CHAPITRE III
Londres. Tower -Hill.
§ 1 Le Montmartre londonien.
Lors de son premier voyage en Angleterre, au mois de juin 1850, Mgr de Mazenod, comme nous l'avons raconté, avait douloureusement été impressionné, en constatant le poignant contraste entre la partie occidentale de Londres, le JVe.'it End. aux magnifiques boulevards, sur lesquels s'élèvent les luxueux hôtels de l'aristocratie, et la partie orientale depuis la Tour historique, Toicer, l'ancienne ])rison d'État, centre de la cité, jusqu'aux immenses docks, gigantesques entrepôts du commerce du monde entier, échelonnés sur plusieurs kilomètres, des deux côtés de la Tamise,
Là, était le domicile de la misère noire : labyrinthe de ruelles obscures et fangeuses, masures branlantes, bouges hideux, asiles de la pauvreté et de la souffrance, du dénuement et de la faim.
Devant ce lamentable spectacle, une compassion profonde envahit son cœur, et ses lèvres murmurèrent :
— Oh ! que j'ai pitié de cette foule !... Pauvres gens !... Il leur manque le pain du corps !... Combien plus le pain de l'âme !... Quel prêtre s'occupe de ces malheureux ?... Comme l'un de nos établissements serait bien placé ici !... Où donc les Oblats rencontreraient-ils des âmes plus abandonnées ?... Le bien que nos Missionnaires accompliraient dans ce milieu, serait incalculable !...
A partir de ce jour, le projet d'une maison de sa Congrégation dans les environs de la Tour de Londres, fit l'objet de ses préoccupations constantes. Mais les difficultés à vaincre étaient si nombreuses et les obstacles si grands, qu'il n'eut pas, avant de mourir, la consolation de le réaliser.
Bien des fois, il en avait parlé à ses confidents les plus intimes.
Héritier de son zèle, le T. R. P. Fabre reprit cette idée fjénércu^e. et, au commencement du mois de juillet 1864, il chargea le R. P. Cooke, provincial des Iles britanniques, de se mettre en rapport avec le cardinal Wiseman, pour traiter cette affaire.
L'accueil de l'éminent prélat fut des plus sympathiques. Connaissant les œuvres si méritoires des Oblats en Angleterre, en Ecosse et en Irlande, il assura qu'il les verrait très volontiers se fixer dans son diocèse, persuadé que leur apostolat n'y serait pas moins béni de Dieu.
D'un commun accord, l'endroit choisi pour la nouvelle fondation fut le district de Toicer-Hill. Il s'étend autour de cette Tour fameuse où tant de héros chrétiens s'immolèrent pour la foi.
C'est vraiment le mont des Martyrs, le Montmartre de Londres.
Le savant évêque de Rochester, l'illustre Fisher, et le célèbre chancelier Thomas Morus, y eurent la tête tranchée. Combien d'autres, de toutes conditions, prêtres et laïques, riches et pau\Tes, nobles et hommes du peuple, femmes délicates, mais intrépides, languirent des mois et des années entières, enfermés, pour le même motif, dans les cachots obscurs de cette lugubre bastille î On y voit encore les instruments de torture dont on se servit pour les tourmenter, dans le vain espoir de les contraindre à l'apostasie, durant les longues et sanglantes persécutions d'Henri VIII, d'Edouard VI et d'Elisabeth.
Par le soin des Oblats une éclatante réparation allait être faite à tant de victimes connues et inconnues des t\Tans couronnés. Tout près du lieu où fut dressé l'échafaud et où coulèrent ces flots de sang si pur, s'élèverait un temple en l'honneur des martyrs d'Angleterre.
Ce serait une preuve de plus de la divine vitalité de l'église catholique, contre laquelle les puissances de l'enfer ne sauraient prévaloir. Après trois siècles de proscriptions barbares, elle sortirait radieuse du tombeau où les princes de la terre avaient cru l'enfouir à jamais ! Sur le théâtre même de ses luttes, là où ses ennemis l'accablèrent d'outrages, elle se revêtirait des ornements de sa première gloire, pour proclamer à haute voix le triomjihe du Christ Jésus et son indéfectible royauté.
Pour commencer son ministère, le R. P. Cooke prêcha d'aljord en plein air, sous une arche du chemin de fer qui passe au-dessus du (juartier de Rosemary Lane.
Il loua ensuite une étroite maison à George Street, en face de la Tour elle-même, qu'on apercevait des fenêtres, et près de l'actuel Trinity Squ-are, où un carré sombre sur le gazon désigne encore le lieu des exécutions capitales.
Une chapelle provisoire y fut aménagée. Elle se composait de deux salles n'ayant de communication que par une ouverture percée dans la cloison qui les séparait. Le modeste autel en bois blanc érigé dans la première de ces pièces, restait donc caché à la majeure partie des fidèles groupés dans la seconde. Mais ils entendaient la voix du prêtre, pouvaient s'unir ainsi à sa j^rièrc et écouter les instructions, sermons ou conférences.
Les offices terminés, on tirait devant l'autel un rideau en serge verte, suspendu à une simple corde, et ce double local, si restreint, se transformait en école.
Tels furent les humbles et touchants débuts d'une grande œuvre !
En vue d'un établissement définitif, il fallait, sans retard, se procurer un terrain suffisant. On choisit donc un emplacement à une petite distance de là, dans la rue nommée Great Prescott Street.
La protection spéciale du Ciel se manifesta visiblement dans la manière providentielle dont s'opéra cette acquisition. A peine l'acted'achat était-il signé, qu'un riche juif, un rabbin, se présenta chez le vendeur pour le lui demander, dans le dessein d'y construire une synagogue.
Impossible de décrire son désappointement, quand il apprit qu'il arrivait trop tard !... Mais, la première surprise passée, et dans la conviction que l'or finit par avoir raison de tout, il se précipita aussitôt chez les Oblats, et leur proposa, pour l'obtenir, une somme fort supérieure à celle qu'ils avaient dépensée.
Nouvelle déception !... Ni son éloquence, ni ses offres alléchantes n'eurent le moindre succès.
Très étonné que les Missionnaires des pauvres fussent à ce point insensibles à ses arguments qu'il croyait irrésistibles, il garda son or en maugréant, et les Oblats gardèrent le terrain, très heureux de penser qu'au lieu d'une synagogue insultante pour leur foi, s'élèverait, là, un temple à la gloire de leur Immaculée Mère et des Martyrs anglais.
Sur ce terrain, se trouvait une maison, petite, mais assez convenable, chose rare alors dans ce quartier. Elle devint l'habitation des Pères.
A côté, avec une rapidité qui tient du prodige, surgit, en quelques semaines, un édifice temporaire à charpente de fer. Une partie, exclusivement réservée au culte, formait l'église proprement dite. Le reste était affecté plus spécialement à des réunions, meetings et conférences, le dimanche et dans certaines circonstances ; mais, les autres jours, constituait une école de dimensions assez notables, pour que déjà plusieurs centaines d'élèves y reçussent une éducation chrétienne.
L'ouverture de la chapelle se fit le 12 décembre 1865, fête de la Translation de la Santa Casa de Lorette.
Dès le principe, les offices y furent célébrés avec solennité. Douze enfants de chœur servaient à l'autel. Des chants harmonieux accompagnaient les cérémonies saintes. Tout était réglé en détail et parfaitement organisé.
§ 2 Difficiles entreprises menées à bonne fin.
Longtemps les Pères durent se contenter de leur église temporaire et de leur étroite maison, car, là, comme à Rock-Ferry et à Liverpool, ce qui pressait le plus était la construction de vastes écoles.
Dans ce but, un meeting fut convoqué, le 31 décembre 1865. D'année en année se succédèrent des réunions de ce genre si conformes à l'esprit anglais. On y prononce des discours, et on y adopte des résolutions ; mais souvent il y a plus de paroles que de résultats pratiques.
Plus d'une fois des motions votées avec enthousiasme et à l'unanimité, viennent tristement aboutir aux oubliettes. Pour éviter cette mésaventure, il est opportun d'instituer un comité chargé d'entretenir le feu sacré et de veiller à l'exécution des mesures prises.
Les Oblats de Toicer-Hill se gardèrent de négliger cette précaution. Par ce moyen, ils gagnèrent à leur cause non seulement des catholiques, mais aussi des ministres protestants et des juifs. Si l'on songe combien étaient alors invétérés contre l'Église catholique les préjugés des sectes dissidentes, la chose paraîtra absolument extraordinaire.
Néanmoins, ce ne fut qu'au mois de juin 1870 que l'on put, enfin, poser la première pierre de ce qu'on appellerait aujourd'hui un « palais scolaire ». Palais, il le serait par ses dimensions, quoique tout dût y être simple et sans prétention aucune de visée artistique. Le plan comportait trois étages divisés en pièces spacieuses et bien aérées. Les unes serviraient de salles d'asile pour les tout-petits ; les autres, de classe pour les adolescents, garçons et filles ; plusieurs, en outre, seraient affectées à un protectory, c'est-à-dire à un patronage pour les jeunes personnes de quatorze à vingt ans.
En moins de deux années, cet édifice conçu pour douze cent cinquante élèves, fut terminé. Il coûta plus de deux cent mille francs.
On l'inaugura solennellement, le 25 avril 1872, en présence de Mgr Manning, successeur du cardinal Wiseman, et de nombreuses notabilités de l'aristocratie anglaise. Signalons, en particulier, le duc de Norfolk, lord Howard de Glossop ; des députés au Parlement, tels que MM. Monsell, Maguire, Héron ; des personnages influents comme Sir John Bennet, membre du bureau des écoles de Londres, Sir George Bowyer, etc.
Dans le comité préposé à la centralisation des offrandes, on voyait des dames du plus haut rang, telles que Lady Londonderry, Lady I)en))iL'li, Lady Georijina Fullerton, etc..
Aux Sœurs de la Sainte-Famille lut confiée la direction des écoles de filles, comme elles l'avaient déjà dans les établissements similaires créés par nos Pères à Liverpool, Rock-Ferry, Leeds, Sicklinghall. Elles s'acquittèrent de ces fonctions, à la satisfaction générale.
.Dans son discours d'inauguration, Mgr Manning n'hésita pas à affirmer que les écoles de Toicer-Hill étaient les plus belles de son diocèse.
Sans retard, les Oblats s'occupèrent, alors, de la construction de l'église définitive. Ils s'y dévouèrent avec tant d'ardeur, que la première pierre en fut posée durant l'été de l'année suivante.
La série des meetings continua donc. Aux noms des membres de l'aristocratie et de la bourgeoisie cités précédemment, ajoutons ceux du comte de Denbigh, de Lord Osborne, de Lord et Lady Emly. de Lord O' Hagan. de MM. Sullivan et Owen Lewis, députés au Parlement ; de Lady Herbert de Léa, de M'"^ la marquise de Lothian, de la comtesse Batthiany, de M. O' Donnel, etc..
Ces réunions ne furent pas sans résultat, car, le 22 juin 1876, l'église fut solennellement inaugurée par le cardinal Manning. Ce jour-là, le quartier de Tozver-Hill i:)rit un air de fête, et la Prescott Street, en particulier, présenta un coup d'oeil superbe, avec ses nombreuses oriflammes, flottant joyeusement et attirant les regards de tous. Une foule immense se pressait aux abords de l'édifice : protestants, juifs, catholiques, mêlés ensemble, prenaient part à la commune joie.
A l'évangile de la messe pontificale, le cardinal prononça un magnifique discours, et le commença par un éloge des plus flatteurs à l'égard des Pères de Tozver-Hill.
L'église est de dimensions suffisantes pour la population, grâce à de vastes tribunes qui l'entourent presque en entier. On l'agrandit encore dansia suite, par l'adjonction de deux jolies chapelles, à droite et à gauche du maître-autel. Elle est devenue ainsi l'une des plus remarquables de Londres.
Dans le sous-sol se trouvent des salles spacieuses pour les réunions de jeunes gens qui viennent y passer d'agréables soirées. C'est le moyen de les mettre à l'abri des nombreux dangers, auxquels leur âme serait exposée dans les rues ou les établissements profanes de cette capitale, rendez- vous des coureurs d'aventure du monde entier.
Désormais, les Oblats pouvaient justement être fiers de leur œuvre. Le P. Cooke surtout, et le P. liing qui, après avoir été l'un de ses premiers III 22
collaborateurs, lui succéda dans la charge de provincial, eurent la princii:)ale part du mérite dans ces créations, si utiles pour cette population, autrefois si abandonnée. Aussi a-t-on pu dire, en toute vérité, que non seulement leurs noms sont gravés sur le marbre, en reconnaissance de leur dévouement, mais qu'ils sont, de plus, inscrits dans les cœurs.
Quand ils traversaient les rues de ce pauvre quartier à la régénération duquel ils avaient travaillé si efficacement, enfants, hommes et femmes multipliaient à leur égard les marques du plus profond et du plus confiant
Londres. Tower-Hill.
Portail de l'église.
LONDKES. TOWER-HILL
respect. Beaucoup ue se couteutaient pas de les saluer ou de leur faire des révérences, mais baisaient leurs mains ou leur habit.
C'est que, avec le temple matériel, ils avaient élevé le temple des âmes, et répandu largement les bienfaits pour secourir toutes les infortunes.
Dès la première année de leur séjour à Toner-Hill, ils y avaient donné une grande mission. Elle eut le plus merveilleux succès, et souvent, ils
furent obligés de rester jusqu'à minuit et même davantage pour entendre les confessions.
Le bien produit fut entretenu ensuite par des réunions régulières et fréquentes, nous dirons plutôt quotidiennes, alternativement pour des catégories distinctes de la population : réunions d'hommes, de jeunes gens, déjeunes filles, de femmes mariées.
Une autre mission fut de nouveau prêchée pendant le carême de 1868. Non seulement elle rendit les catholiques plus pieux, mais elle décida la conversion d'un bon nombre de protestants, et même de trois ministres de l'hérésie, ce qui eut un grand retentissement à Londres.
C'étaient justement des membres de la High Church, qui s'étaient fixés j)eu auparavant dans le voisinage, à Well-Close Square. Ils vinrent écouter les Pères durant la mission, et cette démarche, probablement inspirée d'abord par la curiosité, fut le principe de leur salut. Touchés par la grâce, ils comprirent leur erreur, ouvrirent leur âme aux enseignements de la foi, et, sans tenir compte des intérêts de la terre, embrassèrent la vérité, aussitôt qu'elle leur fut connue.
Contraints de quitter le presbytère protestant, ils s'établirent dans la maison des Oblats, afin d'être à portée de leurs ouailles, dont les visites se succédèrent presque sans interruption. Tantôt des amis, les larmes aux yeux, éprouvaient le besoin de saluer ces ministres qu'ils avaient aimés,
Le P. Ring.
(Le portrait du P. Cooke est dans le t. I, p. 599.)
qu'ils estimaient encore, mais qu'ils n'avaient pas le courage de suivre dans leur nouvelle voie ; tantôt des cœurs ébranlés déjà cherchaient lumière et force auprès de ceux qui, jusqu'à ce jour, avaient été leurs conseillers intimes.
Il ne suffisait pas aux Oblats de se dépenser sans mesure jDOur le district si difficile dont ils étaient spécialement chargés. Leur influence rayonnait loin du quartier de Toiver-Hill.
Sur l'invitation de l'autorité diocésaine, les Pères Cooke, Fox, Gubbins et Ahearn prêchèrent une mission, un mois durant, dans l'église de l'Assomption, située près de Régent Street et de Charîng Cross, au jioint le plus central de Londres.
En commençant, les Missionnaires sentirent qu'ils auraient à combattre le démon dans un de ses plus redoutables retranchements. Cette première impression se changea bientôt en certitude.
Quelles industries fallacieuses et criminelles, de la part du monde, pour perdre les âmes se dévoilèrent à leurs regards !... Il faudrait vaincre ce que l'iniquité a de plus raffiné et de plus séduisant !
Placée au milieu de centaines de maisons de jjlaisir, l'église pourraitelle soutenir une concurrence victorieuse, et attirer la foule dans ses murs, en lui présentant la Croix ?
Cette question fut vite résolue, et, devant l'affluence toujours croissante, on s'ajjerçut que l'église était manifestement trop petite.
Pour répondre aux ])ieuses exigences des auditeurs, on régla qu'il y aurait quotidiennement quatre prédications : deux le matin, et deux l'après-midi. Le reste du temps serait consacré aux confessions. Elles furent si nombreuses que souvent les Pères ne quittaient le tribunal de la Pénitence que deux heures après minuit.
Magnifique fut la double cérémonie de clôture. Tune pour les hommes, et l'autre pour les femmes, car les hommes suffisaient à eux seuls à remplir
Le P. Gubbins.
l'église. Quelle fut imposante et émouvante la seène du renouvellement de leurs promesses du baptême ! Plusieurs prêtres, entre autres des jésuites, déclarèrent qu'ils n'avaient jamais rien vu de si beau.
Un bon nombre de protestants se convertirent au cours de la mission, et reçurent le baptême.
C'est avec des larmes aux yeux que le chanoine Hearn, vicaire général,
remercia ])ubliquement les Pères du bien immense qu'ils avaient opéré.
A ces campagnes apostoliques succédaient, parfois, des périodes de combat ])lus critiques encore.
Quand le choléra, transporté des colonies ])ar les navires ou les marchandises contaminées, fondait sur la capitale, il frappait les coups les plus rudes et les plus répétés dans le district de Toiver- Hiïl, où l'agglomération de tant de personnes dans des maisons étroites et malsaines, offrait à la contagion autant de victimes incapables de se i^rémunir contre ses attaques.
Dans ces doulovu'euses circonstances, le zèle des Pères s'élevait jusqu'à l'héroïsme.
Jour et nuit, ils accouraient au chevet des malades, ne craignant pas, même pour les })lus pauvres, d'exposer mille fois leur propre vie. Leur infatigable charité pour les plus indigents étonnait les ennemis de notre foi, qui ne pouvaient s'empêcher d'opjjoser un dévouement aussi sublime à la prudence trop humaine de leurs ministres. Que de préjugés tombèrent alors ! L'estime et l'admiration remplacèrent le mépris et la haine.
A ce revirement d'opinion on doit attribuer le concours que des protestants et des juifs donnèrent aux Oblats, quand ceux-ci entreprirent de bâtir leurs écoles et leur église.
Mais quelle affreuse misère laissait le fléau après son passage parmi des foules qui, auparavant, manquaient du nécessaire ! Que de familles privées de leur unique soutien ! Que de veuves î Que d'orj^helins et d'orphelines !...
Le P. Fox,
A tant de déshérités, il fallait, en toute hâte, procurer des secours indispensables. Mais à qui s'adresser ? Les riches protestants s'étaient si souvent montrés sans cœur pour les catholiques pauvres !... et les catholiques riches étaient si rares à Londres !...
Dans ce pressant besoin, le P. Ring écrivit au lord-maire que beaucouji accusaient, cependant, de partialité contre les « romanistes » dans la distribution des largesses publiques. Ce personnage lui répondit d'instituer un comité. On verrait ensuite. La condition ayant été remplie, on envoj'a un premier secours de cinquante livres sterling, soit douze cent cinquante francs.
C'était beaucoup, et c'était peu ! Quid hœc inter tantos !
Sur ces entrefaites, le curé protestant de TonerHill, ayant appris que des secours étaient accordés aux catholiques, voulut en obtenir pour ses paroissiens, et, à son tour, s'adressa au lord-maire. Celui-ci répondit qu'un comité existant déjà dans ce district, il devait se mettre en rapport avec lui, et, par ce moyen, entrer en ])articipation des subventions (pii lui seraient allouées dans la suite.
Le révérend ministre ne se le fit pas répéter deux fois. Il vint avec ses vicaires chez les Oblats qui les accueillirent en toute charité. Voilà donc les protestants, pasteurs en tête, obligés d'aller demander des subsides à un comité catholique, officiellement reconnu par Tautorité civile, et siégeant dans une maison de religieux !
.Depuis trois siècles, rien de semblable ne s'était vu en Angleterre ! Mgr Manning félicita chaleureusement les Pères de ce résultat, au(|uel il attachait une grande importance.
Auparavant, dans des circonstances analogues, que de fois les pauvres catholiques irlandais de Tozver-Hlll avaient subi les attaques les plus cruelles contre leur conscience ! On ne leur promettait un morceau de pain qu'à la condition qu'ils fussent prêts à le paj-er par l'apostasie.
A ])artir de ce moment, les relations entre les ministres et les Pères furent des plus cordiales. Le curé protestant voulut absolument les avoir, un jour, à sa table. Ils acceptèrent par condescendance, et, peu après, lui rendirent l'invitation avec une aima])le courtoisie.
Que les temps étaient changés ! Se trouvait-on vraiment dans cette Angleterre d'Henri VIII, d'Edouard VI et d'Elisabeth, où, il y avait à peine un siècle, les catholiques étaient traqués comme des bêtes fauves, et obligés de se cacher pour prier .Dieu !
Très satisfait des succès apostoliques des Oblats, l'Archevêque les pria de se charger également de desservir la mission allemande, située à (juclqucs minutes de Prescntt Street. Il y avait eu, là, de profondes dissensions ; mais, grâce au zèle prudent des Pères, la concorde se rétablit.
Plusieurs années après, cette église, par suite de quelque vice de construction, s'étant écroulée, ils travaillèrent à la rebâtir dans de meilleures conditions de solidité.
Au milieu de tant de préoccupations diverses, et dans l'entraînement d'un ministère si absorbant, les Oblats avait pensé à tout... excepté à eux-mêmes. Longtemps; ils n'eurent qu'une habitation petite et très incommode. La première pierre de leur maison ne fut posée que le 9 mai 1881.
Londres. — Tower-Hill.
Maison des Pères attenante à Téglise.
Pendant que ses murs s'élevaient, ils eurent une consolation bien plus grande : celle de prendre jîossession de la Tour de Londres elle-même. Ils furent les premiers prêtres catholiques autorisés par le crouvernement à y célébrer la messe.
Quelle indicible émotion remplissait leur âme, tandis qu'ils offraient If saint sacrifice dans une salle voisine de la cellule où le glorieux Fisher fut enfermé plusieurs mois avant son martyre... tout près aussi du fameux donjon où Thomas Morus, Philippe Howard, d'Arundel et tant d'autres se préparèrent à verser leur sang pour la cause de Jésus-Christ !
Les Oblats y prêchèrent à de pieux assistants privilégiés. Avec eux ils chantèrent le Te Deum de la reconnaissance jiour cette nouvelle victoire de l'Église immortelle, et prièrent pour le retour de l'Angleterre à la vraie foi.
Ce ne fut pas là, d'ailleurs, un fait isolé : il se renouvela. Les Oblats dédièrent à saint Pierre-ès-Liens la chapelle qu'ils ouvrirent définitivement dans cette sombre forteresse, illustrée par la présence de tant de héros chrétiens. Ils y organisèrent le service religieux en faveur des employés catholiques et des soldats irlandais.
De nos jours, le quartier de Tozcer-Hill ne présente j)lus le même aspect. L^^n grand nombre de ses vieilles maisons, foyers permanents de maladies contagieuses, ont été démolies par les soins de la municipalité. Sur ce sol, nivelé complètement, ont surgi de confortables demeures. Dans les rues élargies, pénètrent en abondance l'air et la lumière, sources fécondes de force et de santé.