‹ Cent ans d'apostolat dans les deux hémisphères (volume 4)Chapitre 36 sur 54 · CHAPITRE VII Belcamp · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII Belcamp

§ 1 14 n manoir seigneurial.

Pendant plus de quatre ans, les scolastiques exilés d'Antun avaient reçu, de la part des Pères Missionnaires d'Inchicore, une aimable hospitalité, dans leur spacieuse et commode maison. Unies par les liens de la charité fraternelle et pénétrées d'un même esprit, les deux communautés vivaient d'une même vie. Les travaux différents auxquels elles se livraient, imposaient, cependant, parfois, des divergences à leurs règlements respectifs. Leur juxtaposition dans le même local avait donc toujours été considérée comme provisoire.

Toute espérance de rentrer prochainement en France s'étant évanouie, on acheta, le 2 janvier 1885. un immeuble pour le scolasticat, à six kilomètres au nord de Dublin, et non loin de la mer.

Charmante résidence, Belcamp mérite bien son nom.

Deux avenues y conduisent. L'une, au sud, quand on vient de la capitale de l'Irlande, et l'autre, à Test, quand on remonte du rivage.

Celle du sud, la plus jolie et la mieux entretenue, s'avance entre une double haie de mélèzes, de hêtres et de lauriers-thyms : s'approche de deux petits lacs parsemés d'îlots et peuplés d'oiseaux aquatiques <|ui \ prennent leurs ébats ; puis, traverse un bois de grands arbres, et arrive ;i la maison, cachée jusque-là par l'épais feuillage <pii l'entoure.

L'avenue de l'esl est plus majestueuse encore. Pendant un kilomètre, elle longe une fertile prairie, puis continue entre deux lignes imposantes d'arbres de hautes futaies, et aboutit, comme la précédente, ;i un portail en fer.

Au centre d'un m assit' de verdure qui lui l'ait un superbe encadrement, s dresse l'habitation, <pii n'a aucune prétention architecturale, du moins a l'extérieur, avec Bes façades construites en briques.

BELCAMP

Composée d'un sous-sol, d'un rez-de-chaussée et de deux étages, elle est presque carrée, ayant vingt-deux mètres d'un côté et dix-sept de l'autre. Dans le sous-sol, entièrement voûté et aux larges fenêtres cintrées, se trouvent le réfectoire, la cuisine, les offices et quelques autres salles bien aménagées ; de sorte que, grâce à ce sous-sol, la maison est bien plus grande qu'elle ne paraît d'abord.

Afin de donner en abondance l'air et la lumière à ces appartements

Belcamp.

Façade de l'ouest et porte d'entrée.

inférieurs, on a creusé tout autour un fossé large de deux à trois mètres, avec glacis ; fossé qui peut servir d'endroit de promenade aux heurts de silence.

Un magnifique vestibule de neuf mètres de long sur six de large et près de cinq de haut, occupe le centre du rez-de-chaussée. A droite est le parloir, puis la salle d'étude, de même grandeur à peu près que le vestibule. Son plafond est à rinceaux nuancés de rose, de vert et de bleu, avec les signes du zodiaque en relief, et, au milieu, un étincelant Phaéton, fouettant à tour de bras les nobles coursiers qui l'emportent sur un char de feu.

On eût préféré, là, quelque scène biblique ou chrétienne, par exemple

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l'enlèvement du prophète Élic. J)e même, on ne savait que faire d'une rangée de coffres- fort s dissimulés dans un mur, et où les anciens propriétaires cachaient leurs trésors, pour les mettre à l'abri des entreprises des voleurs.

Sur la cheminée, en marbre précieux délicatement travaillé, est un Hercule couché sur la peau d'un lion, tandis que deux Lilliputiens, avec des cordes qu'ils lui ont attachées aux membres, s'efforcent de l'entraîner, sans réussir à troubler son repos.

Autrefois, cette salle était la bibliothèque. Les romans de Walter Scott et de Dickens, les drames de Shakespeare et autres écrits du même genre, plus ou moins hétérodoxes, y cédèrent la place aux œuvres de - Thomas et à celles de ses doctes commentateurs.

Entre deux niches, au fond du vestibule, une- porte introduit dans un salon à la forme ovale, originale et gracieuse, avec des moulures don es et une corniche sculptée d'un fort beau dessin. Il est éclairé à son extrémité par trois grandes fenêtres, en forme de portes <|ui s'ouvrent sur un large perron en granit, descendant sur une vaste pelouse. On en lit la salle des exercices.

A gauche, une salle de même grandeur que la salle d'études, tut transformée en chapelle. Elle avait tout autour, comme les autres pièces du rez-de-chaussée, une corniche, mais plus riche, et au-dessous de laquelle se déroule une élégante chaîne de petits calices, reliés entre eux par une guirlande de fleurs en relief. Un rideau en stuc, se détachant artistemi Qt du mur, semblait avoir été mis là justement pour encadrer l'autel et la statue du Sacré Cœur. Cet appartement était autrefois la salle à mai l" r des jours de réception, salle de festin pour les invités de marque. Elle devint la salle de la sainte Table, et fut si bien aménagée que toi portait au recueillement et à la piété.

Une porte à deux battants, percée dans le côté gauche du vestibule, conduit au grand escalier, dont les marches sont d'une pierre si fine qu'< lie ressemble au marbre. Quelle grâce et quelle légèreté dans les courbes! La voûte surbaissée qui le soutient, est égalemenl orme d'admiri reliefs : trophées de chasse: instruments de musique, violons et autres; festons, guirlandes, Meurs de toutes sortes.

I.- s étages supérieurs présentent une disposition analogue. Au n • de quelques cloisons, il l'ut facile de transformer les pièces du premier en chambres pour les Pères professeurs, <t celles du second en dort

pour les scolast iipies.

Sur la toiture, une terrasse permet <l< contempler le paysage i i -on nant <t la propriété eu entier. Ell( ne contient pas moins de quai

BELCAMP

hectares, dont trente sont convertis en prairies verdoyantes, et dix sont plantés de beaux arbres : ifs, cyprès, sapins, lauriers, abrités contre les rafales du sud-ouest par des arbres géants, vrais colosses séculaires. Quelques-uns de ceux-ci se rapprochent de la maison, comme des sentinelles avancées. Il en est dont les branches couvrent une circonférence de plus de trente mètres de diamètre.

Vers le nord, une petite colline borne l'horizon à un demi-kilomètre ; mais, en arrêtant la bise glaciale, préserve des morsures de l'aquilon.

A l'est, au contraire, le regard libre de s'étendre sur une plaine qui s'incline de plus en plus sur un espace de près d'une lieue, contemple l'Océan dans son immensité et sa splendeur. On distingue, près du rivage, la petite île connue sous le nom d'Œil de l'Irlande, IrelancVs Eye, aux rochers d'un effet si pittoresque, entourés de récifs contre lesquels la mer s'élance parfois avec tant de furie.

Vie de travail et de piété.

Dans cette délicieuse solitude de Belcamp, les études philosophiques et théologiques reprirent avec une nouvelle ardeur.

Fréquemment les soutenances publiques de thèses aiguisaient l'esprit non seulement de ceux qui devaient les défendre contre de vigoureuses

Belcamp. Façade de Test, sur la pelouse,

laissant voir une partie du sous-sol et la courbe extérieure du salon ovale.

EXPANSION AU DEHORS A LA SUITE DES EXPULSIONS

attaques, mais aussi de tous ceux qui, assistant à ces joutes intellectuelles, s'y préparaient à l'avance, et y prenaient un vif intérêt. A l'étude des sciences sacrées ils joignirent celle de la langue anglaise, si importante, ou plutôt indispensable dans la plupart de nos missions. Tous devaient arriver à la comprendre et à la parler couramment.

Et comme cette solitude favorisait l'accomplissement intégral de la Règle ! Difficilement on se fût trouvé, ailleurs, plus à l'abri de toute influence capable d'introduire la dissipation du monde, et de porter atteinte soit à l'esprit, soit à l'exercice de la vie religieuse.

La piété elle-même gagnait au milieu de ce merveilleux décor. Le silence et le mystère des bois, les frais ombrages et les larges avenues, la verdure des prairies et la masse imposante des grands arbres, le parfum des fleurs et le chant des oiseaux : tout invitait au recueillement et à la méditation : tout élevait l'âme vers Dieu et les choses invisibles, dont les beautés de la nature, dans leur muet langage, parlent néanmoins avec tant d'éloquence.

Quelques années après, comme nous aurons à le dire dans les pages suivantes, le seolasticat, afin d'être moins éloigné de la France, fut transféré, d'abord en Hollande, puis en Belgique. Mais la magnifique propriété de Belcamp ne tarda pas à être utilisée pour le juniorat de la province britannique. La maison fut, alors, considérablement agrandie par l'adjonction de deux ailes. Ce bel établissement a gardé, jusqu'à nos jours, cette seconde destination.

it< Icamp, agrandi et transformé en juniorat.

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