SÛR LES AFFAIRES PUBLIQUES
Monsieur ,
Je m'étais proposé d'abord une tâche facile , celle de démontrer que la censure, autrement dit Farbitraire en fait de presse, était un régime de tous points contraire à celui que la restaura^ tion a promis et fondé, de tous points conforme à la nature de ces gouvernemens absolus, bons peut-être dans l'adolescence des nations, odieux et impraticables dans leur maturité , abolis pour nous et réduits en poussière par la main du temps. Les faits sont venus à l'appui de mes maximes, et tandis que j'avais montré la censurç heurtant de front le principe général de la monarchie constitutionnelle, qui est l'examen, la discussion, la publicité , les agens de la police de la presse ont fait voir que , sous leur empire , il n'y avait pas une
des garanties , pas un des articles de la loi fondamentale c[ui ne se trouvassent dix fois le jour méponniis et oiU:ragés.
Il m'a été ensuite aisé d'établir que ce renversement de toutes les règles du droit public de la monarchie nouvelle tenait à des combinaisons contraires au principe même de la Restauration qui est sans doute le besoin de la stabilité , contraires à toute notion de modération et de sagesse, empreintes en6n de l'esprit de faction le plus borné et le plus destructeur* Chacun des faits 5 chacune des opinions frappés de mort par la censure a rendu cette vérité claire comme la lumière du soleil , en trahissant le secret de .toutes les haines et de tous les vœux du pouvoir. Or, il s'est trouvé que tous ces vœux étaient subversifs^ toutes ces inimitiés criminelles et folles. Ce que le ministère prétend abolir, c'est le présent ; ce qu'il a en antipathie , c'est la France.
Vérités désolantes , Monsieur, et funestes prér sages i Aussi, ne saurait -on environner ces desseins de dartés trop vives ; car il est des conseils qui tombent dès qu'on leur a enlevé le secours du mystère. Il est des entreprises qui ne peuvent s'aecomplir à la face du jour.
Maintenant, je veux arriver aux conséqueBces que uous avops d^à trpuvées , Monsieur, comaae
(3) teime inévitable dé nos recherches , y arrivel* par une voie nouvelle. Si je prouve que le coup d'état de la censure est contraire au priacipe même de la loi exceptionnelle dont le ministère s'autorise , que cette censure est inutile et supeivfhie autant qu'illégitime, qu'elle ne sert à rien sinon à blesser la France au cœur, qu'elle n'a nul profit pour la restauration ni même pour le ministère , qu'elle est une violence stérile , une gratuite témérité , vous supposerez sans peine que cette grande perturbation n'ayant pas pour mo«tifs des intérêts présents, il faut qu'elle s'eiplique par quelque intérêt futur. Des combinaisons secrètes, des espérances cachées, tout un système enfin doivent s'y rattacher. Autrement, ce serait du délire.
La censure a une utilité de tous les jours dans les états despotiques ; là , elle est tin bien ; car là elle est une nécessité. S'il y avait presse libre , il y aurait discussion , et la discussion des actes conr duirait à celle dès droits. On demanderait compte au monarque de ses fautes d'abord , et bientôt de sa toute-puissance. C'est ce qui arriva parmi nou$ iaïax derniers jours de l'ancienne monarchie.
Dans nos monarchies légales, rien de sem-^ blable. Tons les droits ont leurs limites mcarquéeSj ceux de la diacusaon comme ceux de la pmssaftoe^
La part du public et celle de la couronne sont faites par les lois. On ne peut même demander compte au prince de ses fautes : car il ne saurait mal faire. Là aussi la publicité est de droit parce qu'elle est sans péril. Elle est sans péril parce qu'un pouvoir subalterne , fragile ei responsable , le ministère est seul accessible aux doléances de la conscience publique.
Établissez la censure en telle contrée ; à qui servîra-t-elle? Au ministère seul; elle le couvre , elle ]e protège , elle l'élève au-dessus de la responsabilité journalière qui l'importune. Mais cette responsabilité est précisément ce qui fait la force et la gloire du trône ; car elle assure son inviolabilité souveraine. Le trône ne fait donc que déposer ses plus hautes prérogatives au profit de conseillers ingrats. Leur devoir était de s'immoler pour lui. C'est lui qui se sacrifie pour eux. Mais que dire , si le dévouement de la couronne ne profite même pas à ses conseils ; si la responsabilité pèse toujours sur leur tête ; si les investigations de la presse continuent à miner leur renommée ; si celles des chambres les attendent ^ si le flambeau incommode qui les poursuit ne fait qu'éclairer une faute incomparable de plus, un incomparable attentat , si enfin la couronne s'est exposée à se découvrir^ sans couvrir le mi-
nistère? Or, c'est ce qui arrive dans un ordre de choses tel que le nôtre. L'arbitraire et la liberté enserrent de tous côtés le pouvoir dans leurs entraves et leurs dangers contraires.
^11 est manifeste que, dans une monarchie constitutionnelle , la censure , si on a le malheur d'en admettre seulement le nom , ne peut être conçue que comme la dictature chez les Romains; et; c'est ce qu'a fait la funeste loi dont nous subissons l'application illégitime , déloyale , parjure. Elle ne peut être conçue que comme une révolution d'un jour, qui , pendant < le laps de cette terrible journée, change le principe du gouvernement, dénature tous les pouvoirs, et met la monarchie absolue, la puissance dictatoriale aux lieu et place d'un régime de contrepoids et de liberté. Ceci était fondé, à Rome, sur l'opinion que la monarchie peut valoir mieux que la république dans les circonstances graves : et Rome avait raison: Ce système se fonde parmi nous sur la supposition que le despotisme est quelque chose de plus habile , de plus robuste , de plus propre à braver les tempêtes que n'est la monarchie : et c'est insensé.
La loi qui a pu faire cette supposition déplorable, devait être envoyée en police correction-
selle. Un ministère habile la felégaeml aux petites-maisons .
Cette loi est Touvrage des ministres mêmesi qui l'exploitent en ce moment comme chacua sait Mais du moins, quand elle fut conçue et proposée 9 ne sembla-t-elle faite que p<rar le» seules occurrences où un tel système puisse se soutenir, pour les guerres civiles, les réyokes années, lesbouleversemens,les20 mars. D'ailleurs elle ne disposa que pour de rapides conjonctures; elle ne voulut en quelque sorte parer qu'aux coups de tonnerf e ; et voici qu'on s'en sert comme d'une institution permanente, eomnie d'un instrument régulier, en plein calme , pour d»vier simplement, pendant dix mois de suite , à la clarté du jour.
Cette loi, qui viole le principe de la moaarclne eoBStitotionneUe, est ainsi elle-même violée à sott tour dans son principe. On tourne un moyen de défense en moyeu d'aggression ; on bat, on brise le navire b»cc la dernière ancre de salut ; on em ploie à tout ten^ et tout compromettre ce qui ne devait être employé qu'à tout sauver. En un mot, on fait de gaieté de cœur une révcdution tout entière ; pourquoi ?
' Ce coup d'état sur le bruit des discussions.
( 7) aur les lumières de la publicité , n'est-il fri^é> qu'afia de donner un garde-vue commode à quelques yeux délicats , afin de mettre ^ en quelque sorte , du coton dans l'oreille de trois koiiH mes? On ne saurait le croire^ même avec les aur. teurs de toutes les désastreuses folies que nous» av(«9 vues. Ils ont un but plus sérieux et plus^ haut S'ils ont fait cette révolution téméraire 9 c'est qu'ils veulent autre chose que quelques mois di. repos ; ils veulent une révolution. ,
C'est là ce qu'il importe d'établir. Peut«-être ^ en effet, m'abuse- je, monsieur ;peutr<*ètre. la ceui^ sure es^elle conforme au vœu et à lu nature d^; la loi qui l'autorise, c'est-àt dire nécessaire auisa* lut de la restauration et de la paix ptd^U^e ,.ced ^«Qids dépots dont le ministère répond; peut-» iûfe enfin, si elle ne veillait pas sur nous , le paya serait-il aujourd'hui en feu? Voici venir les ftûts :
Le xnékier que font les censeui» estril secoù** rable à la monarchie , alors leurs archives doivent être un précieux recueil des crimes de la presse* Ce doit être un arsenal où on trouve rassemblé , comme dans un parc ennemi ^rès la victoire , toute l'artillerie , tout l'attirail de guerre des fac* tldns. Là se pressent les récits perturbateurs,. les bruit» iiveendiaires, les appels aux passions ou plutôt aas armes. Le butin que les sabreurs de lapo-^
Hceontfait surla presse doit inspirer pour la presse une horreur profonde, pour ces courageux défenseurs de la monarchie une pieuse reconnaissance. Dès-lors, il sera bien de leur dresser des statues , en enchaînant à leurs pieds les quatre journaux firémissant. Sur les bas -reliefs se trouveront clouées les rognures qui attestent leurs travaux. Aux angles du monument, brillera, ciselé en guise d'aigles, l'oiseau qui sauva le Capitole. M. Lourdoueix , M. Pain , l'auteur de la Gastronomie y M. Maquillé , M. de Bonald disputeront au ministère l'honneur de couronner cette colonne Tra-
jane Avant de l'élever^ repassons les explmts
dé la censure durant le cours de la semaine seulement qui vient de s écouler. On saura tout juste dé quelles catastrophes cette censure tutélaire a préservé le trône de saint Louis et la paix du monde. On saura en quel endroit notre esprit de rémunération doit lui attacher la fleur de lys.
FAITS