‹ Censure de 1827Chapitre 62 sur 91 · PROSCRIPTION DE L*HISTOIRE · texte numérisé non relu

PROSCRIPTION DE L*HISTOIRE

L'hislokeést illftdex^etoh va saVoîr pourquoi. D'ordfiludre , quand on établit la diciâituf e dans un pays constitué, quand oà suspend Xhaèeas earpUs en Angleterre, c'est pour ramener pal* la force au joug des loî les populations turbu-

(«9) lentes qat ont en haine les institutions de la patrie et le temps présent. Quand les chambres instituèrent la censure facultative , c'était assurément pour donner au gouvernement du roi une arme terrible contre les regrets factieux , contre les efforts subversifs , qontre les mécontentement parjures: et le ministère en* fait usage pour empêcher la France de célébrer le temps qni court, d*ètre heureuse de vivre au siècle de Charles X , de se complaire dans ses lois! L'éloge de l'ordre actuel des choses aux dépens de la France ajçitique, est interdit en l'^q XIII de la liberté royale. La Charte est suspeadue , sans doiqte par ce qu'il j a circonsianee grave pour le gouvernement de Louis XÏV.

Dans un article sur les grandes routes / vous avez perdu dans les oubliettes de \d^ censure le passage suivant :

Audéftiutde lWypftg>«deFlécli^îer, on peat relire au moîn» les Lettres de madame de Séi^igné ( de juillet à sovemlMre 1 5^5) ; et c'est alors qu'en sentira vî^enent Tépouvantabie disproportie^ qu^il y avait entre l'«xcessiv€; civilisation de la cour et de la capitale , et la profonde ignoronoç qui pesait sur la Aretagne. A propos dSin iinpôt que le gouverneur de ce pajs avait quelque peine à percevoir, voici ce que madame de Sévign^ dit des imposés : « Nos pauvres Bas- Bretons s'attroupent quarante y cinquante par les champs ; et ,. dès qu'ils voient les soldats , \h se jettent à genoiixet

dûeni s Meâculpâ, c'esl le sml mot de fnoçûs «fu'ibM-

chent On nelaÎMe pas de pendre ces pauvres Bas-^fo^e-

tons ; ils demandent à boire et du tabac ^ et qu'on les dé* pèche; et de Coron pas un mot, » Voulant dire, par ce dernier trait, que ces maHieoreux mouraient dans la plus parfaite indifférence sur le salut. Il paraîtrait, d'après ee passage, «pi'on avait pris plus de soin pour infaroduire la gabeUe et les impâls indirects en Bretagne que la foi cadwlique , puisque les paysans, pies de mourir, demandaient, du tabac au lieu de confeasenrs. Cela prouve au.moins qne^ Finstruction religieuse était nulle ; cac madame de Sévigné ne fait aucun crime aux paysans de leur ignorance. Elle parle d'eux comme d'une borde de singes.

Je craindrais , en isolant les phrases de madame de Sévigné par l'effet de la citation-, de donner à cette dame un air: de cruauté qu'elle n'avait certainement pas. Cependant, il« fisiut lire tout ce qu'elle a dit de la penderie de ces pauvres Bretons. Ce n'est qu'en comparant les malheurs dont elle parle , avec le style qu'elle emploie pour en faire gaiement le tableau à sa fille ^ que l'on peut comprendre jusqu'à quel point les peuplades qui se trouvaient comprises dans la circonscription de la France étaient incohérentes. Au surplus, dans le cours de sa correspondance , madame de Sévigné donne aussi des détails sur le mauvais état des routes , quidémontrent qu'à l'exception des personnes qui, comme elle, pouvaient mettre six chevaux à une voiture . il y avai^. fort peu de curieux qui eussent l'envie d'aller voir la Bretagne.

(Rognures du Journal des Débats an i*'août.)

La guerre est* bien décidément déclarée à la

(7») cél^re muse des Rochers ; car , plus loin , 1 ecrivain disait cfu^auerti peut-être par les lettres de madame de Séuigrié, dont il voulut entendre la lecture vers 1 68 1 , Louis XIY ordouha dés tra-' vaux de. statistique. i. Les mots que je souligne sont tombes sous le ciseau fatal. N'est-il pas curieux que la plus spirituelle des femmes illustres de la monarchie dé Louis XIY, soit, on ne sait: pourquoi , proscrite en Tan de grâce 1827?. Et lés dnmdires ne seront-elles pas bien heureuseâ d'avoir autrefois muni le ministère dé lois d'exception pour parvenir' à extirper dés journaux de la France constitutionnelle le ^ nom de madame de Sévigné? On ne dit pas si M. le comté de Corbière a décerné la couronne de chêne au censeur intrépide qui s'est jeté si à propos entre les souvenirs de cette autre gloire de la Bretagne et le trône du roi de France.

CONCLUSION

Parlons sérieusement, monsieur: tout ceci est déplorable ; car ce sont nos libertés qu'on bafoue,, nos générations fortes et pures , notre temps , le temps de trente-deux millions d'hommes qu'on gaspille. C'est la France , notre patrie grande et chère , qu'on outrage à la fois par les insolences de l'arbitraire et les hypocrisies de la légalité.

Tous les pqupks, toM les rois nous suiveot de l'œil aTec solHcitude dana le$ Toie& oà des guides coupables nous préoipileBt Osons prendre les reis et le monde à iémoioa. Y a*t-il dans tout ce que ]dk Ir^nserit, une lign^, un mot, me oœbve, doni la suppreamo importe à la eauae de la monwohie ? Y a-A-ôl un prélexjte à l'^tabltasèment d'up régime d'exceptien et dwbitraire, obea un peuple qi^i vit sous des engagenens de liberté? Le nom de H. de Polignac, ta piiose de M«. de Choiseul , un vceu pour raroestaiion d'un aa^ oïdlège/les dîso(^s»oos d^ inteFètade no§ tbéi^ves^ senlHie là des symptômes de réyolutÎMi' , des oa^ lamilé» pdbliques , et fallait^ ^tev sur les piN>messes, sur les garanties de la i estauration , uo ^>aia nuage , afin do d^iKMler ces riens à tous les regards ?^

Il est trop évident que la royauté n'a nul profit à y faire. Le mii^ç^^re i^'y R^ffK^ pas davantage. Que lui importaient les aggressions de la presse? Sur lui les coups ne portent plus. Les traits qui se sont émoussés après lui le défendent désormais. Il est cuhrassé des mépris dé la France.

Cependant rétabKssement dé cette censure oppressive et illégitime , doit avoir un but. On ne recueille pas , mais on a semé ; on Pa voulu dut moins. Car , après sept ans de vie, le cabinet doit

(73) savoir (|ne ies gouyektieteenB sages ne font rien d'inutile^ Tout ce qui ébranla le statu que , risque d'être un malbeuK Tout ce qui émeut les peuples cfst d'al>ord un danger.

Que r^tablisseilienl: de la cemore ail profonde^ ment ëittu léé esprits , personne n'en doute apparemment. Les bceurs ulcérés peuvent se compter sans peine. Là police saurait dire de combi^én de lumièf€s brillèrent ^ il y a deux Inois j fes fenêtres de Parié. Nous d&*a-4-<^lle cteabien de fetex de î<Mie ont été en revakicl^ rilumés pinir la tîenstit«9 Notes ne cdnnbisscHis que ceux d'&ngouléme , et de Marne» ; Meaux a fait aussi connaitte Vei«temenl sa âçon de l»entit.

Les joulriAuk dn ministère contiennent d'aitleui?s l'eiprèsJBÎon naïve de Fêlait oà le cd>inel; pense avoir plongé le pa]rs. ils 8i»nt en extaëe de oe que la monarchie est debbuè enbore , de ce qu'il y a toujours une trésorerie pouk* f^ajrer les grand)) coups de lance dmdt ces champiom dé tous les pouvoirs passés et futui« pourfendent leurs adversaires absens. Que doivent dire les re^ présentâbs de l'Europe qui isont au milieu de nous , h plupart homtne de grande eipérience et de hautes lumières , en lisant tous les matinfc dans le Moniteur cette ingénuité reproduite t «Yoyes dbnc le calme dont, midgré tout, le

» royaume jouit encore! » C'est comme si les ministres s écriaient officiellement : c Nous n'en re- » venons pas! on n'a pas tiré de coups de fusilà »nos censeurs ! » Il paraît que tout autre témoignage de dissentiment et de douleur ne touche pas les hommes d'état qui nous dirigent; ils ne comptent pour rien le reste, et s'imaginent avoir conduit les affaires si bien à point , que cette dernière forme de protestation ne* puisse se faire attendre. Ils avaient cru sans doute que leur censure provoquerait une levée de boucliers comme autrefois la Bastille. N'avaient- ils donc réglé cette affaire que comme la revue de la garde nationale , en mettant en bataille rartilleriè d'élite? Étrange ordre de chose que celui où les conseillers de la couronne se donnent la joie de préparer des ordonnances , les pièces à la prolonge et la mèche allumée ! '

Les ébahissemens du Moniteur prouvent que le conseil ne se fait pas illusion sur l'état de» esprits ; l'exaspération de la France est connue : on n'ignore que sa sagesse. .

Maintenant, reste à savoir quels profits. compensent la douleur et la désaffection publiques. Les maux sont patens , ils sont immenses ; encore une fois, cherchons les biens.

Les biens , on l'a vu , il n'en est pas. C'est donc

(75) cTespérances que vit la politique du ministère. C'est donc Tavehir qui est à ises yeux gros de riéparations'et de dédommagemens. C'est donc à de loin-* tains projets que sont sacrifiés tous les jours qui s'é< coulent, toutes les affections qui se retirent, toutes les garanties qui s'évanouissent. Ces projets aux-^ quels le présent est immolé aiûsi , quels sont-ils? .A cette question la censuré a déjà répondu, elle répondra encore : ce qu'on médite , c'est la ruine de toute publicité, de toute instruction populaire , de toute supériorité ; une loi agraire contre la division des richesses, du savoir, du bien-être , de la terre ; l'avilissement du négoce et de l'industrie ; la mise en coupe réglée des édits de tolérance et des institutions, des habitudes généreuses; la répression de l'indépendance des cours souveraines, et de la popularité des noms illustres ; la guerre aux bienfaits partis de haut, aux gloires chères à la France; enfin, pour point de départ, l'appauvrissement de la pairie : pour terme, la destruction de la Charte , la prospérité du cimetière du Mont-Yalérien ! Voilà ce qu'on veut, voilà où l'on marche, où l'on court. Les coupures des censeurs sont comme ces écriteaux des pantomimes, qui résument en quelques lignes , pour l'intelligence des spectateurs, le* drame tout entier.

( 76 ) Ce n'est qu'afta 4e 49àlMfaîrë ces passionè , te^ fantai^es du pouvoir, si bien réyéfiées par tes Si^iqe^ de k ceosùi^^ ^e k^enséi^ a ëté insti^ tuée.' Car si elle n'éCaSt pas une IrambitiDû, llti insirumenti, immbyea^ linj^^ude, que sei^elle ? Riéa ^u'uù non^seBS iMsàrré ^ qu'une retk^ geance pu^le, et péét*ètrè éehaf^iieTCiitMeUe à l'odieux par ië ridieole. Il y aurait du mâlbete à u'être toifilMé que par la plus étourdi» des iucôbséquences dans le pllis ^rUnd des tbrt^ , daûft lA plus lourde des fautes»

N. A. DB éAtVANÛY.

Ce jeudi â aoû^ 1827.

Imprimerie de H ^ÔURNIER, rtte ileSeiM,«* i4.

LàSECOHBE LEm£ DEIAGIBAFEAU PACHA IfÉGTPTE, IV ixi wwwaiàww wem

de Séwigmé à 9mÊy MAaiûm, t. II. ^

SECONDE LETTRE

DE

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