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CHAPITRE XIV

Sur les rives de l'Océan Glacial Arctique

§ 1 Les Esquimaux.

En 1859, à trois cents kilomètres au nord-est de Good Hope, lut construit le fort Anderson, sur les bords du fleuve du même nom, pour la traite des fourrures.

Tout autour ne s'étendent que des terres stériles et nues, vrais déserts parsemés de glaciers éternels, parages chaotiques, plus alïreux encore que les steppes horribles encerclant le Grand lac des Ours. On ne peut rien imaginer de plus triste et de plus désolé. Rien ne rappelle davantage la mort et le tombeau.

Les peuplades avec lesquelles la Compagnie de la baie d'Hudson désirait entrer en relations pour l'intérêt de son commerce, étaient les Esquimaux habitant ces régions infortunées, mais surtout les rives de l'océan Glacial Arctique, depuis les innombrables îles et îlots du vaste delta du Mackenzie jusqu'à la rivière Coppermine (Rivière Mine de cuivre) et au delà.

Ces indigènes avaient la singulière coutume de se percer le bas des joues, à droite et à gauche de la bouche, pour y introduire des osselets, ou de petites pierres rondes, blanches ou bleues, en guise de bijoux.

Outre leur extrême débordement de mœurs qui constituerait un grand obstacle à leur conversion, on aurait à compter avec leur esprit excessivement soupçonneux. D'une profonde duplicité, prompts à la colère et à la vengeance, très cruels, orgueilleux, voleurs de profession, car le larcin, loin de leur paraître un crime, leur semblait une prouesse, ils furent bientôt regardés, par la plupart des traiteurs, comme le rebut de l'espèce humaine : most répulsive <>j the human species.

Le nom Esquimaux, en langue crise et algonquine. signilie mangeurs de viande crue. Ils se nomment eux-mêmes Irmoïts. c'est-à-dire les hommes par excellence, tant la conviction de leur propre supériorité sur tous les autres, est gravée au plus intime du cœur des peuples, qu'ils soient civilisés, ou les plus grossiers de tous.

Sans être des géants, les Esquimaux ne sont pas d'aussi petite taille que beaucoup l'avaient supposé. Les femmes, cependant, sont au-dessous de la moyenne.

Le genre de vie qu'ils mènent, doit certainement influer sur la couleur de leur peau. Enfermés, une grande partie de l'année, dans leur maison de glace, sans soleil, sans fatigue, ils sont moins cuivrés que d'autres

"Esquimau paré de ses affreux bijoux, il La poitrine labourée de coups de couteau pour faire sortir la maladie. i i ii. manière barbare de soigner les malades est une de leurs superstitions el constitue un (\c leurs sortilèges.

constammenl exposés aux intempéries de l'air, et chez lesquels la misère et les privations <le tout genre produisent des effets surprenants. Nos Missionnaires ont vu des sauvages du nord devenir presque aussi noirs que les nègres d'Afrique, à la suite de jeûnes rigoureux au milieu des frimas, quand leur manquent presque entièrement les ressources de la chasse et de la pèche.

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Pendant la belle saison (si on peut l'appeler belle dans ces hautes latitudes, où l'été est si frais et si court), les Esquimaux habitent des huttes construites en bois de grèves emportés par le courant des fleuves, car, sur leurs plages désertes, aucun arbre ne peut croître.

Durant l'hiver, à défaut de bois et de pierre, ils se servent de quartiers de glace, en guise de matériaux ; et d'eau froide, sur le point de se geler, en guise de ciment. Par leur ingéniosité la glace se transforme ainsi en logis semi-sphériques, à l'intérieur desquels règne trop souvent une malpropreté repoussante, mais qui, par la transparence de leurs parois, laissent entrer, comme des plaques de cristal, la lumière du dehors.

Ces habitations originales, ou iglous, protègent contre les vents, les tempêtes et les rigueurs excessives d'un très dur climat, à nul autre semblable.

( )n ne saurait trop admirer comment la divine Providence donne aux Esquimaux, ainsi qu'aux autres hommes, en toutes circonstances et en tous pays, la faculté de dominer les obstacles, en apparence insurmontables, que la nature révoltée sème sous leurs pas.

Un peu de mousse et la chair des phoques, ou des baleines, sulïisent à ces peuplades farouches, pour maintenir leur santé prospère, prolonger leur vie, et les mettre à l'abri de souffrances intolérables, qu'on croirait inévitables dans ces pays alfreux.

La chair du phoque, ou delà baleine, nourrit la famille qui la mange crue, et se revêt de leur peau. L'huile de phoque, ou de baleine, alimente la lampe, dont la mèche consiste en un peu de mousse placée sur une pierre, ou sur le sol glacé. Cette huile nauséabonde est leur seul luminaire, bien triste et bien imparfait. C'est aussi leur seul combustible.

Pour se procurer du feu, les Esquimaux, à l'aide d'une sorte de rouet, font tourner très rapidement une baguette de bois dur, dans un morceau de bois tendre et inflammable.

Ils groupent leurs iglous, ou maisons de glace, en villages, dans les endroits où la pêche du phoque, ou de la baleine, leur promet une subsistance abondante ; dans le cas contraire, ils s'isolent les uns des autres.

Les interminables hivers qu'ils ont à subir, les forcent à plus de prévoyance que les autres sauvages. Cette dure nécessité et les dangers que crée chez eux la lutte pour l'existence, leur ont valu une habileté extraordinaire et un courage à toute épreuve, pour saisir toutes les occasions et toutes les chances de la pêche, si difficile sur la mer Glaciale.

On est surpris de leur adresse à préparer le cuir. Ils réussissent parfaitement à lui assurer une grande souplesse, et aie rendre imperméable, au point qu'ils en font des canots, kayaks et umiaks, extrêmement

précieux : les premiers, effilés, pour la course : les seconds, plus larges, pour le transport du matériel.

Ces kayaks sonl très légers : l'Esquimau en porte facilement un sur sou épaule. Ils sont, de plus, insubmersibles. Le pêcheur s'y installe, <>u plutôt, s'y enfonce jusqu'à la ceinture, et s'y attache, au moyen de larges bandes très flexibles, façonnées avec les intestins de la baleine, e1 fixées à la seule ouverture, très étroite, ménagée au milieu du pont. Dès lors, cet homme semble ne constituer qu'un seul être avec son canot, fermé hermétiquement, de toutes parts, et, ainsi équipé, il ne craint pas il affronter les plus redoutables tempêtes.

Esquimau dans son kayak.

Kn ell'et, les vagues écumantes pourront se précipiter avec furie, secouer en Ions sens le frêle esquif comme un fétu de paille ; le recouvrir entièrement, lui et le pilote, sans que celui-ci soit, le moins du monde, exposé au danger de se noyer. L'embarcation, un instant submergée, remonte promptement à la surface, continue sa marche en avant, à l'assaut des ondes mugissantes, et s'élance, à de grandes distances, loin du rivage.

l'our hi finisse des animaux terrestres, ces sauvages se construisent de curieux traîneaux de glace que tirenl leurs infatigables chiens, et qu'ils conduisent avec une incomparable maîtrise.

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