‹ Censure de 1827Chapitre 80 sur 91 · SIXIEME LETTRE · texte numérisé non relu

SIXIEME LETTRE

M. LE RÉDACTEUR DU JOURNAL DES DÉBATS

Monsieur ,

Le bruit d'une modification prochaine dans le per-« sonnel du ministère est répandu sur toutes les avenues de la haute^égion vers laquelle s'élèvent les prières des peuples. L'ordre récent qu'un de nos diplomates les plus considérables a reçu de suivre le roi à Saint-- Orner ; l'auguste amitié qui autorise ce personnage à tout dire sans que la vérité prenne, dans une telle bouche, la couleur du blâme , ni celle du conseil ; ce qu'on prétend savoir au château de ces entretiens où deux nobles cœurs se rencontrent et se confondent dans le sentiment qu'il est le plus glorieux pour les princes de connaître et d'inspirer ; ce qu'on suppose de la surprise et de la douleur que doit éprouver le serviteur illustre, à chacun de ses retours auprès de son maître, en voyant écartés du trône par les disgrâces ministérielles quelques-uns des Compagnons de ses sacrifices^ et des rivaux de son dévouement ; enfin les perplexités manifestes du chef du conseil , et une tentative qu'il vient de faire, assure-t-on, pour gagner aux intérêts de son pouvoir l'honorable éditeur de celui des

journaux iDdëpendans dont ToppontiOD est placée le plus près des affections et des penchants qui décident de nos destinées , toutes ces circonstances ont accrédité un bruit 9 ou simplement peut-être une conjecture qui ne manque pas de gravité.

La présence de M. le prince de Polignac aux reyiies de Saint-Omer donne à cette réunion , et en qoelqne sorte à cette fête militaire^ un caractère politique. Personne n'eût été surpris de voir le roi des Pays-Bas se porter jusques sur nos frontières à la renconire de son auguste voisin. Personne ne le sera de Voir H. le prince d'Orange qui a reçu, aussitôt que sollicité, cette gracieuse permission, yenir^ au défaut de son père, faire sa cour au roi, et le suivre pendant toute la durée des manœuvres; on trouvera tout simple encq|e que le barou de Fagel, ministre des Pays-Bas près la cour de France , accompagne Son Altesse Royale. Biais il est difficile de supposer que, dans les grandes conjonctures où nous sommes, tandis qu'à Londres s'accomplit une révolution ministérielle , et que le sort du Portugal y est assurément débattu , celui de la Grèce peut-être fixé , l'ambassadeur de France près le cabinet de Saint- James se réduise parmi nous à des fonctions d'aidede-camp dans un camp de plaisance. C'est toujours l'homme d'état que les regards publics cherchent et voient en lui.

Cependant, il est difficile de comprendre quelles combinaisons porteraient M. le prince de Polignac au ministère. Rien n'annonce qu'il dût être chargé de composer un cabinet nouveau, soit pour persévérer, avec plus de succès et de dignité, dans les voies qu'une influence supérieure a ouvertes devant l'administra-

tion présente , soit pour établir, à Taide d'une de ces coalitions fréquentes dans l'histoire d'Angleterre , une utile et sage transaction entre tous les intérêts et toutes les doctrines qui se combattent. C'est donc avec et par conséquent sous M, de Villèle , que M, dM Polignac prendrait place au conseil ; on ne voit ni les conditions possibles ni les avantages probables de cette ^ alliance.

^ Le chef du ministère se trouve dans une r^re dé^

' tresse. Il a usé le pouvoir jusqu'à la corde ; et le pay^

f qui n'a pas un moyen de lutter contre lui et de l'a-^

battre, qui ne peut l'atteindre dans le sanctuaire

des déterminations royales ni par Jes arrêts des cours,;

ni par le cri des, publicistes , ni par la voix des po^

pulations ou par leur silence , ni par les révélation^

de la tribune , ni par les protestations des coUègeat

' électoraux , le pays qui a épuisé tout ce qu'un peuple

> peut avoir au monde d'armes légales contre des dé«L

positaires indignes de l'autorité du prince, le pays qaS

a été jeté dans l'alternative d'une douloureuse rési->

gnation ou bien de la révolte , s'est retiré simplement

de ce ministère que tous les sentimens réprouvent f

et M. de Villèle semble un pilote naufragé, qup.

s'agite solitaire, indigent, éperdu% sur l'écueil di^.

pouvoir. D cherche au loin sur les mers une voil*^;

propice qui lui apporte du secours : autour de lui^ 1«"

désert; autour de lui le silence! En imposant ce si

lence contraire à nos institutions et à nos mœurs, I

avait cru se fortifier par du repos.. • Il éprouve que ^

silence n'est point 'adhésion, que le désarmement^

n'est point la paix, que la solitude n'est point la vie*'

toire. Les périls de la session prochaine s'accroissen}

ampilviM^

pour lui de chaque heure qui s'ëcoule. Il est toujours combattu entre Timpossibilité de toucher à sa majorité daos la seconde chambre sans^Ia compromettre , et d'obtenir de la chambre haute des lois qui justifient la censure , en la perpétuant , sans frapper sur ce corps illustre tin coup d'Etat Dans cette extrémité, il pourrait penser à fortifier son ministère , à le radouber de ce qui est' le plus antipathique à sa nature , d'esprits distingués , et de noms considérables , pour lutter avec plus d'assurance contre les orages. Ce serait un grand effort. De tous les dangers dont il se Toit assailli, aucun ne frappe aussi vivement sa pensée q[ue le danger des influences rivales. Mais enfin la perspective d'une ruine prochaîne , la crainte de quelques revers de cours, l'empressement de voler audevant d'une assistance qui sera peut-être imposée demain, pourraient le déterminer à ce sacrifice. M. le prince de Polignac y consentirait-il ? Y a-t-il près de M. de Villèle une place pour lui?

M. de Chabrol a su se créer au sein du ministère une situation et une consistance indépendantes , en se renfermant dans les attributions du département qui lui est confié , pour y vouloir tout ce qui est utile , comme s'il était déjà de l'opposition. La France lui tient compte de ses efforts ; elle sait que le bien qu'il fait est son ouvrage, elle ne doute point que le mal qu'il ne peut empêcher ne pèse douloureusement sur sa conscience. Il ne fait enfin partie de l'édifice chancelant qui importune tous les regards , que comme la pierre d'attente à laquelle ira se lier l'édifice nouveau que prépare un avenir meilleur. Mais il ne serait ni du pouvoir, ni de la dignité de M. de Polignac de se

séparer ainsi de la politique active et vivante ; force lui serait de s'y livrer tout entier, et ce serait pour suivre M. de Yillèle, ou marcher à côté de lui, pour être un satellite ou bien un compétiteur! Le premier rôle, ne lui conviendrait pas sans doute; le second conviendrait-il au chef des conseils ?

Si M. de Polignac, avec la loyauté de ses sentîmens, l'empire de ses bonnes manières, l'autorité de ses éclatans services , opposait dans le conseil influence à influence et volonté à volonté , il est facile de pressentir de quel côté serait bientôt la victoire : M. de Villèle se sentirait perdu.

Supposez , ati contraire , le plus généreux des sacrifices, l'abnégation de soi, l'oubli de sa gloire, un empressement magnanime à perdre une renommée, pure encore, dans les nuages d'administrateurs flétris par sept ans de fautes et de misères , le nouveau passager se sera perdu lui-même sans sauver le vieil esquif auquel il se sera livré ; car jamais , par le temps qui court , une loi ne sera accordée dans les chambres aux vœux, à la considération, aux vertus, au crédit d'un seul homme.

M. le prince de Polignac n'a donc qu'une façon honorable de prendre place dans le sein du .ministère : c'est de faire d'abord ses conditions. Quelles serontelles ?

Tout le monde sait que, témoin des prodiges accomplis en Angleterre par les institutions libres, et des forces que les restes de la puissances féodale y trouvent dans l'accord des lumières et de 4a légalité, le noble diplomate se fait gloire de penser sur le système représentatif comme l'aristocratie anglaise. D'une poli-

(6) tique éclairée et sincère comme sa piété, il est dans le nombre croissant , mais trop faible encore , des grands seigneurs qui ont compris que la Charte était 1 unique' ressource qui restât aux grandes existences pour se reconstituer et s'affermir. La liberté de la presse passe pour être dans ses maximes comme Texistence des deux tribunes, et dès lors Fabolitibn de la censure ne peut manquer d'être le sine quânon de son entrée dans les affaires. Si ce succès lui était réservé, s'il lui était donné de faire arriver au cœur du père de la patrie des vérités que la voix de la France , intercep^ tée par des hallebardes, n'a pu porter si haut , grands seraient son bonheur et sa gloire. Si au contraire il associait son nom au règne de la censure , s'il démentait ainsi ce que le public croit de ses doctrines , s'il entrait dans cette politique du ministère, réactionnaire sans compensation, oppressive sanê grandeur, pleine de contradictions, de démentis, de haines, de brutalités, ce serait vieillir tout à la fois sa renommée de leurs sept ans de méfaits : ce serait accepter une déplorable entrée de Jeu.

D'un autre côté, le ministère a lié sa vie à la censure? c'est son trophée; c'est son vêtement ; c'est sa robe du Centaure ; il né peut plus se séparer de cette robe fatale , de cette lèpre brûlante ; c'est par là qu'il doit périr.

Le chef des conseils s'est jeté dans la censure à l'étourdie comme dans l'affaire de la conversion, comme' dans la sommation d'Alger. La France n'a point amené pavillon; elle n'est pas venue sur le bord ministériel demander pardOn de ses hardiesses. Elle s'est trouvée* armée en guerre > quaffd on la croyait démantelée.

M. de Vîlièle , déconcerté de ses méprises , céderait tout et confesserait, sans hésiter, sa folie, s^ avait encore affaire aux barbaresqnes; mais il y a un point d'honneur qui ùe permet pas ici de céder : on a af«« faire à la France.

La censure ne peut se justifier que par elle-même. Il faut à rhomme d'état , coupable de cette révolution, • d'illustres complices. Il a besoin que les chambres s'associent à sa faute , pour lui en alléger le poids , et qu'une loi l'éternisé pour la pallier. Mais on sait à quel prix cette loi subversive, cette loi qui nous égalerait à la monarchie espagnole, qui ferait de nos chambres d'autres chambres du conseil de Castille, pourrait être obtenue , et supposé que les résultats dei listes électorales fissent assez beau jeu à l'administra-* tîon -pour qu'elle pût tenter l'aventure d'élecdons noùveUeis et donner aux membres émérites de sa ma- |orité actuelle les invalides de la pairie , est-ce M. de Pôlignac qui se prêterait à briser la pairie par tendresse pour la censure ? Voudrait-il que son nom se liât à la destruction de la seule aristocratie qui soit restée debout? Le verrait-on prendre part à l'entreprise févolutionnaire de dissoudre l'unique pouvoir, monarchique par son origine , par son essence , par sa perpétuité, que les mœurs de la France nouvelle aient pu comporter encore ? A-t-il ses raisons, comme ' la foule ministérielle, pour consentir sans peine à bannir les rejetons de nos familles illustres de ce noble et dernier refuge, que la Charte leur avait ouvert? Si, deux fois en quarante ans, la France a vu des factions et des complots opposés briser dans leurs emportemens le salutaire jouç des pouvoirs intermé-

(8) diairesy prètera-t-il sa noble main aux passions des niveleors nooveaox? Diea nouspréserye de le penser !

Il n'esl personne dans les sitaaiîons éleyées qui pnisse participer à ces complots. Les débris de la paissance féodale ont disparu parmi nous ; les Çls de cenx qui étaient des grands seigneurs pour nos pères ^ si une disgrâce Tenait à les firapper, si un ministre les enveloppait dans ses baines fantasques^ si les charges de cour l^ur étalent ravies , ne retomberaient pas sur des biens, des privilèges, des respects, des compensations immenses. Pauvres et impnissans comme le reste des citoyens, ils ne sont quelque cbose que par la pairie à laquelle ils rendent en illustration ce qu'ils en reçoivent en puissance. La pairie remjdace pour eux les donjons paternels , les fossés, les pontslevis, les épaisses murailles, les tours crénelées, derrière lesquels ils défiaient dans les temps antiques la superbe des favoris, les caprices des maîtresses , la tyrannie des secrétaires du prince. Tout ce qui tend à rappetisser leur chaire curule , les rappetisse euxmêmes et les désarme. Tout ce qui les attaque dans ce dernier poste , recommence contre eux l'oeuvre de la révolution , et les ramène violemment à plier soas le nivçau d'une inflexible égalitç.

Et ici, point de sopbismes ! frapper un coup d'État sur la chambre haute, c'est la renverser. C'est détruire sa considération et sa puissance, en rompant le charme de son inviolabilité. C'est ravir à tous ses meihbres une part de leur dignité pour la jeter aux vents , sans pouvoir en investir des nouveaux venus que ne connaîtra point la France. Or, comment respecter ce qu'oni&e connaît pas? L'architecte du palais du Luxem-

(9) bourg a traoché la question : la salle éclaterait; A Von voulait y entasser soixante pairs de plus. . . CW la plus manifeste condamnation du ministère qu'un ordre de choses où lui, le mandataire dHine réaction qui semblait devoir détruire tout ce que la révolution avait créé, relever -tout ce qu'elle avait abattu, se trouve ne pouvoir gagner quelques jours d'existence qu'aux dépens de la seule aristocratie qu'il y eût de Tivante et de forte parmi nous.

Quelle meilleure preuve que ses intérêts ne sont ceux ni du trône , ni de la France , qu'il a tout compromis par son mani^nent inhabile des affaires , tout irrité par ses passions? Et est-il écrit que la idonarchie de Clovis , que notre patrie tout entière doivent être mises sur un coup de dé , pour obtenir du sort dès prospérités de plus aux comtes Yillèle , Corbière et Peyronnet?

C'est un éclatant témoignage du bon droit delà presse et des titres de cette grande liberté à la pilotée* tiop de la couronne au^si bien qu'à l'amour des Franr çais ,.de voir que sa cause soit enchaînée à celle de la pairie., qu'il faille pour l'abattre que notre aristocratie politique succombe, qu'on ne puisse mettre en péril son avenir , avec des chances de succès douteuses' et passagères , qu'en mettant en coupe nos illustration» comme on y a mis nos immunités ! Ainsi se trouve ré-> futé l'éternel paradoxe de nos faiseurs d'arbitraire sur les rapports qu'ils signalent entre les doctrines des temps d'anarchie et les nôtres. Tout a changé dans le monde. Ce sont eux qui ont pris la place des démagogues. C'est nous qui voulons des hiérarchies et des pouvoirs. Ce ^ont eux qui ont en haine les supério-î

( >o) riW établies, parce qu'elles leur font obirtacle. Tarquins de baS lieu , îb ont passion de faucher tout ce qui s'ëiève; ministres d'une restauration, Us ne savent que détruire. '

M.. de PoHgnac sera-t-îl l'un des coopérateurs de ce système , Tan des associés de ces hommes? Prendrat-ii , à la charrue ministérielle, la place que le jrieux et loyal duc de Doudeauville a laissée vacante , pour creu-* ser simplement un sillon où M. de ,Villèle puisse con-* tinuer de semer l'aibitraire , la censure, la corruption, et une égalité senrile. Là est la question. C*est arec espoir que je la toîs ainsi posée. Ne pensez-vous pas ^ Monsieur, qu elle est d'avantîe résolue?

Un ministre, nouveau et honorable , n'a rien à cacher «ux regards publics; Il peut placer ^a considération ailleurs que dans le silence , sa force et sa gloire ailleurs que dans l'étouffement. L'étouffement est au contraire le premier besom , Tunique ressource , le dérmer espoir d'un ministère contre lequel s'élève tout ce qui a vie , qui n'entend pas un bruit dans le royaume que ce ne soit une voix qui le dénonce aux vindictes du trône. Aussi peut-on être sûr que tant que ses bras pourront se mouvoir , il poursuivra son entre-^ prise de mettre au secret trente-deux millions dïiomlœs.

NOtJVîAU MOYEN n'ÉTOUFFEMENT.

Nous allons voir que le mur de la Chine croît et prospère à V^e d'œîl.

Les journaux de France ne savent des nouvelles du reste d^ monde que par les journaux du dehors , et la

police, on ne sait en vertu de qyelle loi, par une étrange fidélité pour les traditions de la tyrannie impériale , s'est arrogé le drdit d'interdire l'introduction des feuilles étrangères. Déjà, tous les journaux indépendans des Pays-Bas, et à peu près tous les journaux anglais, même le Tîntes^ étaient compris dans cet ipdex. L'étendre semblait imposable. Mais rien n'est impossible, en fait de petitesses, de Texations, d'ayersion pour le bruit et le mouvement, aux ministres extraordinaires que nous avons ; ils ont résolu d'ailleurs de ne laisser la France lire q;ue les écrits étrangers qui parient d'eux avec estime, et l'Eu* Fope est, en ce qui les touche, à l'unisson de la France.

Il restait une gazette estimée qui pénétrait encore dans le royaume , une gazette allemande qui est d'or* dinaire bien instruite des affaires d'Orient , une gazette bavaroise que les censeurs de ce pays laissent mal* heureusement empreinte des maximes de la politique généreuse de leur roi. La Gazette d^Augsbourg vient d'être à son tour défendue. C'est comme si on avait coupé le pont de Kehl et proscrit tout échange de faits et d'idées entre les deux rives du fibia.* .Nous allons si vite dans les voies où le ministère' nous traîne j que voilà les royaumes d'Allemagne trop avancés poujr que nous puissions sans danger communiquer avec leurs journaux censurés. L'absolutisme espagnol n'est pas plus ombrageux : il n'est pas du moins plus naif ou piius borné.

Le Courrier Français n'a pu annoncer la chose qui est y par ces simples lignes :

— Depuis quelques jours, l'introduction de la Gazette uni"

verselle d'Augsbourg est prohibée. Cette feuUle est cependant rédigée sous Tapprobation d'une censure préalable.

En reyanche les joumacix du ministère ont pu dire librement et avec privilège la chose qui n'est pas : ils ont ^nnoncé, pour distraire l'attention et les regrets du public français, que la Gazette d^Augshourg avait cessé de paraître. Du temps de Pascal , (lorissaient des casuistes qui auraient absous les publicistes de la trésorerie pour cette imposture. Car la Gazette dAugs-bourg a en effet cessé de paraître... • pour la France.

Le trait est ingénieux ; et ne doit-on pas beaucoup glorifier le ministère ^ qui a bien jugé que des honoraires de vingt à trente mille francs n'étaient pas trop pour payer les hommes d'esprit auxquels il adresse ces commandes !

Ainsi , voilà pourquoi la censure est faite : pour couvrir cette autre censure terrible qui s'exerce par des prohibitions en masse, étouffer les plus simples vérités , et donner le passe-avant au mensonge ! Avais-je raison de dire que nul homme considérable ne vonâra 'mettre la main dans ces souillures?

Si on ajoute que les journaux dé Paris ne savent ce qui se passe dans nos propres provinces que par les feuilles des départemèns et que ces feuilles à leur tour sont soumises à Tignoble ciseau , on comprendra quel voile épais est destiné à couvrir peu à peu notre pauvre France. Fasse le ciel que ce soit un génie fécond et réparateur, point un ange de justices vengeresses , qui prononce sur nous X^fiat lux !

ÉTOUFFEMtNT DANS LES DÉPARTEMSITS.

La lettre suivante donnera une idée de la façon dont l'arbitraire de la presse s'exerce dans Tune des plus importantes et des plus éclairées de nos cités :

Lyon, 16 juillet.

«M0NSIEUB9

.. .La censure n'est pas moi ps tyrannique ici qu'à Paris . Les colonnes du Précurseur vous ont montré des marques assez fréquentes de ses ravages, et encore ne voyez-vous pas tout; car, lorsqu'elle nous supprime des articles en entiers , nous regardons comme inutile d'en laisser la place vide dans notre feuille. A cet égard, nous avons adopté un parti moyen entre ceux qui laissent en blanc les articles censurés et ceux qui font disparaître toutes les traces des ciseaux. La censure est à nos yeux un obstacle brute , matériel ; c'est une pierre sur notre route. Nous ne la prions point de nous laisser passer; mais nous sautons pardessus , ou nous en faisons le tour pour rentrer aussitôt dans la voie...

Dans les premiers jours du régne de la censure, elle se montra assez bénigne. Fallait-il en rendre grâce à la modération de notre préfet qui prenait' la peine de l'exercer lui-même ? Ce qu'il y a de certain, c'est que M. de Brosses est assez homme d'esprit pour n'être pas personnellement partisan de la censure, et ne pas aller en avant de ses instructions. Mais la chaîne n'a pas tardé u se resserrer, et tous les jours elle devient plus étroite. M. le préfet fut absent pendant plusieurs jours; les ciseaux furent remis à son secrétaire-général ; et , en semblable matière, l'autorité d'un subalterne est toujours plus pesante: «car il a moins de lumières et plus d'appréhension. C'est à cette époque que, deux cents électeurs de Lyon ayant donné un dîner à M. de Chauvelîn , ou ne permit pas de parler, dans le Précurseur, des toasts qui avaient été portés. Bientôt M. de Brosses se lassa des fonctions qu^il avait jusque-là gardées.

peat-toe fiiiite d*aToir troaTé des mains entre lesqoeUes O pût les remcttfe. II s'en deacaisît en laTeur, ou plutôt au préjudice de M. Idty professeor au collège royal de cette TÎUe, que ses amis excusent d'aToir accepté cette place y en alléguant qu^il avadt été mis dans l'option on de le Êûie , ou de perdre la pension de retraite à laquelle il aura droit par quelques mois encore de traraux uniTersitaires. Quoi qu'il en soit, M. Idt est un homme qui n'a pas l'ombre d'idée des besoins de la France constitutionnelle , ni des élémens du gouTemement représentatiC. Il disait dernièrement à quelqu'un qui s'étonnait de lui aToir TU accepter cet emploi : c Hé mais ! autrefois rien wi*é^ tait plus honorable que les Jonctions de censeur rojral! Ajoutez un homme craignant à la fois les partis et le pouroir, déterminé à tout rayer plutôt que dé laisser passer un mot douteux, surtout depuis qu'il a été tancé pouraroir donné le passe-poit à quelques articles qu'il n'arait peut-être pas saisis.

D'après cela/^rous derez deyiner, monsieur^ que la censure est ici mesquine , pointilleuse et chicanière ; elle s'exerce sur des mots, des phrases insignifiantes j si parfois l'on nous passe certaines choses qui auraient été interdites à Paris, c'est parce que les objets imposés particulièrement à nos respects sont ceux qui se trouraient le plus près de nous. Ainsi la police locale , l'administration municipale , surtout dans ses rapports arec notre Grand Théâtre (i), la Gazette universelle, comme organe du parti prêtre, roilà ce qui est placé au-dessus de nos critiques. Vous le rerrez, au reste, par les rognures que je TOUS envoie. Il en est une foule consistant en de simples notes ou en articles purement de circonstance , qui n'ont pas été conserrés , et qui peindraient encore mieux l'esprit de notre censure ^,yéritable censure de police, ne permettant pas la moindre pensée élevée, la moindre expression saillante, et trayaillant â

(i) La ville de Lyon a dépense des sommes énormes en pare perte poar cet objet. Par saite de ses conrcntions arec M. Singier, directeur des théâtres , elle est chargée des dépenses et des recettes pendant one partie dft Tannée; roilà pourquoi il est interdit aux joumauz de blâmer Fadministration de ce théâtre.

réduire chaque jour le champ des dékats légitîmesv(|es opinions...*.

Je suis, etc.

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