Bulletin de l'Afrùjue française, août IS'Jl
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des privilèges exorbitants. Des réunions cl des conférences furent tenues à Londres, où l'on vota des sommes importantes pour subvenir aux premiers frais de l'entreprise. Pour couper court à ces projets, il fallut une déclaration catégorique de notre ministre des affaires étrangères '.
En 1893, on colporta, dans la colonie anglaise, une pétition adressée à la reine Victoria, pour protester contre l'établissement de la France, et l'abandon par la Grande- Bretagne de ses droits à Madagascar. Cette pétition, couverte de nombreuses signatures, fut publiée dans tous les iournuiixdclii Lojidon Society etdansceuxdel'ile Maurice.
On alla même plus loin. En août 1893, une conspiration fut découverte, dont le but était de déposer Rainilaiarivony, jugé trop mou dans sa résistance aux empiétements de la France, et de le remplacer par son fds Rajoelina, qui était à la tête du parti anglais. Abraham Kingdom, le louche financier dont il a déjà été question, était l'àme de l'entreprise, et on publia, à cette occasion, le pacte étrange qu'il avait signé avec le prétendant 2. On conçoit la colère de Rainilaiarivony, lorsqu'il eût connaissance de ces faits, mais ses craintes furent plus vives encore que sa colère. L'incident acheva de le persuader qu'il fallait, à tout prix, désarmer ses adversaires de l'intérieur, et leur enlever tout prétexte de l'accuser de com-
1. ■Chambre des députés, 27 octobre 18U1. Réponse de M. Kibol. iiiiiiistre des affaires étrangères, à M. de Mahv.
2. Ce pacte a été publié par le Bulletin de l'Afrique française (ocl. 18'.«) et il est trop significatif pour ne pas être signalé :
AnT. 1. — Abraham Kingdom sengage à faire tous ses efforts auprès du gouvernement anglais pour que Rajoelina devienne premier ministre de Madagascar.
Akt. IV. — Si Abraham Kingdom réussit à faire parvenir Rajoelina au pouvoir, celui-ci s'engage à donner en retour à Kingdom, en dehors de la concession qu'il demande, tous les gisements miniers qui se trouvent dans l'étendue du tiers de Madagascar, pour une durée de 60 années et à titre renouvelable.
ni-PAUT DE M. ia: myre de vit.kus. 141
|ilaisiiiic'(' riivci's la hrancr'. Aussi, à dafiT do ce momi'nt, li>s ('vciioments vont-ils so |)r('cipitei\ Entre M. Larrouy l't le premier ministre, les rapports devinrent imjiossibles, et U: «gouvernement liova ne soneea plus fpi'a si' pri'parer à la lutte I.
L'attitude nouvelle de llainilaiarivony ne s'expliquait ([ue trop l'acilement. Si sa ])olitique de provocation était folle, on conçoit (pie son esjii'it soupçonneux ait été vivement alTecté par les incidents intérieurs. Il est possible é<>alemcnt, du moins il l'a déclaré plus tard-, que dans son ie-norance des choses d'Europe, il se soit laissé prendre aux suggestions |)ertides de certains cons(.'illers, qui lui représentaient l'Angleterre comme prête à lui fournir son concours contre la France. Ceux-ci prenaient soin d'exploiter, dans ce sens, les procédés peu courtois que le gouvernement britannique, malgré la convention de ]89(), persistai! à nous prodiguer. Ils ne manquaient pas de lui citer, à l'appui de leurs dires, l'occupation des iles Aldabi'a, dépendance évidente de la grande terre, située à quelques heures de mer de Diego-Suarez, et qu'aucun intérêt économique ne pouvait l'engager à nous contester ■'. D'autres faits n'étaient pas moins significatifs : le consul hova, à Londres, n'était-il pas toujours en fonction, malgré les stipulations précises de 1890 '* ? Le cabinet anglais ne per-
1. P.Ti' I('5 soins ilu [lasleur PanvtU :)0 canons, 27 caisses de l'usils et un stocii important de munitions débarqués, le 6 avril 1893, dans la baie (le Vatomandry par le vapeur anglais llnnler, avaient été livrés au gouvernement hova.
2. Voir, précédenimenl. les déclarations faites à Alger, par liainilaiarivony, à JI. \'assé.
3. Les Anglais avaient lait occuper ces iles, au mois de mai 1892. Pour éviter toute nouvelle discussion au sujet des archipels voisins de Madagascar, la France, deux mois après, prit offlciellement possession des iles Glorieuses, Saint-Paul et Amsterdam.
'(. Ce n'est qu'en 189'i, que le cabinet anglais se décida à retirer son exequatur h M. Proctoi', consul hova à Londres.