CHAPITRE IX
Archeville. — Ottawa-Est
§ 1 Le Scolasticat Saint-Joseph.
Depuis plus de quarante ans, la Congrégation était implantée au Canada. Quoiqu'elle s'y fût développée considérablement, elle n'y avait pas encore de scolasticat pour réunir les futurs Missionnaires, et les préparer, d'une façon plus immédiate, aux travaux de l'apostolat. Les ressources de la province ne lui ayant pas permis d'acheter un terrain et de bâtir un édifice approprié à ce but, elle plaçait les jeunes recrues dans une aile de notre collège d'Ottawa, pour y suivre les cours de philosophie et de théologie avec les séminaristes du diocèse.
Cette combinaison, à cause de ses inconvénients, ne devait être que provisoire, mais ne dura pas moins, cependant, d'une vingtaine d'années. Le nombre des scolastiques augmentant, il fallait leur procurer un local plus spacieux et mieux adapté à leur genre de vie.
D'abord, par l'achat d'une terre attenante, on agrandit et l'on régularisa une, propriété que la Congrégation possédait à Archeville, faubourg d'Ottawa, sur les bords de la rivière Rideau, maintenant Ottawa-Est, car, dans la suite, ce faubourg fut englobé dans la capitale même.
Des l'automne de 1883, on y creusa les fondations d'une maison, dont la façade aurait près de soixante mètres, en comprenant le corps principal du bâtiment et ses deux ailes, celles-ci peu saillantes en avant, mais se prolongeant beaucoup en arrière. La hauteur totale serait de seize à dix-sept mètres.
Au printemps suivant, les murs sortaient du sol, et le tout fut terminé durant l'été de 1885, On y arrivait, de la route, par une large avenue d'érables, nouvellement plantés, et qui formeraient bientôt une allée des plus imposantes.
L'édifice est en pierres de taille éqnarries, mais non polies, avec leurs joints dessinés au ciment. Chaque étage a onze fenêtres de façade, dont trois sont géminées : une au milieu et une à chaque extrémité Tontes sont reliées entre elles, près de leur sommet, par un cordon de
ARCHEVILLE. OTTAWA-EST 61
pierre en saillie. Le toit, très orné, est à coupes variées et à mansardes. Au milieu, sur le devant, un clocheton élancé et gracieux avec un petit bourdon, qu'on entend, dans tout le voisinage, sonner YAngelus et la fin des récréations passées dans le vaste jardin aux pelouses verdoyantes. Le long de la cime de la toiture aux ardoises de diverses couleurs, courent des crêtes en fer doré. Sur la flèche du clocheton, recouvert de 2inc, une croix métallique domine tout le monument, à l'aspect grandiose et pittoresque. îl peut recevoir une centaine de scolastiques. Dès l'origine, saint Joseph en fut constitué le patron.
On en prit officiellement possession, le 8 septembre 1885, fête de la Nativité de la Très Sainte Vierge. Le lendemain, se fit l'inauguration solennelle, puis commença, dans ce bel immeuble, cette vie de scolasticat, partagée entre la prière et l'étude, coupées, à intervalles réguliers, par les récréations quotidiennes et les promenades hebdomadaires.
§ 2 Le P. M an gin.
Le premier supérieur fut le P. Mangin, « cœur chaud, sous une enveloppe de glace ». Aussi, sans rien enlever au respect qui lui était dû, l'appelait-on aimablement un iceberg. Mais, sous cette impassibilité apparente, se cachaient les trésors d'une bonté profonde, quoiqu'elle ne se manifestât point par ces expressions plutôt factices que réelles, dont d'autres sont si prodigues. Homme d'intérieur et capable de tremper fortement les caractères, on ne pouvait le connaître sans l'estimer, et même sans l'aimer. Il tint le gouvernail jusqu'en 1893. Alors, lui succéda celui que tous, d'un commun accord, appelèrent « le bon Père Duvic ».
Comme, au début, l'appareil de chauffage n'était encore que 1res imparfaitement conditionné, le feu se déclara au premier étage, le 25 janvier 1886, vers neuf heures du matin. Si cet accident avait eu lieu, la nuit, Dieu sait quelles en auraient été les épouvantables conséquences.
Un scol astique, s'en étant aperçu, courut tout affolé che2 le Supérieur :
- Mon Père ! mon Père, s'écria-t-il, le feu !... le feu !...
Avec sa placidité ordinaire, ou plutôt son flegme impertubable, le P. Mangin répondit :
- Le feu!... eh bien! il faut l'éteindre!
Chacun y travailla avec empressement, et. à midi, tout danger était conjuré ; mais une partie du corridor était en cendres.
ARCHEVILLE. ■ — - OTTAWA-EST 63
Par prudence, on enleva du sous-sol, où il constituait une menace perpétuelle d'incendie, le foyer de l'appareil de chauffage. On le relégua dans une dépendance séparée, complétée par une monumentale cheminée
Le P. Mangin.
en briques, et contenant la chaudière, dont la vapeur, par un ensemble de tuyautages, circulait dans tous les étages et dans toutes les pièces de la maison.
Quand, plus tard, le collège d'Ottawa eut été transformé en université, le scolasticat d'Archeville en devint partie intégrante pour la Faculté de théologie.
AU CANADA