‹ Censure de 1827Chapitre 8 sur 91 · FRANCE · texte numérisé non relu

FRANCE

Angoulême^ S juillet.

: Nous croyons devoir pufafier la lettre suivante^ qui rend un compte détaillé des prélimînaires de la lutte électorale. Aucun des journaux de FsaQoe n'aumit pu entrer dans cesdétaîls.

Le ministère avait primitiyeinent jieté les jBixx \

sur M. de Villeneuve, préfet actuel à Nantes, '

et ancien préfet de la Charente , pour remplacer M, de Montleau,, député du grand collège de la ;

Charente. M. de Villeneuve , qi^ique mimslérîel par sa position , aurait probsiblement réuni la majorité des suffrages. Ses talens administratifs , IV ménité de son caractère., et Içs services particu-tiers qu'il avait été à même de rendre dans le département ,,lui avaient concihé l'estime et l'affection de ses anciens administrés. Le marquis de Villeneuve était celui dont l'élection offrait le plus de chances de succès. On croyait savoir que, le 27 mai, un personnage auguste s'était approché du marquis de Villeneuve à Saint-Gloùd, et lui avait dit : « Je viens de parler à Tofre « frère , vous allez être en famille à la Chambre ; a j'espère y voir bientôt un Villeneuve de plus; a je le désire beaucoup. )»

En efièt , une ordonnance royale du 529 mai nomme M. de Vill^ieuve> préfet de Nantes, préâdent du collège du département de la Charente. Les paroles que je viens de vous rapporter étaient aus^ publiques dws le départanent . que si. dles avaient été inaérées dans les jour^ iiaux. Les nombreux amis de'M. de Villeneuve s'en rgoilirent} niaîs ce- n'était pcrâit le eomple

de tout le mcmde ; les taleiïs de M. de Villeneuve

.perlaient ombrage , on redoutait «es qu^liteà pèr^

sonnelles , ainsi que la grande considération ihé*

ritée dont il jouissait. Le départeinent lui aurait

nëceflsairement assigné un rang important à ceiv

taines médiocrités. 11 Mait un homme inâgni^

•fian|;, une sorte de mannequin qui reçût le mol

d'ordre. On ne sait quels moyens furent mis en

usage , mais M. le pr^et dfe la Charente i*écùt tout

à coup l'ordre de ne plus fevoriser cette élection ,

et de faire porter tous les suffrages sur M. de Cha-

taigner , maire d'Angoulême , et qui passe pour

Kuu des membres les plus zélés de la congréga-^

tion. On assure que M. de Châtaigher avait

d'ahdrd réfusé cet honneur, par là crainte de

déranger sa fortune ^ qui n'est pad totisidérable ^

niais M. Déscordes, député, qui connaît bien

la vie de Paris , Pa rassuré à cet égard.

M. de Chataigner a des chances dé suècès par la manière dont les hstes ont été arrangées. Il y aura des réclamations nombreuses....

Le candidat libéral est M. G éhbert, médecin très-instruit, fort indépendant, d'un esprit mûr et réfléchi. On parle aussi de M. de Kératry ,' et assez peu de M. Albert. Les libéraux ne sont guère que soixante et quelques. Les candidats royalistes-constitutionnels-indépendans , et par

cette raisoiv^ repousses paît k i^bîâlère^ sont M. êe ItAÎot y assez connu de kFnacie pour qu^t HeMii {las besœn de fidre ecwoiaître ici fous se» Ûertift à la éonfiàïfiSè defl^ âecteurs diSBs de feur pdîfs ; de ToucBiÙi^ert , memlHSe^ du ëdnseil-général^ po^Misear d'une belle Jbrtuniè^ sans msàÂûcfa pMRmnelle , dévoué à Fauguste fiimille des Bourbons, et fortement attaché aux institù- Ikms qu'elle nous a dkmuées ; il est allié par sa feanne à l'illustre Êinûlle de La Rochefoucault ; enfin , M. Rousseau , officier émigré , très-indé* pendant par scm caractère et par sa fortune. ^

Pour faire réussir le candidat ministériel , tes jj^tiques ordinaires ont eu lieu da&s la confection des listes. Cependant , si les libéraux, qui sont eii minorité , et les royalistes indépendans Touhient s'entendre , il n'est pas douteux qu'ils £nraient soitir de l'urne le nom de M. de Lalot , si redouté du ministère.

Depuis la réception de cette lettre, lès nou- Tellesles j^us rassui^ntes sont arritées. Tdut petmet de penser que les oppositions sesont aitendues j qu'un homme dc^t la vie se cômj^dse de gages courageux donnés aux hbertés publiques et à la maison royale aura réuni les suffrages de kmajorité. -On nedoute plus de la nomination deM. Delalot. . t

Toulouse, 'i juillet.

— Madame la comtesse de Vill^le est attendue d^ns nos murs. La lettre qui donne cette nouvelle, et que nous avons sous les yeiix, ajoute : La préfecture seule reste occupée ; la ville devient déserte : c'est comme une seconde inondation de la Garonne.

Paris ^ i^jtUllet.

— ^La censure , ne respectant pas le seing d'un duc et pair, a interdit aujourd'hui aux feuilles publiques l'insertion de la lettre suivante.

j4 m. le Rédacteur du...

Monsieur ,

PenxiettezHiKioi de me servir de votre journal {)0ur exprimer ma profonde et sensible reconnaissance,des nonibreux témoignages d'estime et d'amitié que j'ai reçus de. mes honorables frèrcii$ .4'arme8 del'andeniie garde nationale parisienne. Étant dans l'impossiJiiUté de répondre aux lettres multipliées et aux marques de bienvçiU^nce dq^t chaque jour ils daignent m'honorera depuis l'op-

nioa que i Vi prononcée le 1,9. juin à la Chambre des ï^airs, soufTi^ez, ^o^eur, que Je leur adresse id mes rqm^rdemeiis et l'hommage des entimeiis que leur approbation m'inspire^ et que je les supplie .4e croire que .mon deyoue* ment et ma i^eçonnaiss^ce .ag^nt ibitai respectueux attachement et mop admiration poiir cet illustre corps dont la patrie garde lé souvenir avec gloire et douleur.

Agréez , monsieur, l'assurance de mes sentimens et de ma considération très-distinguée ,

Le duc DE GhoiseuIi.

— La censure n'a pas^ permis de dire que M. Genoude , reçu par le roi en audience parti* culière^ était rédacteur en chef de r Étoile >

— La censure n'a pas permis à la Reuue Musicale de s'occuper des changemens médités dans Fadmimstration de l'opéra. On sait que le projet est de charger de cette administration la ville de Paris, et sckn budjet.

-^ La censure n'a pas permis la transcription de ce toast de M. le consul américain dans le dî* 0er qui célébra l'anniversaii^.4e l'indépendance des Etafes-Ums : *

1 2' toast : A notre pays ! La chaîne que je traîne s'appesantit à chaque pas.

— La censure a permis au Courrier Français et n'a point permis aux Débats de répéter, à l'occasion du même dîner, ces mots : debout et en silence : A la mémoire de Washington.

— La censure a rayé au Courrier Français^ dans le récit d'un orage affreux , la ligne suivante : On a sonné la cloche pendant l'orage.

— La censure n'a pas permis, dans le récit de la fête donnée à M. de Beaumont par ses concitoyens , l'adjonction de ce cri : Vivent les députés indépendans ! à ceux de Vive le Roi ! et Vive la Charte ! Alors , le journal s'est censuré à sou tour et a supprimé par compensation le cri de Vive le Roi ! le dernier seul est resté. Ceci est toute la censure.

— La censure supprime avec un soin particulier les citations de Montesquieu.

— Les Variétés littéraires, supprimées au Jour^ nal des Débats tout entières par la censure , se composaient du second article de M. F**** sur la dissertation historique de M. l'abbé Guillon , relative à l'identité du roi Raoul et de quelque Rodolphe sous la seconde race.

— M. l'abbé Tharin est arrivé à Paris trois jours après la suppression de la liberté de la

presse. On a dit que c'était la censure qui faisait revenir le noble prélat. Si le noble prélat avait' reparu quatre jours plus tôt, on n'aurait pas manqué de dire que c'était lui qui avait fait venir la censure. Voilà bien l'injustice des hommes et les circonstances graves qui motivent l'abolition de la parole d'un pôle à l'autre.

— On parle fort aujourd'hui du refus fait par M. Olivier , conseiller à la Cour de Cassation , d'accepter la succession de M. de Broë dans le conseil de surveillance de la censm^e. Il est remarquable qu'à deux reprises le ministère ne sache pas réussir à former une commission de sept membres. On doit reconnaître qu'il y a décidément bien de la gaucherie d'une part , et de l'autre peu de bonne volonté pour la censure.

— On parlait aujourd'hui de la retraite de M. le garde des sceaux. Rien n'autorise à croire cette bonne nouvelle.

— On croit généralement que la subite démission donnée par M. le vicomte de Villèle de sa charge de conseiller-auditeur près la Cour royale de Paris, et son brusque départ de Paris , lé jour même que l'ordonnance de censure a paru dans le Moniteur j se liaient à des. considérations politiques. Ce jeune magistrat a mérité par la rectitude de son jugement , la loyauté de son carac-

tère et la simplicité de ses mœurs « de laisser des r^rets sincères au sein de l'illustre compagnie dont il a voulu cesser d'être membre.

— Tout le monde a remarqué que des citoyens importans ne pouvaient obtenir sous l'empire de la censure le redressement de Êdts qui intéressent leur existence politique. La censure établie , a-t-on dit , contre la diffamation et le mensonge , nous a donné déjà le mensonge privilégié et la diffamation officielle Ceci est dans le règne de son patelinage , quand le ministère joue la liberté. On demande ce qu'il fera quand il jouera la tyrannie.

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