‹ Cent ans d'apostolat dans les deux hémisphères (volume 5)Chapitre 11 sur 83 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Fondation de la Congrégation des Sœurs des SS. Noms de Jésus et de Marie

Commencements d'une grande œuvre.

Il existe, répandue dans presque toute l'Amérique du Nord, une puissante Congrégation de femmes enseignantes, qui distribue les bienfaits de l'éducation chrétienne à plus de trente mille enfants. Dans les plus importantes villes du Canada et des États-Unis, elle possède de superbes établissements.

Sa première Supérieure générale fut la Révérende Mère Marie-Rose, dans le monde M^^^ Eulalie Durocher, sœur des deux Pères Oblats de ce nom.

D'une santé délicate, on l'avait crue, d'abord, organisée plutôt pour la souffrance que pour l'action. Mais, sous une enveloppe fragile, elle cachait une âme d'élite, altérée de sacrifiée et douée des plus vives énergies.

Sa faiblesse physique l'avait empêchée de suivre l'inclination qui, depuis longtemps, la portait vers l'état religieux. Agée de près de trente ans, elle se trouvait, à Belœil, chez son frère, M. Théophile Durocher, curé de cette paroisse, quand les Oblats arrivèrent à Saint-Hilaire, qui n'en est séparé que par le Richelieu. N'ayant pu découvrir, jusqu'alors, par quel chemin le Seigneur désirait la conduire, elle confia la direction de sa conscience au P. Telmon, dont Dieu se servit pour mettre un terme à ses perplexités.

Non seulement elle progressa rapidement dans la perfection, mais, d'après ses conseils, elle travailla efficacement à la sanctification des autres. Un essaim de jeunes filles se forma autour d'elle. Le P. Telmon les groupa en Congrégation de la Sainte Vierge, ce que l'on taxa, alors, de nouveauté, car le Canada ne possédait pas encore ce genre d'association que les Oblats ont implanté et popularisé dans le pays (1).

(1) The first Parochial Sodality of the Children of Mary in Canada, was organised by the Oblates, soon after their arrivai... at Belœil ; Miss Eulalie Durocher was its Superior... Cf. Mother Mary-Rose, in-S», Montréal, 1911, cli. m, p. 26.

Le curé de Bclœil, frère trEulalie, se montra lui-même, d'abord, carrément opposé à ce projet :

— C'est un feu de paille, disait-il. Cela ne saurait durer. Je connais les jeunes personnes d'ici. Elles ne profiteront aucunement de ces réunions, et deviendront plus coupaliles par l'abus des grâces.

Nonobstant cette sombre prophétie, un succès indéniable couronna les efforts de l'apôtre. Les premières enrôlées persévérèrent, et eurent beaucoup d'imitatrices. Parmi elles, plusieurs, s'éloignant de plus en plus des fausses joies de la terre, entrevirent le sublime idéal du don complet d'elles-mêmes à Dieu.

Les nombreuses missions déjà prcchces })ar le P. ïelmon, lui avaient révélé combien négligée était, alors, l'éducation des jeunes filles. Rares étaient les écoles congréganistes. On n'en comptait pas une quinzaine pour tout le Canada. Lacune des plus regrettables. Mais de quelle manière y pourvoir ?

Désigné comme délégué au Chapitre général du mois d'août 1843, le P. Telmon conçut le dessein de ramener de France une colonie de Religieuses enseignantes des Saints Noms de Jésus et de Marie, fondées à Marseille par le P. Tempier, avec l'approbation de Mgr de Mazenod. Eulalie entrerait dans leurs rangs et })lusieurs de ses compagnes l'y suivraient.

Quelques mois après, le P. Telmon retournait seul, sans les coopératrices souhaitées ; mais il amenait celui que la Providence avait choisi, pour conduire, dans les voies de la perfection, les premiers membres d'un nouvel Institut, calqué sur celui de Marseille, et portant le même nom.

Cet homme était le P. Allard, désigné pour diriger le noviciat des Oblats, transporté à Longueuil, depuis le mois d'août 1842.

Par ses prédications, le P. ïelmon procurerait des sujets, et le P. Allard, contraint à la vie sédentaire par ses fonctions, s'occuperait des aspirantes à la Société naissante, pour les former aux vertus de leur saint état.

Religieux austère, rigide pour lui-même et pour les autres, un peu trop méticuleux peut-être, le P. Allard était d'une inflexible régularité et d'un dévouement sans bornes. Il ne resta que six ans à Longueuil, fut, de là, envoyé à Bytown, puis dans l'Afrique australe, où, sacré de l'onction des pontifes, il fonda le vicariat apostolique de Natal.

Qu'on nous permette de placer ici un souvenir personnel.

Jamais nous n'oublierons l'édification constante reçue de lui, pendant les quelques années que, jeune prêtre, nous l'avons fréquenté, au déclin de sa laborieuse existence.

Archevêque, il s'était retiré à Rome, dans cette même maison où

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