NOTRE-DAME DE GRACE
Incendie et reconstruction.
- Dernièrement écrivait le P. Charpeney, le 27 octobre 1877, notre cité a été éprouvée par trois incendies qui ont détruit des propriétés considérables. C'est pénible de penser que, d'un jour à l'autre, il peut arriver, dans une ville bâtie en bois comme la nôtre, un embrasement épouvantable, auquel rien ne résisterait. Que le Seigneur éloigne à jamais de nous une pareille catastrophe !
Hélas! ce triste pressentiment allait se réaliser.
Le 5 juin 1888, vers deux heures de l'après-midi, le feu éclata à l'Hôtel de Ville, qui servait aussi de marché public, et prit vite des proportions inquiétantes. Excité par un vent violent, il réduisit promp-
Hull.
Le grand incendie.
tement en cendres cet édifice, puis se communiqua aux habitations voisines, sur une étendue de plus d'un kilomètre. Près de cent cinquante maisons furent détruites. L'église, qui venait de recevoir une toiture nouvelle, le presbytère et le couvent des Sœurs subirent le même sort. Le fléau se propagea si rapidement, qu'on ne put presque rien sauver, sauf les vases sacrés et les ornements : chasubles, chapes, aubes, chandeliers et missels. Les Pères perdirent tous leurs meubles, leur linge et leur bibliothèque composée de quatre mille volumes, ainsi que celle de la paroisse, qui en compienait un millier.
A la première alarme, ils étaient accourus, mais entourés presque instantanément par les flammes furieuses, ils avaient dû concentrer leurs efforts uniquement sur la sacristie et le sanctuaire. Quand ce drame, aussi terrible que soudain, fut terminé, et qu'il ne resta que des murs branlants et des ruines fumantes, ils se trouvèrent les uns sans chapeau, les autres avec seulement une vieille soutane et des chaussures à omit ié calcinées, sans abri et sans toit. Mais ils s'oublièrent eux-mêmes, pour donner à la population consternée l'exemple du courage et de la résignation, parcourant en tous sens le théâtre de cet épouvantable desastre, pour consoler les affligés, distribuer des secours et relever les esprits abattus.
Penser au présent ne sullisait pas. Il fallait songer aussi à l'avenir.
Sans retard, 43 n aménagea une chapelle provisoire pour les exercices du culte. L'œuvre de reconstruction commença avec élan et ardeur. La première pierre de la future église qui devait être et plus grande et plus belle, fut solennellement posée, le 15 septembre 1889.
Trois ans plus tard, en la fête de la Noël. 25 décembre 1892, le nouveau temple était inauguré. C'est un vaste monument en pierres ([in. ;'i l'extérieur, sont taillées en bosse. Il est de style romano-byzantin, à trois nefs avec transept ; voûtes surbaissées, colonnes élégantes galeries et tribunes tout le long ; peintures de bon goût ; fenêtres et rosaces à vitraux tamisant la lumière ; orgues puissantes ; chœur spacieux, à triple rang de stalles, tandis que, dans la partie destinée aux fidèles, s'alignent de nombreux bancs, très commodes, en merisier verni.
Au-dessous, une chapelle inférieure, ou crypte, de même longueur et largeur que l'église supérieure.
Sur l'entrée principale, un clocher élancé, ajouré et gracieux, porte la croix dans les airs, jusqu'à plus de quatre- vingts mètres de hauteur.
\ ii de la rive opposée de l'Ottawa, du sommet de la colline du Parlement, ou du pont Royal-Alexandra. l'édifice sacré charme le regard par l'ampleur et l'harmonie de ses proportions.
Contiguë à l'église est la maison des Pères, grande et bien aérée, également bâtie en pierres, avec sept fenêtres de façade, trois étages et mansardes, une bibliothèque bien fournie, un jardinet, un logement séparé pour le gardien et sa famille, une remise et un hangar.
Les écoles aussi furent reconstruites, multipliées et agrandies, au point de pouvoir recevoir plus de deux mille élèves, auxquels des maîtres et des maîtresses capables enseignent les connaissances utiles et la pratique de la vertu.
Hull. — Eglise et maison des Oblats,£avec ses dépendances. (Dans le t. II, ]>. 177, portrait .lu P. Reboul, fondateur'de Hull.
Enfin, se développaient simultanément toutes les œuvres d'un zèle intelligent : associations, congrégations, confréries, sociétés de Saint- Vincent de Paul, sociétés de secours mutuels, union Saint- Jean- Baptiste, union Saint-Joseph, etc. La confrérie de Sainte-Anne pour les femmes mariées eut jusqu'à treize cent cinquante membres ; celle des Enfants de Marie, près de cinq cents ; celle du Rosaire, deux mille huit cents.
Des cérémonies imposantes, et des chants religieux parfaitement exécutés, attiraient, de plus en pjus, les fidèles à l'église. On leur distribuait, abondamment le pain de la parole divine par des prédications fréquentes, soignées et adaptées aux diverses classes : retraites pour les enfants, pour les jeunes gens, pour les jeunes filles, pour les mères de fa mil le, pour les hommes mariés. Les auditeurs à chacune d'elles, se comptaient par centaines. Il y en eut ensuite plus d'un millier. On y prit la salutaire habitude de la récitation, en commun, de la prière du soir et du chapelet.
Toutes ces pieuses industries ont fait de Hull une paroisse florissante et profondément chrétienne.
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