‹ Censure de 1827Chapitre 86 sur 91 · LITTÉRAIRE, POLITIQUE · texte numérisé non relu

LITTÉRAIRE, POLITIQUE

YANDàLisMB. ' — Votre journal n'est pas suspect , Monsieur , d une admiration passionnée pour la ter» reur. Si cependant un historien , étranger à notre patrie, trouve Iq difficile secret d'exagérer les horreurs de cette ère affreuse , s'il fait des délires d'un jour le délire d'une époque , et des forfaits de quelques-uns le crime dé tous , défendre contre ces aggressions l'honneur de la France sera un dé vos devoirs. Vous n'aves pu , en parlant de l'ouvrage de sir Walter, imprimer

les lignes que voici :

... de même, pour démontrer à présent que la France avait de plus fait profession publique de barbarie , il se permet d'oublier, ou si Ton veut, il ignore, et le décret du 3 brumaire an XI, qui prescrit avec tant de soin toutes les précautions à prendre pour ne pas endompiager les motu4me^s, eu eQ'^çant les signes de la royauté; et le décret du 9 brumaire,, sur Ie| grands prix de peinture ; et les récompenses nationales proposées à l'émulation des artistes ; et la formation de la Société populaire des Arts\ et l'établissement du Musée \ et tous les t£|Ueaux de cette époque ; tX les bas-reliefs 4^ Moitt^ au P$intbéoi»; et pet écrit, ^nç d^s plps bell^ actions de Boiasy-d' Anglas Ici, je supplie de me peru^ttre quelques détails ;

on excusera l'amitié, encore en deuil, de ne pouvoir passer, sans s'arrêter un instant , sur un des plus honorables souvenirs laissés par l'homme excellent, par le citoyen illustre qui, dès long-temps, arait su mériter, et mériter plusieurs fbli ces regrets de tous les paPTtis qu'on f oit maintenant éclater et sHmir autour de sa tonibe.

(Rognure du Joiirnal des Déàat^.) .

On ne sait ce qu'on doit plus admirer du courage des hommes qui interdisent uux Français les louanges d'un

illustre citoyen que le feu roi fit pair du royaume, ou de leur empressement à proclamer pour leurs devanciers les Vandales de la terreur. Ils ne veulent pas qu'on les suppose les premiers d'entre les Français* qui aient voué aux lettres une haine sauvage , et au lieu de n'impliquer dans ces barbaries que les coryphées affreux qui y trempèrent , ils sacrifient même à leur passion l'honneur de la France.

Sir Walter Scott. La gloire de notre patrie est de peu de chose à la censure ; la gloire du romancier écossais lui est de beaucoup ^ $i on en juge par ce retranchement :

On vient de mettre en vente chez les frères Baudouin, rue de Taugirard, n. 17, une Réfutation de V Histoire de Napo^ léon, par sifJValter Scott ^ a vol. in- 12. Prix, 7fr. Se trouve aussi chez Mongie.

(Ropiure du Constitutionnel,)

ToRYS. La censure, qui ne tolère pas la défense des factions françaises, prend elle-même en main la défense des factions étrangères. Elle ne permet pas de dire ceci des Torys :

Car cette faction ne connaît point de mesure : quand elle ne rampe pas, elle insulte et elle déchire tout -ce qui n'obéit pas à son insatiable ambition.

Ces expressions étaient vives sans doute ; mais on cesse d'en être blessé quand on songe que ce parti auquel devraient répugner les excès populaires et tout ce qui les rappelle a fait une tentative pour troubler d'illustres funérailles, et poursuivre ses vengeances sur les restes de l'ennemi qui s'acheminait vers Westminster.

Au reste, nous avons eu quelque chose de sem-

( 43 ) blable parmi nous. Un des journaux du ministère a rendu compte de la maladie d'un membre fameux de Topposition de gauche, dans des termes qui blessaient toutes les bienséances. Voilà les hommes à qui on a remis les lisières de la presse pour nous élever et nous régir! Ils insultent aux soyflfrances de leur ennemi mourant. Us traitent Tagonie de M. Manuel comme ils ont traité le cercueildu duc de Liancourt !

Quand un des membres du conseil a reçu le plus rude coup qui puisse frapper un . père , toutes les feuilles ont compati à sa douleur. Cependant la censure n'existait pas encore , et c'était même le jour où sa main signait l'ordonnance fatale.

PoiiMiQUE DU MONITEUR. Le Moniteur poursuit le cours de sa vie guerrière^ toujours prêt à faire raison à chacun 5 comm£ on sait 5 au nom du pouvoir. Seulement, quand on accepte le combat , voici ce qui arrive :

En louant le journal officiel de ses sages réflexions sur la déplorable affaire de l'abbé Contrafato, le ConS" titutionnel n'a pu ajouter :

Pourquoi donc le Moniteur lui-même n'en avait-il point encore parlé ? Il est aux sources de tous les événemens. Il n'a pu ignorer la décision souveraine de la cour royale y qui , gardienne des mœurs publiques , a donné dans cette circonstance une nouvelle preuve qu'elle était à la hauteur de sa mission , qu'elle poursuivait le crime, quels qu'en fussent les auteurs^ et qu'il n'y avait pour les criminels aucun droit d'asile.

Affaire de Portugal. On ne peut se permettre sur les discussions relatives au Portugal , les réflexions suivantes :

— La guerre entre le Moniteur et le Times continue. Voyez plus haut l'article Londres ^ qui nous semble nécessiter un«

répQn9« p]u0 siUtefotfaQte.que e^lJe dont.nous arona doaaéra* D^yse , çt qui, fious derop^ le dirç!, D0143 a p^ru d'w« ei;Çrlm<» fai))Ies9e.

— Les évçnemens de' Lisbonne ^xentà ua haut ^egré TattentioD publique. En rapprochant les derniers article3 du Moniteur sur ce pays, de la correspondance qui parait s'être établie entre la régente et Tinfent don Miguel ( voyez Particle J^ze/zite), il devient évident que la révolution dfi cabinet qui vient de se faire à Lisbonne est ^ut^àr-faU dirigée àw^ le» yu§« d«3 piiisaAPC«9 qui s^çiond^pt lea prétentions i {a régçnçe di| frère dç (Jon Pedro.

Le généra^ Saldai^ha, le premier qyi.ait tiré Tépée dana les Âlgarves et dans la province de Tras-os-Montès pour la nouvelle constitution était fortement opposé à la politique autrichienne , et sa sortie subite du cabinet où il venait de rentrer n^ permet plus de douter sur le succès des né^ociatioa^ de TÂutriche, secondée par le ministère français. La politique de l'Angleterre, relativement à cette révolution, parait encore incertaine , et lef articles que publient les derniers journaux fiQgtaift ( voye^ l'article i^cmàre^ ) aant tellement cqvçloppés q^'\\ est 4îfficir<^ de préciser \^ và^e qu.§ 1^ Gfaq^-iRret^pe a joué dans une affaire d'ui\^ si baute grayité.

Au resté , tout le monde est convaincu que la conduite des gens qui gouvernent aujourd'hui le Portugalest la conséquence deis suggestions pressantes de l'Autriche et de quelque autres puîssauees qui pèrsîsteat à envoyer l'infant don Miguel, Hialgré toij^ les inalheurs que li^ malheurs de ce prinœ présage pour le |i»s

(Rognures du Constitutionnel).

Tandis que toute discudsion grave est interdite à ces publieiMes qu'on avait oonviés ^lenneUement au banquet de la presse libre, sous les auspîce» de la censure , les journaux de la trésorerie continuant œtrépidement; leur joviale polémique. Ils empreignent d^ bouffoiiueiie et de p^flage leur» longs umnolo-

gues. C'est êur deux, textes que roule taule cette gaieté itoprévue : sur l'abondance des faùsi^es nouvelles ou bien des doctrines erronées dont l'opposition remplit seâ gazettes, et sur la moisson d'idées, d'habitud^â, de prédilections constitutionnelles^ que l-infant don Miguel va rapporter de l'école de M. de Metternich. Nous autres gens graves, monsieur, nous ne s&iurions comprendre ce qu'il y a de plaisant à railler de lears faux^pas des gens qu'on a faits paralytiques , ni ce qu'il y a de récréatif datis le spefctsele d'tiné révolution qu'on lance sur un peuple , de quelques parjures de plus qu'on lance sur un trôûe, d'une guerre peutêtre qu'on lance sur le monde. Car on ne saui^ait voir dans ces parades officieUes la prétention de s'élever ftti^qu'au mensonge diplomatiqtfe. Il n'est personne en Europe à qui on puisse avoir là pen^e de faire illusion par un telîeti, et si ôfx votriait y prétendre, du moins sauverait-H>n lé fond par la fomue et rélèveraiton la vanité de I» tentative par là convenanc« du kolgage. Geiix qui, parlant d'un' prince qu'on poussé an trône, disent : Ce même JkKgBâei, ont éviklëiHmient c<)utu](Eie de tiàentir sur toute autre chosô que lés intérêts des couronnes.

La censure supprimé en vain de la traduction d'uf alticle du Courriel anglais, répon^nt à la polémiique de la tré&brerie , celte Kgne :

Don Miguel est rennemî reconnu de la Charte et revêtu du pouvoir nécessaire pour terminer Tœuvre inconôplète du l'Oi Ferdinand'. ( Ilognure iu Constitutionnel.)

Ge sont là de ceà vérifeé^ sw lesffuelles des '^ns habiles n'essayent pas de tromper les peuple. Lejnomle

eatiersaitparoœurlaoguste élèYedeM. de Mettetoich. Ses débats onl été trop éclatans pour échapper à l'œil des nations, sinon ponr décourager la tendresse des tètes couronnées; à part les sentimens personnels, U y a des situations impérieuses : fl n'est pas au pouvoir du prince, au nom de qui la guerre ciyile a été conduite, de régner par la charte. Llnsurrection lui ferait, malgré lui, une loi du despotisme, et faut-il le dire, cest Tinsurrection, le plus saint des devoin contre les chartes constitutionnelles et les princes qui les donnent, que rêve et qu'attend toute cettepolitiqne. On compte sur la révolte pour sauver le paijure en le nécessitant.

Je sais bien qu'au milieu de ces mouvemens et de ces passions la yoix de là raison ne sera pas entendue plus que celle de l'honneur. Mais il serait temps enfin, cependant , que la royauté prît garde où on l'entraîne. Nous autres qui ne savons pas plus promettre aux rois le secours de séditions armées pour les contraindre à être absolus au gré d'une populace déguenillée ou selon la famtaisie de l'étranger, que les menacer du glaive pour les contraindre à respecter les droits des peuples et leurs propres sermens , nous ne saurions nous empêcher de tenir aux cours un langage, austère. A-t-on oublié que le genre humain écoute , voit , réfléchit , compare, dans le temps où nous sommes? Pour quelques esprits pratiques qui regardent les trônes comme des élémens nécessaires de notre ordre social , des besoins de notre civilisation, des remparts de la paix publique , des monumens de l'âge antique sacrés pour Tâge présent, combien y a-t-il de ces théoriciens qui demandent simplement ce que la royauté coûte et ce

(47) qu'elle vaut ? Ce qu'elle coûte dans la paix , et dan» la guerre, on lésait. Cequ elle vaut, vous etnioi^Monsieur, nous le savons aussi , mais comment le faire entendre, quand deux fois en un quart de siècle , les royaumes du midi auront vu les complots du fils et de l'épouse ^ les guerres du frère, les usurpations, les déloyautés de tous ; quand le même prince qui aura fait verser des larmes amères au vieillard, au roi de qui il tint le jour, quiauramême été accusé solennelleoçientpar son père d'avoir tenté davantage, sera mené en triomphe par tous les rois à ce trône envahi avant le temps ; quand il. sera prouvé que la morale et la politique n'ont point les mêmes maximes, les princes les mêmes obligations que les sujets , de sorte qu'on puisse arriver au rang suprême par les mêmes degrés qui, dans la vie commune, auraient potir avant-dernier terme la sellette, juiiidique ?

Ces hardiesses sont bonnes en Asie, où là race humaine n'a pas encore appris à lever la tête, à mesurer de l'œil les demi-dieux qui régnent sur elle. Eii Europe les peuples regardent autour et en face de. soi. Que répondrons-nous à ceux qui nous demanderont si, de l'autre côté de l'Atlantique, les conspirations, le$ attentats, les guerres domestiques, ont jamais. frayé l'accès du fauteuil souverain des Adams et des Màdisson ?

Il die manquait à ces scènes sanglantes que de àe jouer sous le nom et avec l'autorité du droit. Le Moniteur,, poursuivant ses. railleries , parle des droits de don Miguel , dont tous les titres, sont subordonnés à une condition qui n'est pas remplie. 11 met à néant* .ceux du roi don Pedro , dont l'abdication repose sur

une vokmté essentielleniedt rétrocable tant que ses ordres ûé sont pas. exécutés, et le {Premier de totis est que Titifant don Miguel soit son gendre avant de {pouvoir être roi* La constitution eîitière a été conçiié de flacon ^ interdire au jeune infant la régence. Ce 6ont sur oés sophismes, sur ces arguties qui font hoàte, ifàtd le joiirtiâl officiel des uiruistres du roi dé Fra&ce se foildé poiir provoquer un frère à repousser son frère les armes à la ttiaiâ , iin peuple à rejeter soii roi dand rOcéan< Nous ne savions pas que not^e ministère lût ëi scrupuleux en fait|dedhartë, que, les chartes Une fùk données, il trouvât tout légitime contre les ppuvoirs <}Ui préteudraient revenir, à tort ou à raison, sUr la tetti^e même des ces p^ctte saints l

C'est Un cnrieux spectacle que lé ministère repouâ- SàUt le droit d'aînesse quand il s'agit des trônes , repoussant la légitimité quand il s'agit d'institutions importunés! Moi qui ai la faiblesse de croire que la politique a des réglés immuables , parce que fflèi foi religieuse éherché et trouvé céi^ règles dau^ un code plus haut, inaccessible aux intei^rétatiot}s et ànx ôbângerUéns , graté de toute ancienneté dans la OOd^ science dés hommes , je Uè puis pas croire qu'oU se joué ainsi iâfipunénlent dés noms les plus respectés et des droite; léÉ plus cbèrS. Ott seraient lèk jU^ticéls de ce monde , s'il n'y en avait pas pour les dépositaires Ûe^ èouseilâ d'une restauratioâ dont tonte là puiteance fut dans le mot de légitimité, et que ses guidés éûf raïUéilt i$i bien hors dé ses voies , qu'ils se jnettènl , danë le délire dé leur triôàiphe, à fôUler aui pieds dëfftè UiMgiqUe déVise? Ëè îéité étme d'ilUé dhài^të cotiti^è UU Roi, ëU hidtie dé cette éliarte et de tontes leS chai^tes

(49) de la terre , appeler la révolte par passion éa pouvoir absolu , ouvrir une sanglante réaction en criant qu'on pacifie ; ce sont là des combinaisons si Coupables et si audacieuses , que le châtiment ne saurait man-^ qûer d'advehir. Si jamais Dieu suscite des rébellions qui n'aient pas pour but la servitude , si le pouvoir pour sa défense oppose aux fèctieux les titrés de pri^ mogéniture, le droit des trônes,' l'immuable légiti*milé, un long rire répondra.

Concluons, Monsieur, qu-îl n'y a de bonne et sage politique que celle qui a des principes fixes , d'invariables règles sur lesquelles les passions n'ont pas plus de prise que la furie des vagues sur l'étoile qui guide le pilote. Ces principes sont placés loin au-dessus de nous comme de célestes flambeaut. Il faut que les yeux de la conscience y restent incessaioment attachés ; et si e'est ifolie de prétendre y atteindre , de vouloir arriver jusques là , c'est une coupable faiblesse de ne pas diriger toujours notre barque sur ces phares protecteurs. Quand le vaisseain de TËtat, quand la conduite d'un peuple nous esl confiée , c'est le plas grand des crimes.

CONCLUSION

Je ne quitterai pas la plume. Monsieur, sans vous parler dune Iwochure qui justifiera mes maximes. Intitulée De la France et de la Censure (i) , écrite avec talent , méritant une réponse des écrivains qui y sont combattus , parce qu'ils le sont sans emportement et

(t) A Paris , chez Pillet atnë , rue des Grantts- Augustiiis , et chez tous l«s marolHm<l» de ■ottTvautifs.

presque sans amertume , elle est un témoignage des égaremens où un esprit qui a de l'étendue et de la force peut se voir entraîné quand il n a pas des principes conséquens -et inflexibles. L'auteur comm^ence par établir très-bien que la liberté de la presse est aux pensées ce que la liberté individuelle est aux actions , qu'il faut à toutes deux des réserves et des limites , c'est-à-dire des lois et des peines. Vous croyez sûrement que, suivant jusqu'au bout le parallèle , il arrive 4 la condamnation de la censure en fait de presse , ou qu'il demande l'établissement de censeurs en fait d'actions, d'anges gardiens de nos démarches, de gendarmés qui nou6 suivent pas à pas , nous tiei^nent à la chaîne , serrant les menottes dès que nous levons le bras , et ne lâchant un anneau que lorsque nous avons rendu raison de nos motifs. De cette sorte , l'état de galérien serait la condîtion légitime de l'espèce humaine.

Mais telle n'est pas la conclusion de l'écrivain. Sa préoccupation lui fait confondre l'action préventive, la surveillance importune, l'humiliante tutelle de la censure avec la naturelle répression des lois pénales.

Continuant sa marche, il veut démontrer que le rétablissement de l'inquisition dont gémit la France était devenu nécessaire , et se faisant contre moi arme de mes paroles, m'opposant, ce que j'ai avoué sans peine , de la mals^eillance fréquente de la presse pour le sacerdoce , il me prouve la vérité de ma propre assertion, comment? par les sévices dont un missionnaire de Rouen eut à se plaindre. Voilà encore les actions et la pensée confondues. Son argument , sll •avait force , prouverait que c'était au droit de la com-

motion , à l'exerciôe de la liberté individuelle , qu'il fallait appliquer la censure ; c'était aux bras coupables qu'il fallait mettre la chemise de force, et non pas aux journaux innocens. Peut-être aurais-je le droit de me plaindre de ce que , faussant , apparemment sans y songer, l'application de mes paroles , il me demande s'il n'y avait aussi que de la malveillance au teniips horrible des Carrier? Quand on écrit comme l'auteur, on sait trop bien lire pour tomber dans de telles méprises.

Mais ceci prouve que dans les faits sa logique s'égare comme dans les principes. Tout-à-l'heure , il confondait les termes ; maintenant il confond les temps et prouve que la censure fut nécessaire ejpi iSay contre quatre journaux, parce qu'un million de furieux écumaient du sang en 1793. Ceci revient à dire que, lorsqu'une épidémie s'est approchée d'un canton , les lois sanitaires doivent peser sur le pays pour toute l'éternité.

J'ai dit, parce que je crois que dans la discussion des af-^ faires publiques il y aune sorte de ministère et presque de sacerdocequi obligé en conscience à dire toutcequ'on croit la vérité envers et contre tous ; j'ai dit qu'ily avait quelquefois malveillance dans la polémique pour le clergé ; mais ne suis-je pas remonté aux cause» de cette disposition fâcheuse des esprits? N'ai-je pas recherché d'où étaient partis les premiers foudres , les plus bruyans, les plus décisifs? et si mon adversaire, m'attribuant une opinion qui est loin d'être la mienne, m'accuse d'être de ceux qui ont rendu la censure nécessaire , en croyant le clergé l'ennemi des libertés

publiques, je résoudrai que laPologue, les Pay^-Bas,, l'Italie du moyen âge , les États-Unis de nos jours y réfuteraient au besoin cette imputation , mais que ceux-là n'ont pas le droit de se plaindre de voir le clergé accusé d antipathie pour les libertés publiques, qui demandent en son nom l'abolition de la plus noble des franchises » celle de la pensée.

Cette tnalveillance dont j ai parlé » comment se pro-* duJsait-^Ue ? Quels eflfrayans symptômes demandaient pour les ministres de la croix la protection du glaive ? Les temples remplis et florissans, les monastères relevés , l'expo&ition montrant les arts empressés à les parer de leurs richesses, la ^censure elle-même descendue du trône à la voix des pontifes qui l'avaient demandée ; voilà les témoignages de la faiblesse , de la décadence , des dangers du sacerdoce l

L'auteur, qui ne recule devant aucune objection, m^ais qui n'en renverse, suivant moi aucune , avoue, qu'il semblerait que ies lois pénales dussent suffire pour la répression d'une malveillance, au milieu de laquelle s'accomplissaient ces prodiges. Mais, dit-il, les délits de h presse sont si déliés, si tenus, si insaisîssables«... Et c'est pour ces insaisissables, ces impereeptibleis périls, qu'on a remis en question toutes les institutions d'un peuple i

Tout Ceci plpouve assez que la. censure n'était pas nécessaire, qu'elle n'était pas non plus légale, n'étant pas légitiâie. L'auteur se charge encore de prouver ma thèse, quii la censare est contraire au principe et à lessence du: gouvernement qui nous régit. Car il croit 4ttx circonstances graves , par cela seul que le

( 55 ) ministère les a déelarées. Qr, bous vtveiis. sous. uim. loi d'exameai et de discusdioa. Mon àdveraaii^. p^ase, vivre sous un régime de pouvoirs in£iillible$. t

Aussi me démoQl:re*4;-U qine ce serait une graxide. puérilité de former un autre JEninistèrè ; car j'ai dit qu^ la Révolution de 1789 n avait pas été unincidetit^ que; des incidens auraient pu dbaager. Ponc ^ si ^ne ré-y volution nous attelni^ d'autres guides ae lipus empè-^ cheraient pas de courir à labime. Le. disert dialec-. ticien conclut toujours du particulier au général.

De ce que je pense qu'en 1 789»^ révolution françaiâ^ conçue 9 on ne sait depuis quand, dans 1^$: entrallle^^ d'une monarchie de quatorze cents ans, ne pouvait être empêchée d'éclore, terrible et impitoyable comme elle a été , il ne s'en suit pas que toutes les révolutions ine paraissent d'inévitables arrêts de la destinée. Dans, ce système, il n'y a plus ni habileté, ni fautes 9 ni droiture, ni perversité; nous étions tout à l'heure dan§ l'église; nous voici dans le fatalisme. C'est vous que j'aurais le droit de nommer un prêtre des faux dieux..

Il n'est pas d'ailleurs démontré que tout ministère; entre les mains duquel n'éclatera point une révolution destructive, soit bon et respectable^ Tou3 les im^ bécilles ou pervers favoris de la fortupe n'ont pas comme Godoy la gloire de voir leurs œuvres porter fruit du vivant de leur pouvoir; on peut, dissoudre tous les ressorts de l'affection sans les briser , corrompre tous les liens qui unissent Je .prince et les sujets sans les détruire, offenser incessammentla morale publique sans l'extirper, saper toutes les institutions sans les abattre, épouvanter tous les intérêts, irriter toutes les ccmisciences et tous les cœurs , attrister tous les esprits sans

provoquer de recours aux armes. Ou peut être prodigue de mau?ak principes et de mauvais exemples sans être sur le champ payé de retour ; on peut avoir affaire à un peuple plus sensé que le pouvoir, plus prévoyant, plus ami du repos, plus révérencieux pour les droits de la morale et pour ceux de la royauté , on peut être profondément inhabile, inconsistant, ruiné dans l'estime publique, tout-gâterpar sa présence, tout empêcher hormis le mal , sans que Dieu qui est patient, parce qu'il nous survit, fasse gronder son tonnerre. Faut-îl attendre la foudre pour songer à ne la point mériter?

L*écrit que je conclus ici me semble seul un argument décisif contre l'administration ; car on y voit méconnus par ceux qui nous mènent , dans les mutilations de la censure, tous les droits de la France, tous les intérêts du trône, toutes lés conditions de la Charte, tous les principes de l'art du gouvernement , tous ceux de la royauté. S'il me fallait des preuves de plus , j'en trouverais dans l'écrit que je combats ; car un ministère , pour lequel un homme détalent qui se donne la peine de le défendre ne trouve pas de plus puissantes raisons à dire , sinon qu'il faut le garder comme le musulman garde la plaie qui le ronge , parce que tout est écrit là haut , ce ministère n'était pas digne de trouver un tel défenseur. Non defedt patronus , causa defeàL

N. A. DE SALVANDY

P. S. Je reçois du camp de Saint-Omer une lettre pleine de bons sentiment et de détails curieux. Je la publierai dès que

j'aurai acquis la certitude qu'elle a été écrite dans cette intention.

Je saisis l'occasion qui s'offre à moi de déclarer que tout citoyen lésé dans ses droits et quiconque me fera l'honneur de m'adresser des renseignemens dont la publicité serait utile, peut être assuré que je me ferai un deroir de prendre sur-lechamp la plume pour les mettre au jour. Mais toute lettre qui n'est pas accompagnée d'une signature est pour moi comme non ayenue , et je demande qu'on me fasse toujours sayoir si ces communications sont simplement confidentielles , ou si on. désire que je saisisse une occasion de les porter à la connaissance d'un juge que je respecte trop pour lui soumettre rien oqui ne parût conforme à nos institutions , à nos sentimens , et par-dessus tout , à la yérité.

IMPRIMERIE DE H FOURNIEB,

hVt DE SEiNBf V% l4>

LETTREàM. le rédacteur da Joumaldei DébêÈsmaVéUtde^stfÊaàres

pablMM ijNur N. A. de Sslwsmdj, i a Juillet iSay. IéETTICE de la GIR AFEau pacha d'Égrpte, pour lui rendr» compte •de Mm Tojace a Saint-Clood , et euToyer les rognures des deux premières semaines de La censure de France an journal qui s*établit à Alexandrie en Afrique. t% JraUet 1827.

SECONDE LETTRE à M. le rédacteur du Journal des Débats sur IVtat des affaires publiqyês , par N. A. Salrandj. 10 Juillet 1827-

TROISIÈME LETTRE à M. le rédacteur du Journal des Débats sur la suite des af£ûres publiques, par le même. a5 Juillet 1827.

QUATRIÈME LETTRE â M. le rédacUor du Journal des DébaU sur la suite des affaires publiques , par le même, a Août 1827.

DEUXIEME LETTRE DE LA GIRAFE AU PACHA D'EGYPTE, en lui enrojant son Album enricbi des dernières noirceurs de la sure. 8 août 1827.

CINQUIÈME LETTRE à M. le Rédacteur du Journal des Débats la suite d. ^8 affaires publiques , par le même. 16 août 1827.

EXPLICATION de la loi sur les Collèges électoraux et sur le Jaxj à Tasage de tous les électeurs de France ,par N. A. Salrandj. ( Société des Amis de la liberté de la presse. — Distribution gratuite), ai août.

jiide-toi^ le Ciel t'aidera. Brochure adressée aux citoyens et aux électeurs. ( Première publication de la société de cotisation , qui a pour devise : Ai^e-toiy le Ciel € aidera. Se distribue.)

Manuel de CE lecteur- Juré, (Deuxième publication de la société de cotisation, qui a pour devise : Aide^toi, le Ciel t'aidera. Se distribue à Paris et dans les départemens. )

Du rétablissement de la Censure y par tordonnanee du 2^juin 1827^ par M. le Ticomte de Chateaubriand, pair de France; suivi de la. Censure que Pon vient (Pélublir en vertu de F ortie le ê^de la loi dutj mars 1822, et de P abolition de la Censure ( anmns écrits du même auteur). 2 fr.

Procès de Fabbé Saladin^ accusé de tentative d'empoisonnement sur la personne du curé de Pierrelatte. 75 c.

Réjlexwns sur le projet de nommer de noiweaux pairs, pour changer ia maforité de la Chambre; par Adrien Féline. 76 c.

La Censure , scène historique j par Méry et Barthélémy , avec cette épigraphe: f^exat Censura. 1 fr. 5o c.

Lettre a M. Lourdoueix ;jMfr M. Pages. 1 fir.

La Malle-Poste; par M. Félix Bodin. 1 fr.

Du Ministère et de la Censure ; par M. Jaj, 76 c.

Procès de M, Kératty , précédé et suivi de réflexions sur la Censure. i fr.

Histoire de la Garde Ifationale de Paris; par M. Ch Comte , ancien rédacteur du Censeur Européen. Chez Saatelet et corap. , place de la Bourse. 1 fort vol. in-8*'. 6 fr.

La Censure n'a pas permis aux différens journaux de rendre compte de

cet important ouvrage.

Société des amis de la presse. ( Distribution gratuite.)

Première publication. JDese^fj de la censure, par M. de Chateaubriand. Deuxième public. Lettre trun électeur de Paris à un électeur de Cord, Troisième public. Lettre du comte de MontaJitftt, pair de France , aux Français de son âge.

8|uatrième •çnVXic, Lettre de M, Hyde de J^eupiUe a la Gttzette de Lyou. inqnième public. Explicationde la loi sur les Collèges électoraux et le Jury, par N. A. Salvandy.

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