ALBANY
1er mars 1864, nous ne mangeons ni crapauds, ni lézards... car il n'v en a point ; mais nous pouvons nous convaincre que les âmes coûtent bien cher et que le chemin du ciel est étroit et raboteux. Néanmoins, ces souffrances n'effrayent pas vos enfants, mon bien-aimé Père ; au contraire : ils les aiment et ils les recherchent, parce qu'ils savent que les fruits de salut sont proportionnés aux travaux et aux peines des Missionnaires.
Chaque année, se renouvelaient les mêmes voyages périlleux, les mêmes privations, les mêmes sacrifices et les mêmes héroïsmes.
La Mission des Sainh-Mnges.
Grâce à tant de dévouement, la mission d'Albany devint de pins en plus florissante ; les chrétiens s'y distinguèrent par leur ferveur et leur piété. Beaucoup arrivaient de fort loin, et parcouraient, parfois, plus de deux cents lieues pour voir le prêtre. Ces pauvres Indiens achetaient, au prix des fatigues les plus rudes, le bonheur de recevoir une bénédiction, d'entendre la parole de Dieu, de se purifier dans les eaux du baptême ou de la pénitence, et de s'agenouiller à la Table sainte.
• — La mission d'Albany, écrivait le P. Nédelec, le 10 novembre 1871, possède une chapelle très convenable et déjà enjolivée par quelques ornementations. Dans leur misère si grande, nos sauvages ont voulu s'accorder le luxe d'un véritable bourdon. C'est la plus belle cloche du pays, et ils l'ont achetée en Angleterre.
A ces néophytes si bien disposés les Missionnaires multiplièrent leurs visites, jusqu'à ce qu'il leur fût possible de se fixer, à demeure, auprès d'eux. Ce projet, longtemps caressé, se réalisa, enfin, au printemps de 1892.
Ce nouvel établissement, fut placé sous la protection des saints Anges. Les premiers à l'habiter furent les Pères François-Xavier Fafard et Guinard, accompagnés du Frère Lapointe. De là ils rayonnèrent ;'i des distances de sept à huit cents kilomètres, et plus encore, vers le nord et l'ouest, prêchant, catéchisant et célébrant la messe en plein air. Les préparatifs sont bientôt terminés, écrivait le P. Fafard. le 22 décembre. Le temple est vaste et splendide. A sa voûte scintillent un nombre infini d'étoiles. En face, s'étend la mer immense, dai laquelle, comme dans un miroir, se reflètent les perfections admir; de son divin architecte. Une forêt vierge en forme les murs, et, dans leur enceinte, des multitudes d'oiseaux accourent. i\ tire-d'ailes, mêler
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leurs chants à celui des enfants des bois, pour louer, bénir, adorer et remercier la Victime sans tache qui s'immole sur ce lointain rivage.
- J'ai cru le remarquer, écrivait un peu plus tard le même Père, la grâce se manifeste jusque sur la figure et dans les yeux des nouveaux baptisés. On ne saurait le nier : la conversion d'un païen est une des plus glorieuses victoires du ciel sur l'enfer. Ausfi le Missionnaire s'estimel-il heureux d'être appelé à participer à une œuvre si divine. Tout, alors, le touche, l'émeut et le transporte. Les lacs, les forêts et les plaines qu'il traverse, lui fournissent la consolante pensée d'être leur premier interprète auprès de leur Créateur et souverain Maître. Oui, il tressaille de bonheur, lorsqu'il peut se dire : Je suis le premier chrétien, le premier prêtre qui foule, de ses pieds, cette terre infidèle!... Ma prière est la première louange qui, de cette forêt, monte vers le trône du Très-Haut !... L'écho se réjouit de répéter mon cantique en l'honneur de Jésus et de sa divine Mère, habitué, comme il l'est, à ne renvoyer que le cri des jongleurs et le bruit de leurs tambours!... Et ces pauvres enfants des bois, c'est de ma bouche qu'ils recueillent, dans leur intelligence, les premiers germes de la vérité, et, dans leur cœur, la première étincelle du divin Amour!... Ces pensées, ainsi que mille autres de ce genre, me ravissent, me transportent, m'enthousiasment!... Combien en sont adoucies les peines et les épreuves inhérentes à ce dur ministère !...