GB QUE NOUS PENSONS
L'organe of&ciel de l*administratioD a fait devant nous un appel à lli Kberté des discussions. Nous avons pris acte hier de Cette ouverture ; aujourd'hui nous allons en profiter. Sans h' nouvelle carrière ^ui se présente pour les écrivains dé Popposition, sur lé nouveau terrain où ils vont combattre sans l^avoir choisi,' il n'est pas inutile de résumer, eo quelques mots, leurs principes
Nous pensons d'abord que le gouvernement doit être fort et indépend'ant des partis , parce que rien n'est plus fiital au^ peuples et aux trônes que la faiblesse qui laisse les gens de bien sans garantie sous une administration va-
cillante , que la dépendance qui ravit à l'autorité Thon" neur du bien qu'elle accomplît , lui laissant toute la responsabilité du mal fait en son nom ; mais cette force du gouvernement, nous en plaçons le principe dans la liberté des citoyens; cette indépendance, nous lui assignons pour limites les volontés de la loi. Â nos yeux , l'administration la plus puissante est celle qui laisse le plus complètement aux citoyens le juste et entier exercice de leurs droits; l'état le plus libre est en même temps le plus stable et le plus florissant.
Appliquant ce dernier principe à la politique étrangère, nous pensons qu'une administration pénétrée du sentiment de ses vrais intérêts, doit préférer, pour ses alliances extérieures, les états où la liberté est instituée par la loi, attendu qu.'ily a toujours à gagner dans l'union dé ce qui est vital et organisé, et toujours à perdre dans une association avec ce qui est faible et sans lois certaines. Ainsi, en supposant qu'il fût question de choisir entre l'amitié de l'Espagne et celle de l'Angleterre^ nous pensons qu'un ministère habile ne devrait pas balancer un seul moment, parce que d'un côté serait la puissance et la coopération énergique, tandis que de l'autre naîtrait une source infinie d'embarras et de dégoûts, et de continuels sacrifices, sans espérance d'une réciprocité possible.
Nous pensons qu'au premier rang des devoirs d'un ministère, se trouve le maintien de la dignité nationale. Chargée du dépôt sacré de l'honneur du pays, l'administration ne doit jamais accepter des transactions, des actes, des paroles même qui pourraient faire supposer que la France n'occupe pas, dans l'esprit de ses alliés, le rang dont elle ne consentira jamais à descendre.
A l'égard de la liberté intérieure des citoyens, notre règle eet dans la Charte, ouyrage d'un roi législateur, la seule , la véritable boussole de l'état. Mais cette loi fondamentale, jurée par deux monarques, nous pensons qu'elle doit être exécutée avec bonne foi, dans le sens qui résulte naturellement de ses expressions, sans arrièrepensée, sans interprétations captieuses. Nous croyons que la Charte, ainsi appliquée, suffit à la liberté , à la prospé^ rite de la France. Notre doctrine tout entière se trouve dans cette phrase célèbre du général Foy : «Celui qui veut «plus que la Charte, moins que la Charte, autrement nque la Charte, celui-là manque à ses sermens.»
Nous pensons en conséquence, et notre situation actuelle ne saurait nous interdire de le proclamer, que la liberté de la presse est inséparable du gouvernement représentatif; que cette liberté , toujours utile , Test plus encore en l'absence de la tribune, parce qu'alors elle reste seule chargée du contrôle des actes publics, et que son asservissement , en pareille circonstance , équivaut à un silence absolu ; silence qui peut procurer une trêve à une administration responsable, mais qui n'est sans inconvénient ni pour le trône , ni pour les libertés des citoyens. La loi fondamentale ayant garanti la même protection à tous les cultes , nous ne pouvons admettre l'opinion des publicistes qui prétendent transformer cettî^ parfaite égalité en un simple objet de tolérance. Nous pensons que c'est pour l'administration , non-seulement un devoir, mais un intérêt, de tenir d'une main ferme la balance entre les diverses communions, afm qu'elles vivent en paix Tune à côté de l'autre , et que chaque famille suive avec sécurité la religion de ses pères. Nous pensons que toutes les lois
qftii tendent à rassufer les esprits sur la liberté de^ cuHes doiyent être scrapuleusement exécutées.
- Nous pensons que la principale source des troubles et des discussions sur les affaires de religion , est dans l'opiniop généralement répandue que les lois qui interdisent les communautés religieuses d'hommes ne sont pas complètement observées. A nos yeux, une administration qui permettrait la résurrection de certaines sociétés et congrégations , non -seulement s'exposerait à susciter des craintes, mais se créerait à elle-même une suite de diffi^ cukés sérieuses dont elle pourrait plus tard regretter les conséquences.
" Le plus beau des droits que la Charte reconnaisse aux citoyens, c'est celui d'élite les mandataires chargés de participer au pouvoir législatif. Ce droit électoral , nous pensons qu'il doit s'exercer avec une complète indépendance. La dépendance qui serait imposée à cet égard aux fonctioiHiaires publics nous paraît contraire aux lois, et même à la noture des choses. En effet, s'il est vrai que ce soit comme citoyen et non comme fonctionnaire qu'un électeur Yote dans son collège, ne doit-il pas déposer sur le seuil ses obligations envers l'administration , pour ne conserver dans rintérieùr que la libre inspiration de sa conscience, et le sentiment de ses devoirs envers luimême, envers la société? et ce que nous disons ici des électeurs y nous le pensons également des dépiités. ' Ifos sobtimens envers la magistrature française sont connus.' A toutes les époques, nous nous sommes reposés avec une entière confiance da^ns son impartiale équité. C'est par suite de ce même respect. que nous estimons non-seulement irrégulière , mais funeste , toute interven-
tion de Tadmiiiistration dans la justice; aussi jugeons-nou« fâcheux^ déplorables même, les conflits qni- ont paru se nnultiplier récemment entre Tune et l'autre ; aussi deYonsr nous déclarer que tout acte ministériel qui paraîtrait censurer ou seulemei^t impreuver des arrêts rendus par les nlagiBtrats 9 serait à nos yeux une faute grave ^ et même engagerait la responsabilité des dépositaires du pouvoir. Il n'y a point de liberté sans justice, ou plutôt la justice est la liberté même.
Nqus pensons enfin que le premier devoir d'un ministère est de seconder tous les efforts qui tendent à accroître la glofre ou la richesse de la nation ; de déceiraer de6 récompenses aux hommes qui font faire un- progrès -aux .soîéiices utiles 9 d'encourager l'Industrie en courant -audevant de ses besoins , en hii frayant la route vers, les perfèetic^tmeitiens i de la favoriser par des règlemeas sages, par des traités de commerce qui lui ouvrent des débouchés^ par des instructions sévères données aux a^péns français résidant à l'étranger. Le premier devoir d'uii ittinistère est encore de s'élever, dans la distribution de ses •noourageiiiea& i au-dessus des passioos^ de parti , de ne voir dans âes faveurs que te prix des service» rendus , que le bien et la prospérité du pays*
Respect à tous les intérêts , quelle que soit leur époque et leur origine ; obéissance absolue à la loi qui a reconnu ou fondé tous les droits civils et politiques en France; réunion des partis par un oubli complet de tooâ ht totes et opinii^tas; stlfianûe de la France d'auffefdiiff avec la Fratieë iiou/(^e J (yropàgaftioh^ par les moyens led plas sftrs et tè» plu9 ré|nde9, de l'îfistruoti^n parmi les classes inférieures de la société; appei enfin à tous les talens>à
toutes les lumières , pour concourir à la gloire et à la prospérité de l'Etat; yoilà ce que sollicitent tous nos vœux; voilà les termes et les limites de notre opposition sous tous les ministères et dans toutes les circonstances. Et qu'on ne se trompe pas sur l'honorable but de cette opposition; la puissance de l'Etat, la splendeur et la dignité du trône, le bonheur et la sécurité des citoyens, tel est le but, triple dans son unité, poursuivi avec constance depuis quinze ans par le Constitutionnel , et sur lequel les passions seules du pouvoir ont pu se tromper. Toujours amis de la monarchie représentative , jamais il n'entra dans notre pensée d'attaquer, d'affaiblir l'autorité royale , qui est le principal ressort de cette monarchie , et qui devient si forte par la liberté des peuples. • Ce que nous avons combattu , ce que nous combattrons tant que notre plume ne sera pas brisée, c'est l'abus du pouvoir ministériel , à nos yeux plus redoutable pour le trône que toutes les oppositions passées, présentes et futures. C'est ainsi que nous sommes restés à toutes les époques, et que nous resterons désormais dans les limites constitutionnelles, prenant pour guide notre conscience, et consolés de l'injustice de nos adversaires par la loyauté de nos intentions.
(Rognure du Constitutionnel,^
Les pages qu'on vient de lire présentent dans la circonspection de leur langage renchaînement des principes auxquels la politique de Tadmlnistration fait la guerre ; cette politique est donc manifestement, dans le fond, la haine des in té-
rëls . existaos; dans la forme', la haine des lois régnantes. Aussi était-il facile de prévoir que les lois seraient hardiment violentées, dès que l'arbitraire aurait fondé son empire dans le sein même de la presse , c est-à-dire dans les remparts et dans la citadelle de Tordre légal. Nous allons voir qu'il est ainsi advenu.
AFFAIRE DE l'oPÉRA-COMIQUE.
Un théâtre vient de voir toutes les garanties méconnues, toutes les barrières enfreintes. Il y a de la modestie au ministère d'avoir choisi les planches de TOpéra-Comique pour ses débuts dans la route des 18 brumaire. La révolution que le théâtre de Favart et de Gretry a subie n'a pu être racontée par les feuilles publiques. L'avantage de la censure est d'avoir des coups-d'état à huis clos.
Les divers journaux avaient essayé de raconter les faits en ces termes affaiblis :
A Feydeau on se dispute, et on ne s'occupe nullement de monter des ouvrages nouveaux ; il n'est question que d'ordonnances, de règtemens, de dissolution de société, de pouvoir absolu , de droits violés , de propriétés confisquées, selon te bon plaisir; enfin de tous ces éternels sujets de querelles entre le peuple et les rois, entre les administrateurs et les administrés. Ne comprendra-t-on
jamais qfïea tout çenre, et partlçulièreiiieQt ea fait de théâtre 9 le public ne sera jamais bien serW que par la Uberté et la concurrence 4e l'intérêt particulier! .
(Roture du Journal des Débats.)
Le Constitutionnel a donné hier , avec quelque raison , le nom de lit de justice à une séance e;LtraordiQaire dans laquelle un puissant duc, revêtu de son uniforme d'officier-général, paré des insignes de son grade et de son cordon bleu , ayant à sa droite M. le directeur Guilbert de Pixérécourt, à sa gauche, M. le secrétaire de ses commandemens , à son ordre un Suisse avec sa hallebarde, son baudrier et son épée, et tous ses valets de pied en grande livrée, a reçd les comédiens et les coipëdlennès d4 F^jdeau;. Après une courte et sévère harao^tt^ prononcée assis dans son fauteuil docal , H. le duc a chargé son chancelier de dire le reste, et, prenant la parole , M. le directeur de Pixérécourt a lu le reste , qui n'est pas peu de chose, car c'est une ordonnance royale fort étendue à l'endroit des sociétaires de Féydeau.
• (Rognure du ConstituiionnelJ)
— Douze sociétaires du théâtre de l'Opéra-Comique se prétendant blessés dans leurs droits consacrés par un traité de société, ont annoncé l'intention de se retirer (i), et déjà leurs noms ne figurent plus sur les affichas du théâtre. Un mémoire respectueux va être adressé par eux à l'au- Irrité (|u'Us déclarent avoir été surprise par des rapports infidèles et passionnés.
(i) Onze de ces sociétaires publient une prolestatioo feripe et convenable qui am^once un factum circoa9taiicié.
Si, comme nous devons le croire, il e»t permis ^e parl«)r d'affadres de coniéidie , <)ui , ce tioiis semble , n*ont a«i£uo jrap|)ort aiièc lesitfijdcésdTétat, nous ferons obseryer;que là disposkion de la pouVelle ordonnance publiée par J.e3 JQurnaiix 9 âont 4§5tracti¥es de deoîtsacqMs, et qa*eUe$ ne portent pas ce cartictére de justice «t de modérotion.qui n'est pas àdédaignei^ môme dans les coulisse^. NjOus noua rappelons qu'il j a di^huit mois, î^ 9^ ciétwe^ de Fefdeau d^tcnandèceot des oomptes d^ ^ociéié, et qu'on leur xépoi^idit que eela ne Je» regardait pas; qu'en fait de eomptabiliité , ils devaient avioîr une foi a.Teu^^ et s'en drapporter à ia inuoificetice «t à k probité des.géraos officiel».. « J'ai. sauné l'Opéra-^oniique.; » montons.au Capitoèe^ et rendons f race a«i|[ Dieus.;» Telle fut la fin de non-receTo|r des Scipîons de comédie. Aujourd'hui 5 on tranche le nœud gordien : Il n'y aura plus de société , et on ne derra plus de compte. Les sociétaires né sont phis des "associés, ee n'est jiiu-un vain titre.,. qu'un hochet de théâtre, qae donde et re^re>le caprice, là Tépubliffue ch^tiinte ejsjt spiu|(iba à une ^icisi' ture dans le ^en^e de celle d'Alçef ; o;j peu^ êtrp ffxpids4, et quand ou aura encoi^ru ta .colère d'un hpmme qui 9 s'il est au-dessus de la passion > n^est certainement pas au-dessns de l'erreur, on sera puni de la confiscation de ses fonds dé retenue , yéritable propriété aussi sacrée que ei^le d'un champ eu d^ûtte n^âisou , puisqu'elle est prise sur le {urodult du l^^ayail; iQai^ on sera même' eendambé à la confiscation de son t^leuit; on ne pourra jouer fur aucuc théâtre de France ; du^nter dans aucun concert; on sera coodamné à la misère , à lar soif, à la faim* No-ue n'ignorons pas qu'il est' difficile dé gouverner
des étatâ comiques; qu'il y faut plus qu'ailleurs uoe discipline sévère ; mais la fermeté n'est point la violence, l'arbitraire, n'est point la justice. Si les comédiens ODt des passions ardentes, des prétentions exagérées, ce ne sont point des parias. On s'appitoie justement sur le sort des nègres; il faudrait ne pas traiter de même des gens qui contribuent à nos plaisirs, qui sont. hommes, qui sont citoyens, qui sont aptes à être jurés, électeurs , et qui, s'ils doivent être assujétis à des règles sévères dans leurs rapports avec le public, ont droit, dans la gestion de leurs intérêts privés, à la protection commune. Il y a dans les nouvelles dispositions dont ils se plaignent quelque chose de colère , de sauvage , de brutal , qni n'est pas dans les mœurs d'un pays policé.
(Autre rognure du ConstiiutionneL)
L ordonnance qui a fait tous ces bouleversemens , qui a renversé les droits acquis , brisé les contrats , détruit la propriété aux mains de ses légitimes dépositaires , sapé ainsi la Charte dans sesfondemensparmille endroits, cette ordonnance a envers la Charte un tort plus grand. Contre l'esprit et la lettre de la loi fondamentale , aucun contre-seing ministériel n'autorise cet acte. Il n'y a d'autre signature responsable que celle de l'un de messieurs les premiers gentilshommes de la chambre du Roi. Les coups d état de cour succèdent ainsi aux coups d'état de cabinet; et le régime des Igis a vécu.