‹ Censure de 1827Chapitre 49 sur 91 · RÉSUMÉ · texte numérisé non relu

RÉSUMÉ

Une femme desprit me disait ce soir. Monsieur , que la censure avait déjà produit un grand bien j celui de nous apprendre ce que le mini»tère a daxis la pensée : c'est sa langue , c'est son truchement. Quand la France parlait^ il ne savait nous instruire que de ses antipathies. Il nous révèle ses desseins dans le silence publie , comme ces enfans stériles et muets de l'Asie > qui se font entendre en mettant la main sur la bouche de l'esclave qui veut prononcer une plainte ou une prière. Par ce qu'il nous empêche de dire , nous savons précisément ce que nos cris Font empêché de faire. Des années de liberté de la presse auraient passé sur la France sans qu'on fût parvenu à deviner tout ce que le cabinet cou-

( 85 ) tient dé haineë profondes pcmr le commeroe,' pour Tindustrie , potrr les classes moyennes y pour la petite oulturè , pour la division xies pro-^ priétés, polir Taisante et la sagesse der labour^ geoisie y pour la générosité des lettres , pour les rertus populaires des grands, pour lés droits de Tillttstration et les prérogatives de la gloire. Le chef dtl ministère aurait tenu la tribune toute sa vie sans trahir le secret de sa passion pour les or< dres monastiques , les couvents , les abbayes et leurs intérêts, leurs affections, leurs doctrines , leurs pratiques. En nous étouffant , Tadministra-* tiott se découvre et se livre. Elle n'a pas un umu"»

vais penchant qu'elle n'ait déjà révélé; les Français maintenant savent mieux i^ue jamais pourquoi ils la réprouvent , pourquoi tout pacte est rompu entre èUe et eux. Un système oiii il y aurait publicité des débats judiciaires '^ réfutation des calom-» nies, franchise des élections, quejais*je^ liberté d'exatnen seulement dans les questions de ri« che^se publique , ce système serait insupportable aux conseillers de la éôuronne. Par grand malheur, le pays n^en veut pas d'autre, et c'est pour cela précisément qu'est survehue la censure.

La censure, établie avec de tels sentimens et pour le compte de tels desseins , ne pouvait être

que ce quelle a été, extravagante de violence, et ses emportemens ne peuvent être que des pré* ludes. Le ministère est un homme qiii éteint les flambeaux pour qu'on ne le voie point courir aux abîmes.

Ce ministère aveugle ne fait pas une réflexion bien simple. Depuis qu'il y a des hommes, l'autorité des lumières à toujours conduit les états. Les théocraties antiques, loin de déroger à ce principe, l'établissent et le confirment Les peuples anciens ne savaient pas qu'il y aurait de la lune tel jour, sans la proclamation de ses pontifes. Le pouvoir, au commencement des sociétés humaines , se fixe aux mains du sacerdoce , parce que là est la science , et la science s'y perpétue long-temps, parce que là est le pouvoir.

Parmi nous , où sont les richesses des arts , du savoir , du génie ? Qui peut revendiquer cette supériorité devant laquelle toute autre s'incline et s'efiace? la question est facile à résoudre. Le ministère a mis le talent contre lui. Il a contre lui la civilisation tout entière et tous ses défenseurs. Sa solitude tient du prodige, sa pénurie est fabuleuse; or , marcher contre la civilisation , contre le talent , contre l'esprit, contre la gloire, cela ne se fit jamais, et la France n'est pas une terre bien choisie

(87) pour de telles expériences. Il fallait les tenter ailleurs*

N. A. DE SALVANDY

Paris y ce mercredi y ^S juillet i8a7.

Imprimme de H FOURNIER, rue de Seine , n. 1 4.

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