Ticlimes.
Vous le voyez, Monsieur, louer Tindustrie française n'est pas permis aux Français. Reconnaître chez nos commerçans Tamour de Tordre et des intérêts honorables n'est pas permis dans ce régime de liberté nouvelle qui commence. Nous avons un ministère pour lequel les men-* dians de Tarmée de la Foi sont sacrés , qui outrage par ses prohibitions les dépositaires de nos arts et de nos prospérités !
STATISTIQUE DU COMMERCE. PARTICULàRITÉS SUR £A
FOIRE DE BEAUGAIRE.
La même politique qui cache en même temps à nos regards l'Espagne et les Pays-Bas , s'attache à tenir également dans l'ombre la statistique des comptoirs et celle des couvents. Il faut que la iFrance ignore que ceux-ci prospèrent , que ceuxlà languissent et succombent.
M. le marquis de Lavalette, préfet du département du Gard , délégué pour exercer les fonctions de commissaire du gouvernement pour la tenue de la foire de Beaucaire, a pris un arrêté qui fixe l'ouverture de cette foire au aa de ce mois, et la clôture au a8 à minuit.
Voici l'extrait d'une lettre de cette ville , en date du 6
de ce mois » insérée dans le Journal du Commerce de Ljron :
« La foire, qui, Tannée dernière, offrait à cette époque un tableau assez animé , n'est encore cette année qu'une solitude, je ne saurais décider précisément si cela vient de la détermination prise par les maisons de Mulhaasen de n'ouvrir que le i5 ; mais ce que je sais bien , c'est qu'on se croirait éloigné d'un mois du moment de l'ouverture. Le peu de négocians qui ont ouvert ne foùt rien encore , et redoutent les résultats de cette' foire. Quant aux habttans, ils ne sont pas rassurés sur leur avenir; car, par la diminution annuellement progressive des affaires et le découragement des maisons de commerce , locataires seulement pendant cette époque , ils craignent de voir tomber bientôt cette foire , qui fait leur bien-être , ou du moins d'être obligés de baisser les prix des loyers, et leurs craintes sont assez justifiées par le grand nombre de magasins qui sont à louer.
» Ce qui pourrait être un signe caractéristique de Tinquiétude qui règne dans les esprits, c'est de voir le calme de la rue des Couvertes, appelée làCkaussiée'^Antinde Beaucaire. Ordinairement les employés des maisons qui y habitent se réunissaient le soir après souper, et se délassaient, par des jeux et des chants, des fatigues de la journée ; beaucoup d'habitans et d'étrangers étaient attirés parleurs accords mélodieux; mais, hélas I
Cet heureux temps n^ est plus, tout ù changé de face.
Aujourd'hui Ton ne rit, Ton ne chante plus ; tout est morne et silencieux : Ton se fuit; chacun craint de laisser percer
devant ses concurrens des marques de son méconteii'^
tement.
» On pense que les. indiennes, les draperies et les articles de Rouen et de Roubaix, qui forment les principales branches de Tindustrie nationale , joueront un*bien triste rôle dans cette foire. Les indienneurs et les drapiers n'étant pas même encore arriyés, on ne peut fixer les prix de leurs articles, qui , du reste , ne sont pas présumés être en hausse , bien au contraire ; mais je puis tous dire qu'on parle des prix de 1 5 et 16 sous pour les articles coutil et buffeline. La récolte des soies a été excellente , les prix des cotons ont bieaucoup baissé ; mais les soies se vendrontelles, et à quel prix? Enfin, généralement, on a plutôt des craintes que des espérances.
» Voilà pour la partie commerciale : celles des événemens sera peut-être plus piquante , et ne sera pas la moins recherchée par vos lecteurs. Vous savez que tous les ans la foire attire une grande quantité de baladins de toute espèce, et que divers amusemens et spectacles s'établissent à Beaucaire , où leurs directeurs font quelquefois de meilleures affaires'que les négocians. Cette année, un particulier de Béziers est arrivé dans l'intention d'établir un tir au pistolet; il était recommandé par M. le maire de cette ville à $on confrère de Beaucaire comme père d'une nombreuse famille. £h bien ! M. le maire a refusé à cet homme l'autorisation d'établir son tir, au mépris de l'ordonnance de police relative à la foire, qui permet ces sortes d'établissemens à la distance de deux kilomètres.
» C'est dimanche prochain que commencent les courses de taureaux : il 7 avait long-temps queleshabitansde ce pays les attendaient^avec impatience. Depuis la dernière foire
on n*aYait pas- eu le plaisir de Voir ëventrer des hommes et des cheyaux. »
( Rognure du Constitutionnel. ) SUPPRESSION d'arrêts DE COURS SOUVERAINES. '
Nous avons vu pour qui sera partial et passionné l'arbitraire qui commence. Contre qui le sera-t-il ?
Avant tout contre les cours souveraines. Les haines des corporations ne meurent pas ; et la même censure qui empêche de commenter Tarrèt de la cour royale du Haut-Rhin , osera étouffer les arrêts de la cour royale de Paris. Elle fera plus ; dans l'affaire du Constitutionnel et du Coutrier Français , elle imposera une rédaction inexacte et mensongère à la place du jugement rendu, cela pour qu'on ignore que le chef des fraudes électorales a été mis de côté par les magistrats, et que tout ce que les journaux avaient pu dire sous ce rapport a été souverainement absous.