‹ Censure de 1827Chapitre 42 sur 91 · PARTIALITÉ · texte numérisé non relu

PARTIALITÉ

La censure sera partiale envers et contre tous. La nouvelle dont le récit est permi^ à tel journal ne le sera point à tel autre. Le Courrier Français ne parvient pas à instruire ses lecteurs d'une mort

(4a) dont les attires feuilles sont remplies. Alors, il prend deuil et s'exprime ainsi :

La patrie vient de faire une perte bien douloureuse et bien difficile à remplacer : La Gazette de Lyon annonce que le révérend père don Augustin de Lestranges, supérieur général de la Trappe, est décédé le 17 juillet dans la maison de son ordre , où il é^ait descendu.à son arrivée de Rome.

€ette rédaction est supprimée* Celle qui suit est essayée comme on peut croire sans plus de succès.

La patrie tient de faire une perte qui n'est ni douloureuse ni difficile à remplacer, dans la personne du révérend père Lestranges, supérieur desTrapistes, qui est iMft i son retour ia Rom« dans la maison de son ordre, suivant Taspressionde la Gazette de Lyon.

GUERRE A l'histoire.

Toutes les annonces de V Histoire de la garde nationale de Paris ont été biffées dans les journaux» L'historien devait partager la disgrâce de ses héros.

. Les tomes YII et VIII de V Histoire de France, par l'abbé de^Montgâiliard , viennent de paraître ùhet Moutardier , rue Git-le^Gœur , et n'ont pu feire aimoaGés.

La ncite suivante n'a pa$ davàûtage trouvé grâce devant la censure.

M. Delamothe-Langon , membre de l'acadéœiç royale

des sciences de Toulouse et de celle ^es jeux floraux, etc.»

Ta publier incessamment VHistoire de V Inquisition en

France et de la croisade dite des Albigeois. Cet. oivrrage

important, fruit de vingt ans de travaux et -de recherches,

manquait à la littérature. L'auteur, sans rien puiser dans

les écrits des écrivains modernes, a eu recours aux sources

et n'a tiré ses autorités que de bulles , brefs et lettres des

papes, canons des conciles, chroniques des couvens»

correspondances des évêques, et registres originaux (le

rinquisitîon.

On voit quel esprit dirige le ciseau ennemi. Les Parques du moins abattaient les vivans sans avoir la prétention de mettre en oubli les siècles qui n'étaient plus , ou de fausser leur histoire.

AGUBSSIONS kVX PEBSONNES.

Dans les monarchies constitutionnelles, tout citoyen vit sous l'œil et Sous le jugement de ses pairs. Le pays a besoin que tout puisse être dit, dans les limites vouluespar lès lois , ' sur ehacun de ses enfans; car il a besoin de les connaître tous. Dans les monarchies absolues, la louange et le blâme 5ont interdits, parce qu'il n'y a que deux

juges compéteos pour les renommées , le priitce et la postérité.

Sous Tempire de notre censure constitutionnelle ,^il y aura blâme et louange, mais par ordre du pouvoir. Des haines de faction exploiteront et le silence et la publicité ! la passion tiendra en main le$ balances de la justice, et le pays prononcera.

— Les journaux n'ont pas pu annoncer que M. Legoube , conseiller à la cour royale de Bourges, avait, comme tant d'honorables citoyens, refusé les fonctions de censeur dans le département du Cher.

— Les journaux du côté gauche , en annonçant la mort de M. Triozon Barba, juge àlssoire, n'ont pu ajouter, entre autres faits supprimés, qu'il était de cette jeunesse de 1789 dont l'enthousiasme, le dé vouement et le courage avaient tout tenté pour la cause de l'humanité. Sous l'empire, ceci se serait compris. Dans un temps où des statues sont élevées à Georges Cadoudai , à Cathelineau , à Charette , c'est injuste et vexatoire. Dans un temps où les électeurs de Meaux peuvent se donner la joie de choisir pour mandataire M. de La Fayette , ce n'est qu'imbécile.

— La police poursuit par ses censeurs, sur la mémoire du duc de Liancourt, les persécutions qu'elle commença par des sbires sur son cercueil.

Dans le compte rendu d'une séance de la société de la Morale Chrétienne, ce passage d'un discours de M. de Broglie , président', a été mis à l'index:

»Si je me bornaîd à rappeler les yertus, les travaux^ les services de M. de Lîancourt^ je craindrais de paraître reculer devant l'expression de sentimens autres que la re-« connaissance > autres que l'admiration et lesreg^ts; et qu'il me semble, dans le moment où je parle j, entendff gronder sourdement dans tous les cœurs. Si je me livrais, au contraire, à l'expression de ces sentimens, je crain-* drais d'attirer imprudemment éur notre modeste société ceUe interdiction de feire le bien, arme nouvelle entre les mains de l'autorité^ et dont celui que nous regrettons a été le premier frappé ; arme qui sera long-temps nou-* velle, il faut l'espérer; châtiment singulier dont l'honmie de bien, l'homme utile à ses semblables, le bon citoyen, est le seul qui puisse être atteint; châtiment redoutable en même temps, puisqu'il a frappé bien douloureusement et peut-être sans retour une ame que tant de fortunes diverses avaient jusque-là trouyée inébranlable. .

«Que ce soit donc assez de ce peu de mots jetés en passant: il est des choses qu'il suffit d'indiquer, il est des noms qu'il suffit de prononcer. La place, que M. de Liancourt, héritier et fondateur tout ensemble d'un nom si glorieux, occupe , comme ami de la liberté, dan» les fastes de nos assemblées politiques ; la place - qu'H occupe, comme philosophe pratique , comme ami éclairé de l'humanité, dans le cœur des gens de bien de l'un et de l'autre hémisphères, n'est point de celles qu'on donne ou qu'on enlève d'un trait de plume ; et le iculte rendu à

sa mémoiie., dans la chaomière do panne, dans Partselier de Partisan 9 snr le lit de douleur du malade, n'est pas non plus, grâce an ciel , à la merci d'un caprice.»

B est i remarquer ^e la censure s'enpread surtootanx dacs et pairs. Elle a?ail ici le plaisir d en frapper deux à k Sois : le mort et le vivant , llimqpie de bien et son digne panégyriste. M. le duc de Broglie est, de compte fait, le quatrième personnage revêtu de duché-pairie , le cinquième membre de la chambre haute que les censeurs osent soumettre à ce que M. de Bonald appelle Jeurs jugemens. Il ne faut pas s'en étonner. Rien n'est niveleur comme les gens de congrégation et ceux de police : c'est pis que du peuple. Les uns se prenant pour des habitans du ciel , croient fouler aux pieds, de là-haut, les illustrations de la naissance et celle3 du génie ; les autres Lussent toute supériorité 9 en proportion de leur bassesse*

noSGRIPTION BB LJL BIXIfFAISANCE.

Le bon plaisir, institué au milieu d'un ordre légal, et remis aux mains d'une coterie, ne sera pas seulement 'partial contre les gens de bien; il le sera ccwtre le bien même et contre la vertu.. .

— Les journaux ont pu rendre hommage à M. de Rothschild de sa généreuse résolution de consacrer 5oO,ooo florins à l'érection dW hôpital pour les Israélites de Francforts Us n'oàt pu annoncer le sacrifice fait par M. Népomucène Lemercier de droits d'auteur pendant un an , en faveur des incendiés de TAmbigu-Gomi^ue.

— Cet académicien avait une pension de 1,200 francs : il en fait don aux pauvres de soA arrondissement Le lendemain , le ministère la lui retiré. La France ne reprit pas à M. le duc de Kichelieu sa récompense nationale de 5o^OOO liv, de rente , quand il abandonna cette dotation aux pauvres de Bordeaux.

— Le Constitutionnel, eu racontant les dév^ sastres éprouvés par les jardiniers du cinquième arrondissement ,• Iprs du dernier orage , n'a pu ajouter l'humble prière que je transcris :

Dans rimpoàribilîtè d^adresser les secours à domicile , aousne doutons pas que M. Hateaui^Qrigny, maire dé cet arrondissement 9 ne trouve bon qu'on les dépoéa chas lui ou à la maurie , rue Thévenot.

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