CHAPITRE VIII
Mattawa
Dans leurs nombreuses courses vers le lac Témiskamingue et la baie d'Hudson, les Oblats avaient, depuis longtemps, remarqué l'endroit situé au confluent de la rivière Mattawa et de l'Ottawa. Ils songèrent, de bonne heure, à y établir une résidence, car cette position 1 eur paraissait digne de leur sollicitude, attendu que les voyageurs et ouvriers qui montaient vers les chantiers d'abattage des arbres, ou en descendaient, s'arrêtaient, là, comme à un point central. Aussi, quoiqu'il n'y eût encore qu'une famille de blancs fixée en ce lieu, et quelques sauvages campés dans les environs, les Pères Nédelec et Guéguen y passèrent l'hiver, en 1869.
Leur logement y fut, d'abord, très pauvre : une étroite chambre, sous le toit d'une vieille masure, avec deux lits, deux chaises et une table. C'était, à la fois, leur dortoir, leur salle d'étude et leur cour de récréation. Le rez-de-chaussée servait d'oratoire, pendant la semaine. Le dimanche, ils traversaient la rivière Mattawa, pour aller, sur l'autre rive, célébrer le saint Sacrifice dans une modeste chapelle en planches, datant de 1864.
A l'automne de 1870, on mit à leur disposition la moitié d'un immeuble un peu moins misérable. Ils y restèrent jusqu'en 1872, époque à laquelle ils purent se construire, en y travaillant de leurs propres mains, une maison en bois.
Entre temps, leur résidence avait été canoniquement constituée, en 1871, avec le P. Poitras comme directeur.
Autour d'eux, un village se forma et se développa, assez lentement, d'ailleurs. Une quinzaine d'années après, on y comptait cinq cents âmes de population stable et quinze cents de population flottante.
Ce fut un entrepôt important pour le commerce des bois, et surtout pour les approvisionnements nécessaires à l'alimentation des bandes de bûcherons disséminés dans la forêt.
Au printemps, les ouvriers des chantiers venaient s'y reposer de leurs rudes travaux, et y dépenser, sans souci du lendemain, la majeure partie de leur argent si péniblement gagné.
L'agglomération augmentant, de jour en jour, la chapelle fut considérablement agrandie, en 1880 ; puis, rebâtie complètement, en belles el bonnes pierres, sur de plus amples proportions. C'est, maintenant, une fort jolie église, à trois nefs, séparées par d'élégantes colonnes, peinte et dorée avec goût. Aux extrémités de la façade principale, deux clochers élancés et gracieux. Entre eux, sur le fronton, une statue monumentale de sainte Anne, à laquelle la paroisse est consacrée. A l'intérieur, au-dessus de la porte, une large tribune pour les chantres et pour l'orgue. Au fond, une vaste sacristie, toute revêtue de boiseries finement exécutées. •
Mattawa. — Église et maison des Oblats.
Simultanément la demeure des Pères fut remplacée par une maison en Iniques, d'agréable aspect, commode et adaptée aux besoins d'une communauté.
Comme toujours, les écoles suivirent cette progression ascendante : c'esl une tradition constante chez les Oblats. Dès L871, ils en avaient créé m ne, où l'on enseignait, en même temps, trois langues, car on y \ o\ ;iit de petits sauvages assis à côté de Français et d'Anglais. Le nombre