‹ Cent annees de rivalite coloniale- L'affaire de MadagascarChapitre 5 sur 32 · I.otlre du 28 juin · texte numérisé non relu

I.otlre du 28 juin

l'IlKMIKUS KTAHI.ISSEMENTS DES I-RANÇAIS A MADAfiASC.MU 13

n'était d(Jf(Midable. Elle tendait, en elïet, à considérer comme « dépcndancfs d(! l'Ile de; Fiance » tout ce qui jadis rcssortissait administrativenient à l'ancien capitaine général des possessions françaises dans l'océan Indien, ce qui était absurde. Le traité de Paris avait évidemment visé les di'pendances géographiques de l'Ile de l''rance, c'est-àdire la ceiatun; d'ilols qui l'entoure (l'ile Plate, l'île llonde, l'ili' aux Serpents, le coin de Mire, l'île d'Ambre, t'tc.) et non passes dépendances administratives. Cela est si A'rai que, les Anglais ayant voulu garder ileux groupes d'îles (pii, tout en dépendant administrativement de l'Ile de France, ne faisaient pas partie de sa banlieue maritime, avaient pris soin de les indiquer nominativement : Ilodrigues et les Seychelles. Comment supposer que le A'ainqueur de 1814, <(ui venait de reconnaître la nécessité d'une mentiou expresse pour ces deux îles de minime importance, eût voluntairi'ment négligé de le faire pour un continent de 600.000 kil. carrés? Mais il y a mieux encore : en admettant la théorie anglaise, qui attribuait à la Grande-Bretagne toutes les anciennes dépendances administratives de l'Ile de France, il eût fallu, de toute nécessité, lui abandonner l'île Bourbon, dont la restitution à la France n'avait pas fait l'objet d'une mention spéciale. Or c'était précisément en vertu des termes généraux du traité que cette île nous avait été rétrocédée. Donc si le mot « dépendances de l'Ile de France » ne s'appliquait pas à l'île Bourbon, il ne pouvait davantage s'appli([uer à ^ladagascar environ trois cents fois plus grande et cinq fois plus éloignée.

Le général Bouvet de Loziers avait donc beau jeu à protester : il n'y faillit pas, et aussitôt que le second traité de Paris du 20 novembre 1815 eut ratifié celui de l'année précédente, il annonça son intention de passer outre aux réclamations de son collègue anglais. Sur quoi celui-ci lui communiqua une lettre de lord Bathurst, datée du 2 no-

vembre 1815, de laquelle il résultait qu'en s'opposant à (oute action française à ^ladagascar, le gouverneur de Maurice n'avait l'ait qu'obéir aux instructions impératives de son gouvernement'.

11 fallut en référer à Paris. Le ministre de la marine, M. du Bouchage, mis au courant de l'incident, se hâta d'intervenir auprès de lord Stuart alors ambassadeur d'Angleterre à Paris, et si l'on en croit son rapport au ministre des affaires étrangères-, celui-ci mit beaucoup de l)onne grâce à l'écouter : il lui déclara même que le droit de la France était incontestable et que notre demande ne pouvait souffrir aucune difficulté; que d'ailleurs il se rappelait avoir entendu dire à lord Castlereagh, lors de la discussion du traité de 1814, que la France n'avait jamais renoncé à la possession de Madagascar, et qu'il n'y avait pas lieu de croire que l'opinion du Foreign-Offlce eût changé.

Il est probable que le diplomate improvisé qui intervenait ainsi auprès de lord Stuart, prit ses propres désirs pour des réalités, sinon, on en serait réduit à accuser le noble lord de la plus insigne duplicité. Quelques années plus tard en effet, lorsque la question de Madagascar revint sur l'eau, on trouve de lui une lettre, dans laquelle il reprend pour son propre compte la thèse de sir Robert Farquhar, et presse son gouvernement de s'opposer à toute tentative sur la grande île, en s'appuyant sur le traité de 1814 ■■.

1. Sir R. Farquhar au général Bouvet de Loziei's, 25 mai 1816. Cilr I)ar Dubois, Un siècle iVexpansion coloniale-

•2. Rapport de M. du Bouchage, ministre de la Marine, au duc dr Richelieu, ministre des affaires étrangères : 30 novembre 1816.

.3 ( Pour moi j'estime que le traité qui a cédé au gouvcrnemeni

de S. M. l'ilc Maurice et ses dépendances, a dépouillé le gouvernement français de tous ses droits à Madagascar, qui fut toujours considérée comme une de ces dépendances en question. « Dépèche de lord Stuart à lord .Vbeideen,23 octobre 1829. Record of/ice.

r m; Mil: Il s liTAiiLissKMiiNTs in:s iuançais v m vuacascar. 15

( hioi qu'il en soit de l'opinion de lord Stuart en ISIG, Ir l'iief du l''oreign-Oflice iinit par comprendre qu'il lui était dillitiio de couvrir les fantaisies de ses subordonnés, et de laisser protester, avec autant de mauvaise foi, la signature (le l'Angleterre. De même qu'il venait de rappeler au respect des traiti'S le trop zélé gouverneur du Si'négal', de même il informa sir Robert Farquhar qu'il ne j)0uvait accepter ses théories eu matière d'interprétation des textes et, le 18 octobre 181G, il lui envoya l'ordre formel de remettre aux autorités fran^-aises les postes que nous occupions à ^Madagascar au 1" janvier 1792 -.

Farquliai' était battu, mais il n'était pas homme à l'avouer, et lorsque le gouverneur de Bourbon lui envoya, eu août ISKÎ, le commandant ^larlin de. Lacroix, pour traiter avec lui de la rétrocession de nos postes malgaches, il avait eu le temps de changer ses batteries et de trouver un autre terrain de discussion. A la demande de l'oflicier français, il répondit qu'il ne demandait qu'à exécuter les ordres de sou gouvernement, mais qu'il s'en trouvait fort empoché, car nulle part il n'avait pu trouver trace de la présence des Français à Madagascar au P"^ jan- \'ier 1792. C'était à la France à prouver la réalite de cette occupation, et jusqu'à ce que nous eussions présenté des

1. Vdii- ilaiis notre pi'Océdent voluino les incidents relatifs à la reprise (le possession du Sénégal, (^cn/ nnniU'sde rirnlité coloniale. L'Afrique, |i. 219.)

•2. «1 Monsieur, j'ai l'honneur de vous informer que S. A. H., le Prince Régent, a bien voulu admettre l'interprétation que le gouvernement fran- <;ais a donnée à l'article au traité de pai.\ du 30 mai 1814, qui stipule la rétrocession de certaines colonies que la France possédait au 1" janvier 1792, dans les mers et sur les continents de l'.Vfrique, et je vous transmets en conséquence les ordres de S. A. B., pour remettre aux autorités françaises de Bourbon les établissements que le gouvernement français possédait sur les côtes de Madagascar, à l'époque susmentionnée. » (Lord Bathurst à sir R. l'arqnliar : 18 octobre 1816.)

16 L'.\Fl'.\inE liK MAIi\GVSC\li.

dociimiTits probants, il n'y avait lieu, de la part de l'Angleterre, à aucune rétrocession'.

l'ûur répondre à cette nouvelle chicane, il eût été bien facile au commandant ]\Iartin de Lacroix d'en appeler du Farquhar de 1817 au Farquhar de 1815, et de lui représenter la lettre que le gouverneur de Bourbon avait reçue de lui le 2 novembre 1815 : « J'ai reçu du gouvernement de S. M., écrivait-il alors, l'ordre de considérer Vile de Madagascar comme ayant été cédée à la Grande-Bretagne sous la désignation générale de dépendances de Vile de France. » Gomme l'avait déjà fait très justement observer notre ministre do la marine-, le gouvernement anglais soutenait alors que l'ile de Madagascar tout entière était française en 1792 et que le traité de 1814 avait eu pour conséquence d'en transférer la souveraineté de la France à l'Angleterre. Depuis lors, le Foreign-Offîce avait renoncé à donner une interprétation aussi abusive au traité de 1814 : il était convenu que ce traité n'avait pas touché aux droits de la France sur Madagascar. Ces droits demeuraient donc tels que la Grande-Bretagne avait voulu se les approprier en 1815. En d'autres termes, les prétentions formulées, en 1815, par lord Bathurst et Farquhar se retournaient aujourd'hui contre eux, et elles autorisaient la France à réclamer la totalité de l'île.

M. Martin de Lacroix n'osa pas aller si loin. Il se borna à indiquer les points que nous occupions avant la guerre. G'était ouvrir la porte à toutes sortes de contestations. Farquhar en profita, et pendant que notre euA'oyé se morfondait à Maurice, compulsant ses dossiers et ergotant sur des textes plus ou moins obscurs, le rusé gouverneur se hâta de prendre les devants. G'était un homme d'action et d'initiative : il allait le prouver avec éclat.

1. Sir R. Farquhar, au commandant Martin do Lacroix. 30 août 1817.

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