CINQUIÈME LETTRE
M. LE RÉDACTEUR DU JOURNAL DES DÉBATS
r-TmQ^am
Monsieur ,
^ La mort de M. Ganning occupe et remplit tout« Sur cette catastrophe roulent tous les' entretiens domestiques , toutes les combinaisons de parti , toutes les alarmes, toutes les joies peut-être. Jamais la tombe, en se refermant sur un homme d'état illustre, ne produisit tant de retentissement dans les contrées étrangères. La place que le ministre anglais tenait dans le monde , peut se mesurer exactement par le vide qu'A a paru laisser dans nos propres affaires, et ses admirateurs d'en*deçà du détroit frapperont difficilement à sa gloire des médailles aussi expressives que cette simple question qu'on s'adresse partout, depuis quelques jours, dans le château comme dans la cité : qu'en arrivera-t-il pour la France?
M. Ganning était l'homme le plus important de son paj^s, et ce qui l'atteste, c'est que lorsque mylord Londonderry sortit du ministère par le suicide , tous les regards se fixèrent sur son ancien rival sans hésitation et sans partage. Son roi ne le choisit point L'Angleterre , l'Europe , le monde l'avait nommé.
Àttjourd'hui , vingt successears se présentent. Mais il n'y a pas un héritier. Le yieux , le grand cbène est abattu. Georges lY et son peuple ont le choix, et peuvent flotter entre les rejetons.
Un homme qui était arrivé à ces hauteurs dans un pays où tous les talens croissent et prennent en paix leur niveau comme sur une terre féconde, sous un jour protecteur, cet homme mérite les regrets de tout ce qu'il y a dans le monde entier de cœurs droits et de bons esprits. Car il faut et de la vertu et du génie pour forcer ainsi les hommages d'une nation éclairée, pour conquérir ainsi la puissance chez une nation lîbrfB; Et qu'on le sache bien : les hommes supérieurs sodt ceu:x qu'on doit préférer à tous autres pour les avoir à côté de soi ou devant soi.
Ce fi^nt les amis les meilleurs et les meilleurs emae- 3ms« Allié» pleins de puissance , adversaires enclins à lar iiM>dération et à la justice , ils ne sont ni haineux*, m Qpiniâtres ,. ni vindicatifs , ni destructeurs^ Les paséùus se vont pas avec le génie. La pire inimitié est celle de la inédiocrité.
Je silisloin de croire, monsieur, que Canning ait eu: nî une vie exempte de torts, ni un ministère exempt de fautes. Dans la dernière lettre que vous avé& reçUe- dé moi je «gnalais les points faibles de sa politique dans la conduite des affaires dq. Portugal.^ Le* COURS d» la deraière session fournirait^ aisément dWtres témoignages de cette jeunesse d'esprit qui •'allie quelquefois à la maturité d'une longae expérièiide , et èeiùble marquer un front blanclii de l'attan cfaaote eWppeintie de la pureté de conscience et de la^ chaleur d'ame» Mâ(is ces entraînemieus passagers dans
(5> des questions de détail, et sî l'on veut ôèâ erreui^s qui d'ordinaire sont suivies d'habiles reteurâ et ppé-*parent, par des difficultés de plus, de plus belles vie* toires, ne prouvent point contre les conceptions gé-^» nérales, contre des plans tout entiers. L'bomsie qur exerçait sur les autres hommes l'empire que nous avotts* vu avait reçu du ciel une raison puissante ; et on peut affirmer à coup sûr que là où' il avait fixé soa' dra^ peau, là était l'utilité, la force, la sagesse. Là était en quelque sorte la nécessité.
M. Canning , dans ses derniers momens, a>dû treu-^ ver amère la coupe que lui offîrait le soH. II est tombé ^ comnie un soldat dans l'assaut , sur le &îte des pdsi<n tions ennemies ; mais quand il y avait encore combat ^ quand il lui fallait du temps pour cotir0Qi;Ler et enas»^ blir sa victoire. Il est tombé , apr^s airoir conqaiff Im puissaace, mais avant de l'avpiirafreraii^par ces.utflefr travaux qui donnent seuls du prix à Ja grandeur elpM^ ces pacifiques succès qui font la gjpire.
Il ,avait à justifier sa fortune, à cOAÊrmer sa. ie*^ nommée , en prouvant qu'il avait coi9pri$. les bes^rins impérieux, suivi l'inévitable loi,, tracé la politi^pie obligée de l'Angleterre, Ce. qu'il n'a point fait^l'aiveaio le fera pour lui.
On éprouve une douleur sincère à voir un de aos journaux , par un déplorable emportement oii une méprise étrange, poursuivre M. Canning, jusqpie duia la tombe , des noms 4c fauteur e% d'.ap.otre duradica»* lisme. C'est oublier, son histoire; q'est méconnaitre son caractère ; c'est faire violence au préseat comme, 9u passé et fermer les yeux à la clarté du jour.
La révolution française ne compta point d'emi«mi
plos décidé ni fius chaleureux que le jeune Cannicg; il a perséréré dans ce sentiment toute sa vie ; et si , dans ses dernières années , le même talent qui foudroya nos philanthropes cosmopolites promulgua la maxime : liberté civile et religieuse dans tout l'univers , fiint-il voir en lui un déserteur de ses premières enseignes ^ un coryphée de destructions et d'anarchie? Dieu nous en préserve! Sachons reconnaître que dans le monde tout a changé , et non pas lui.
On doit le dire : ces accusations reposent sur quelque chose de cruel et d'inique. On se fait arme contre M. Canning vivant ou mort des embarras de sai fortune naissante , des difficultés dont il triompha, et en quelque sorte des débris de la couche épaisse de eonvenfions^ d'hiérarchies contraires, qu'il eut apercer pour arriver jusque surle premier siège du parlement et des conseils du trône. On feint de croire qu'il se rangea du coté des droits et des libertés des peuples par on ne sait quelle aversion pour les supériorités sociales qui avaient pu importuner son orgueil. Misérable imposture du dépit et de la haine ! Si de tels sentimens avaient trouvé place dans son ame, c'aurait été quand il se trouva, jeune et sans secours, n'ayant d'autre force que la conscience de son génie , aux prises avec une société dans le sein de laquelle il ne semblait pas y «avoir de place pour lui. Et précisément alors l'aristo-^ eratie anglaise le compta parmi les gardiens vigilans de sa puissance. C'est plein d'ans et de gloire, illustre entre tous les hommes d'état des trois royaumes, grand par les charges, par les succès de cabinet, par les respects publics , par tout ce qui marche , dans l'Angleterre même, de pair avec la naissance, c'est
(5) assis aux conseils et à la table des rois, qu'il s est mis
à prendre fait et cause pour les peuples. Il faut donc chercher à sa politique de plus dignes motifs, et à tout le moins de plus nobles excuses.
Des hommes perdus de débauches et doués d un médiocre génie peuvent , méprisables Catilinas , prendre Tordre social en haine par ressentiment d une position fausse. Mais de nobles créatures telles que M. Ganhing ont une autre ambition. C'est dans les rangs superbes qui les repoussent qu'ils veulent se faire jour et s'établir à force d'honorables services. Leur fierté serait trop blessée de croire qu'ils ne portent pas en soi de quoi compenser les disgrâces du sort ; et quiconque a connu M. Ganning oserait assurer que â , en ce qui touchait les destins de sa patrie , il écouta jamais les conseils de sa situation personnelle , ce fut Idrsque les torys trouvèrent en lui un ardent champion. Si jamais il eut à se dompter, à se faire violence, ce fut lorsqu'il tendit aux wighs une main fraternelle ;. çt sûrement, avec son irritabilité déjeune homme, des suppositions injurieuses, telles que celles que je combbats, ont de beaucoup hâté Theure qui devait être' la dernière de sa grande vie.
C'est donc en dehors lui, monsieur, que nous trouverons le mot de l'énigme qui nous Occupe: Q^é- )as ! ce ];not qu'on s'obstine à ne pas lire est écrit dans toutes les ruines qui nous entourent. Encore une fois , ce mot est la nécessité.
C'est la grande erreur , ou plutôt c'est le perpétuel sophisme de ceux qui nous régissent , de penser que tout ami des institutions libres eût été un sectateur de la révolution française > et de vouloir que quiconque
(6) oombattitcette révoliTtlon diains ses débordemens s'établisse f p«w être conséquent à soi-même , en éternelle hostilité contre te ¥oeu des nations et l'esprit de liberté. La révolution fut le désordre, la démolî- 43081, râDicrchie. Les 19>ertés légales sont Tordre et la |Mnx. On a «p» dételer la première , adorer les secondes, sans être infidèle à ses dieux^ C'est desserrir toiijiRirs les »êmes autels.
La révG|«li«n française fut surtout menaçante pour l'Angfeterne ; ses enTahiôseiiiens eussent été la subrerskm, la ruine totale. La p^Tupart des gens de bien firent un rempait^ leurs cprps aux 'hiérarchies «t aux instàtufkmsdeieur pays. Ils défendirent contre tes fiîveleurs Touvrage des lois, l'ouvrage du temps, et Canning les iitfita.
âttfourd'btâ, dians la moitié du moùde, la prescrip* idon'c^ oc<{itfse aux ittitoinii«és nationales. Les défendre, t'^sî maintenir l'ouvrage des lois, Touvrag^ des «itssuns, l'ouvrage du tem^ps. Là se réunissent tOQs les intérêts et tous les élémens de la stabilité. Les geâsdie bien s'y sont attacbés comme à l'ancre de ^sahtt , et Canning les imita.
L'Angleterre n'avait pas te choix dé sa pôlitititie. Il lui foHait opter entre lé système qu'eHe a pris t>u le suicide. Lord Castelreagb le reconnut trop tapd, et il eut dm moins cette gloit^e de ne vouloir ni s'obstiner dans ses fautes , ni prendre sa patrie potrr victime. Ce ne fut pas elle qu'il immola. *
La vîe. dé M. Canning a été le cômnâentaire de la TBOrt éd lojpd Londonderry. Cette mort est la justifia* catkm dû ministère de M. Canning.
Le vievx'fiiitoîstre anglais était tombé dans là mé*'
(7) prise qu'on nous recommande passionnément. Pârcfe que Pitt avait fait la guerre à une démagogie ehvaHiïsanté et subversive , il se crut obligé de pourchassét dans tout l'univers l'innocente liberté , ses droits et ses réparations. En quelques années de ce systèmie^, les peuples et les rois oublièrent qu'il y eût ici-bas un empire britannique. L'Angleterre disparut comme perdue dans son Océan ; le détroît devint tout un Atlantique. Exilée d'Europe, la Grande-Bretagne ne compta que comme une dépendance et tout au plus une avant-garde du continent américain.
fiappelez-vous , monsieur^ quelle fîit la contenance du gouvernement anglais à Troppau, à Laybach', eï même à Vérone: la plus misérable que puissent avoît les représentans d'un grand peuple. Les cabinets ûe les consultaient plus; les partis se jouaient d'eux j él: c^étalent les mêmes hommes dont la main puissante avait soldé tous les rois, enrégimenté totils les peuples, déchaîné sur la puissance impériale toutes tes teni'^ pêtes du nord et du midi ! Napoléon semblait les avoir entraînés dans sa chute.
M. Cannîng parut au gouvernail, et TAngleterre sortit des nuages qui la tenaient cachée. Elle comptk dans les conseils de TEurope; sa parole fut puissante ; son bras atteignit partout; l'Amérique s'émancipa sous sa curatelle; la Sainte-AHîance s'évanouit devant sa disgrâce. Quel miracle produisit ces changemens?
•Ce miracle , M. Canning ne l'a point opéré. D'autres ont cette gloire. C'est nous, cesont nos prit^cipes et nos maximes qui ont fait sa politique.
Je ne prétends pas accuser ici les conseils dés rois : après la délivrance de i8i4> l'effervescence des na-
(8) tioBS ébranlées par de si grands coups fut vive et loa- ^ue* Les couronnes prirent lalarme, et l'alliance, qui avait été formée pour assurer la paix des États , se trouva entraînée à mettre cette paix précieuse en péril, par une imprudente opposition aux plus légitimes vœux* Ce sont là les inévitables enchaînemens des choses humaines : on le conçoit ; mais les conséquences de nos fautes ne pouvaient se faire attendre ; sachons les subir comme réparations et comme ensei- ^nemens.
L'Angleterre , qui n est point une puissance conti- .nentale^ tombait au-dessous de la Prusse dans la ligue offensive et défensive du Continent. L'Angleterre, .dont le gouvernement représentatif est Tesprit et Tame, tombait au niveau du Danemarck en se coalisant pour la ruine des tribunes.
,. Mais supposez que , toutes les libertés du genre humain étant fugitives ou menacées, elle prit fait et cause pour les peuples suppliants, qu'elle choisit pour devise ce qui était le vœu de toutes les nations et le droit de plusieurs , qu'elle affrontât la sainte-alliance maîtresse souveraine des cours, et conviât tous les gommes à une alliance contraire , alors elle trouvait une force partout où il y avait une oppression ou une .espérance ; et c'est précisément ce qu'elle a fait.
Pouvait-elle ne pas faire ainsi , quand il y avait ligue armée contre les gouvernemens libres? IN 'était-il pas manifeste que ceux dont le bras abattait les tribunes jgermaniques priaient Dieu dans le fond du cœur de leur envoyer quelque jour la force d'atteindre jusqu'aux voûtes de Westminster?
Ainsi, les déterminations de la Grande-Bretagne sont
(9) nées de ses intérêts et de ses lois. Toujours conséquente, en g3 elle^ avait agi conformément au prin* cipe de sa constitution sociale , qui est laristocratie. .En 1827, elle agit conformément au principe de sa constitution politique , qui est la liberté,
La France , monarchique et constitutionnelle , avait un moyen facile d'embarrasser la diplomatie anglaise : c'était de se porter dans tout l'univers pour médiatrice entre les couronnes alarmées et les peuples souffrans. .En ce temps -là, nous l'aurions pu. Nos voisins dèslors ne pouvaient plus que -marcher à nos côtés dans cette voie où nous appelaient des institutions communes; ou bien^ s'ils prenaient fait et cause pour le .pouvoir absolu,et disparaissaient derrière l'Autriche ; s'ils voulaient la liberté plus chaudement . que nous, .ils arrivaient à l'anarchie. Dans tous les cas, ils étaient hors de base; le double principe de leur organisation se trouvait lésé. Nous ne l'avons pas voulu.
La grandeur de nos fautes éclate dans ce qui vient de se passer. Ce que nous aurions pu être pour le monde, M. Canning l'a été pour nous. Nous nous .sommes sentis atteints du coup qui l'a frappé : nous avons eu ce spectacle tout-à-fait nouveau de la France suspendue au dernier souffle d'un ministre anglais. Eu lui laissant la politique qui convenait à notre patrie , nous avons adopté la politique de lord CastelreagH ; lui donnant les grandeurs, nous avons pris pour nous les abaissemens et les misères.
Ceux qui pleurent sa mort, comme s'ils avaient perdu leur dernier appui , ceux qui s'efforcent de dévorer leur joie , ceux qui tressaillent d'avoir perdu leur dernière entrave, tous sont également abusés
dans leur douleur ou dans leur victoire. Il n'y a dans le cercueil de M. Ganning que des talents et des vertus ensevelis. Sa politique n'y est pas descendae. Car c'est la politique de l'Angleterre ; et elle est vivante, elle est forte comme un peuple qui a depuis long-temps l'habitude de fixer lui-même ses destinées.
Voici très-probablement tout ce qui va se passer.
Le minîirtère restera ce que le firent le roi , M. Canning et le temps. Seulement, le duc de Wellington reprendra le commandement des armées. Il pourra se faire encore que M. Peel rentre dans le conseil. Protestant passionné, enclin à une pieuse haine pour tout ce qui porte le nom catholique , tory réformateur qui s*est honoré par son antipathie pour les lois bar*bares, par son application à les tempérer, il sera sans tendresse pour les influences qui dominent fe continent. Lord Landsdown , esprit net et ferme , ne voudra , ni ne saura se plier aux intérêts de nos coteries dominantes. Lord Holland et peut-être lord Grey -entreront en partage d'une influence directe sur laanarcli^ des conseils , et on sait quelles doctrines , quels intérêts servira Volontiers cette influence puissante. L'esprit positif et vaste de M. Huskîsson , celur de son ami lord Goderich, auront de la peine à entrer dans les utopies apostoliques dont se compose toute là politique de notre cabinet; et tous les jours de la vie , le ministère de France regrettera l'absence éternelle de ce médiateur facile que mille liens attachaient aux souvenirs et aux aflectîons de sa jeunesse, qui se gérait trouvé peu bénévole pour des révolutions nouve^lles en haine de la vieille révolution qu'il combattit, que les habitudes de son caractère et de son esprit promettaient
tôofours pourallîé à ceux dont les jpassions lé prenaient arec acharnement pour enneuii.
Pnîssent-îls du moins apprendre alors que les hommes supi^rieurs sont bons à quelque chose dans ce monde ! Sotitent obstacles importuns, ils sont tout «ussi soUTent des digues puissantes : ici bancs de sa- Wes sont erftratftnés par toutes les vagues ; ils n'en arrêtent aucnne^
Cependant, nos ministres ne tombent, ne changent, n'apprennent, ni ne meurent, ni ne vivent peut- ^tre^ L'univers se meut sans profit autour d'eux. La fortune multiplie ses instructions sans qu'ils l'entendent. S'ils ont ouï dire que M. Canning est mort , ils n'y auront vu que leur délivrance d'un rival incommode ^ et se seront réjouis d'être échappas à des mépris qui tombaient de si haut. La mort leur a rendu le service de "ceasnner à 6a manière M. Canning.
Ainsi, mil douite que le cabinet ne s'ei^age dayan«tage dans ses fansses voâes ; qu'il ne prenne de la hardiesse dans ce qui devrait l'épouvanter; qu'i! né fasse sortir des périls nouveaux d un nouveau malheur^ M. Canning les aura aia&i compromis, comme dû fond* même xie son tombeau.
De celte sorte , nous nous jetterons de plus en plus loin des principes , loin des conséquences de la monarchie constitutionnelle qui nous régit; et comme TAngleterre se fixera davantage aux doctrines qui sont Tessence de sa constitution et l'aliment de ses prospérités, il est moins difficile de prévoir que de dire ce qui sortira de ces contrastes. Plus la liberté, plus la civilisation seront chères à nos voisins, plus nos guides se proclameront ennemis de la civilisation et de la li-
berté. l^s Français, en r^ardant sar Taotre rivage , yeiTont le tombeaa de M. Canniog dans le dernier sejonr des rois , une constitotion înriolable et tontepoissante, la presse libre comme la parole , rindnstrie propagée, les ialens en bonneur , la jeunesse appelée aux affaires , les réformes introduites dans les lois , la cause de la tolérance défendue et gagnée : le ministère britannique verra parmi nous M. de Yillèle inébranlable, la société de Jésus triompban te., le talent proscrit, tous les droits riolés, 1 Intolérance enfin , larbi traire , la censure ; et comme les deux nations ont mille intérêts qui se beurtent et se croisent, comment dire quels cbocs terribles préparent cette double perspec-' tÎTe et ce double parallèle !
OPPOSmOH DES DEUX CABINETS.
Le ministère comprend ces périls; car déjà il interdit tout rapprocbement aux Français. La censure supprime soigneusement des passages, tels que le suivant :
— Une ipTasîon de TEspa^e, qu'aucun motif ne pouTaît justifier, a été reodue par Tadresse de H. Cannin^ à peu près aussi nulle dans son résultat qu'elle était injuste dans son origine , et le monde a pu comparer cette conduite d'une puissance étrangère eoyers l'Espagne au bonheur conféré par l'Angleterre aux Américains.
(Roture du Co/istîtulionneL)
L'antipathie des deux principes et des deux ministères est depuis long-temps officiellement déclarée. Le Moniteur avait déjà entamé de vives hostilités contre M. Caoning vivant : la censure y avait pris part en interdisant au (Constitutionnel la publication d une
( t3 ) lettre particulière évidemment écrite de haut Heu , qui, développant dune manière presque officielle la politique du ministre anglais, semblait creuser, le détroit, bien autrement profond que le Pas-de-Calaîs , par lequel les deux gouvernemens sont désormais séparés. Je joins ici des fragmens de ce document remarquable :
Une 8Î grande et si noble carrière est ouverte devant M. Canning, que, pour accroître la haute renommée qu'il s'est déjà acquise , il ne s'agit plus pour lui que de continuer comme il a commencé.
Dans les circonstances graves où se trouve l'Europe, sur le point d'être engagée dans une croisade en faveur de la religion, de la liberté et de la civilisation , tout homme raisonnable n'hésitera pas à affirmer qu'il y aurait au moins tine imprudence inexcusable à précipiter son jugement sur celui des ministres européens qui, seul peut-être, a donné jusqu'à ce jour de hautes garanties de son vif désir de voir, sous la protection britannique , commencer pour toute la terre l'ère des gouver-; nemens libres et représentatifs. Tous «ses actes démontrent' que , conséquent en tout avec la noble devise qu'il a adoptée , le but unique de ce ministre est de conserver la position suprême de pouvoir et d'influence où il a replacé l'Angleterre, sans engager cette puissance et l'Europe elle-même dans une guerre qui ne pourrait commencer aujourd'hui sans devenir bientôt générale , et compromettre ainsi , à un degré presque égal, les libertés des peuples et l'indépendance des couronnes.'
Nul doute que ,' dans l'alternative de voir triompher les principes de l'absolutisme et les superstitions qu'il traîne à sa suite , une guerre universelle ne fût mille fois préférable. Le devoir de tout ce qui pense , de tout ce qui a quelque sentiment de sa dignité en Europe, serait sans doute, dans ce cas, de prendre les armes pour une aussi sainte cause; mais si, comme tout porte à le croire, les seuls principes du gouvernement représentatif, dont le point d'appui le plus solide est en Angleterre, peuvent prévaloir sans qu'il soit nécessaire de recou-
rir à œtte ressource désespérée : si des considérations politiques d'un, ordre supérieur, et dont tous les hommes qui ont quelque habitude des gtands intérêts d'état se rendront facilement cotnpte, exigent qu'on écarte le fléau de la guerre aussi long-temps qu'il sera possible (bien que nous entreTOfions malheureiisnnenf qu'en déiniti<ve tous les efforts de 1» prudence humaine finiront par être impuîssans eontre le irerdge politique et religieux qui entraîne quelques-uns des grands cabinets de l'Europe) 5 de quel droit et dans quel but accuseraiton le ministre qui^ par ces considérations dont il est, par sa position , mieux en état que personne d'apprécier l'importance, apporte tous ses soins à éloigner la crise yiolente que semblent Touloir accélérer ces cabinets , en primant les peuples de la juste mesure de liberté qu'ils tiennent de Dieu?
Si, comme tout le démontre jusqu^ici, ce but, si pwfaitement d'accord avec la noble dcTise de M. Canoing, est celui auquel aient constamment tendu tous les actes de ce ministre , c'est bien franchement que j'affirme ne pouToir m'expliqu^^ comment, parmi les yrais royalistes, que je ne yoî» maintenant que dans les sincères amis des institutions constitutionnelles, il en est un seul qui hésite à se rallier au ministre courageux et habile qui, bien qu'il soit peut-être le seul homme d'état de l'Europe qui ait compris son siècle, ne doit néanmoin» faAet aux cabinets qui la gouvernent qu'un langa^ qui puisse être entendu d'eux,. s'il yeut les raoM^ner progresi^yegaent, parle [gentiment de leur propre intérêt, à en^brasserpom: eus-mêmea les hautes vues de sa politiq^ie, laquelle, réduite à son expression la. plus exacte, n'est autre ohose que la raison et la fustiee éclairées par l'expérience. Je partagé donc moins que jamais les alarmes que vous m'exprimes^surla poasibîUlé d'un changement dans les nouveaux principes politiques adoptés par notre cabi-net. Je les partage d'autant moins, qu'on m'assure qu'il j a peu de jours encore, leroi s'est expliqué plus fortement qu'il ne l'avait fait jusqu'ici sur la volonté ferme et invariable où est S. M. de maintenir le ministre de son choix contre la ligue obstînée^des ennemis personnels de ce ministre,. qui ne sont pas moins eeux d^s prérogative» eolotitutionineUes de la cou-
roQfie. Il est une classe d'hommes ardens, supenfioiek ,, cpmiy dans tous les temps et dans tous les partis , ont fait un mal incalculable ù la cause pour laq^uelle ils prétendaient se dévouer : ce sont ceux qui trouvent toujours qu*en politique on ne va jamais ni assez ffirt ni assez vils: le.nomhre.de ces hommes diminue rapidement de jour en jour, parce que, les faits parlant plus haut que les passions, ils commencent à s'apercevoir que juMiu'à la rentrée du parlement, cette réponse pourrait bien être la seule qu'ils obtiendront de A(. Canning^, auquel. voua ne pen« sez pas plus que moi- qu'il reste beaucoup de temps pour se, lir vier à une semblable polémique...,
(Rognure du Constitutionnel, )
Quand la censure frappait ainsi , autant qu'il était en elle, le chef des conseils britanniques, une puissance plus grande portait à ce ministre de plus rudes ecnipa, et la censure a contiaué l^p guerre, coatre sa mémoîr^^
Les opinions peuvent être partagées sur Ttjpporhi-^ nité. des témoignages inusités de sympathie et de respect que quelques Français honorables ont voulu décerner au. grand homme d'état qui n'était plus, et au moiHyrqiie qui Faisait pris pour dépositaire de sa politiiifue. Mais pourquoi supprimer dan» le Courrier Français une lettre de M. EmmanueF dé Lad Cases qui motivait son bflfrande ? Pourquoi supprimer les listes de souscription ci-jointes ?
-T- Les. propriétaires du Constitutionnel s'étaient ,. dès hier^ «xppcessés. de .Siouscrirc. M. Charles Dupin a. souscrit pouf. 100 fr. ; M. Buchon, pour 20 fr. ; M. Etienne, pour ao fr. ;. IML Gilbert des Voisins, ao fr. ; M« J. LafBlte, député, 5oo f. ; M. Rothschild, .5oo fr. ; M. Félix Bodin, 20 fr. ; les propriétaires du Constitutionnel^ 3oo fr. ; M. Benjamin Delessert,
5oo fp. r M. le comte Alexandre de La Rochefoucauld, 5o fr. ; M. Année , 5 fr. ; M. Thiers, 5 fr.
(Rognure du ConstiiutionneL)
— Il a été Tersé aujourd'hui au bureau du Courrier Fran-çaisy pour la médaille de M. Canning : par MM. de Las Cases fils 5 100 f.; M. Odiot père, 4^^ f. ; Paléologue, Grec, ancien diplomate, lof.; G. Bontemps, 5 f. ; P.-D. Lyonnet, a f.; A. Glandet, 5 f.; F. Claudel, 5 f. ; Supiot, a f. ; Bordenaye père 5 3 f. ; Leplène , ancien négociant, i f. ; Arthur O'Don-
nel, 5 f. ; Louis -Jacques Duhamel, 6 f. ; H. R , 5 fr.
Total, i88.
(Rognure du Courrier Français. )
MM. Ternaux l'aîné, 5o f. (en faisant observer qu'il aurait donné beaucoup plus, s'il n'eût pensé qu'un grand nombre de personnes Tondraient souscrire) ; Guérin de Foncin, lo f. ; F. Larreguj, lo f. ; MM. Pririlége aîné. Privilège jeune, Antipriyilége aîné, Antiprivilége jeune (ensemble) , 5f. ; Arnaud et Four nier, constructeurs de machines, lo f. ; A. Cambacérès et comp. , 5 f. ; P. F. Parayey, 5o f. ; Ch. Saglio , 5 f. ; C. Paravey, 5 f. ; E. Paravey, 5 f. ; G. Monîer, 5 f. ; A. Guibert, 5 f. ; Orr, 10 f.; Goldsmid, lo f. ; Yiquenel, 5 f . ; Guicbard, 5 f. ; Cornu, 5 f. ; le colonel Reyyight 5 f. ; Bickett, 5 f. ;'Greathed, 5 f. ; Martin, a f. ;Bietry , a f. ; Andelle, 5 f . ; J. B. Marinpoy, 5 f. ; Laine , négociant , 5 f . ; Adolphe Blanqui , 5 f . ; A.. Guillemé, a f. ; Deluchi, 5 f. .
Ont souscrit : MM. Charles Dupin pour loo f . ; J. Laffitte pour 5oo f. ; B. Delessert pour 5oo f. ; Rothschild , 5oo f. ; Alexandre de La Rochefoucauld, 5o f.
Nous apprenons que M, le vicomte de Chateaubriand et M. le marquis d'Osmond , pairs de France , qui tous deux ont été ambassadeurs en Angleterre, sont aussi au nombre des souscripteurs.
Les souscriptions reçues de diverses parts s'élèvent à environ 4,000 fr. (Rognure du Journal du Commerce. )