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CHAPITRE IX

En Colombie britannique

Projet d'évangélisation.

Dès les premières années de son séjour en Orégon, Je P. Ricard avait jeté les yeux sur la Colombie britannique, pensant que les Oblats auraient, là, un champ immense à défricher et un bien réel à accomplir.

— Dans ces régions, écrivait-il, le 30 août 1850. au Supérieur général, les sauvages sont en nombre considérable, et forment des tribus importantes. On les dit assez féroces. Leur réputation de barbarie vient surtout, je crois, de leur usage, encore en vigueur, de tuer une foule d'esclaves, quand meurt un grand chef, afin que ses serviteurs l'accompagnent dans l'autre vie. Mais ce n'est pas la soif du sang qui les pousse à cet acte de cruauté : c'est une charité mal entendue envers le défunt... Aucun prêtre n'a mis encore le pied sur leurs terres. Ne serions-nous pas destinés à lem* apporter la bonne nouvelle de l'Évangile ?

Sept OU huit ans, néanmoins, devaient s'écouler, avant qu'il fût possible aux enfants de Mgr de Mazenod d'exercer leur zèle dans cette contrée, à elle seule presque aussi vaste que la France, car elle s'étend sur plus de mille kilomètres du sud au nord, entre les quarante-neuvième et soixantième degrés de latitude.

Quel tableau ravissant elle offre au touriste !

Au fond, une chaîne de montagnes altières, élevant jusque dans les nues leurs cimes couronnées de neiges perpétuelles. En avant, sur les contreforts de ce cadre gigantesque, des forêts touffues, aux arbres plusieurs fois séculaires, et dont la sombre verdure se détache vivement sur la blancheur immaculée des glaciers lointains.

Plus bas, de riantes vallées ; des gorges profondes, traversées par de belles et larges rivières ; puis, des lacs magnifiques, dans des sites extrêmement pittoresques, et de gras pâturages, émaillés de fleurs.

Ce n'est pas sans motif qu'on l'a surnommée la Suisse de l'Amérique.

Après dix années de souffrances et de fatigues passées en Orégon, la santé déjà chancelante du P. Ricard avait été complètement ébranlée, et on avait dû le rappeler en France, au mois de juin 1857.

Son successeur, le P. d'Herbomez, poursuivit la réalisation de ses projets, au sujet de la Colombie britannique. Le temps pressait, et il importait de prévenir l'arrivée des ministres de l'erreur. Mgr Deniers, dont le clergé séculier ne se composait que de deux prêtres suffisamment occupés à Victoria, suppliait les Oblats de se charger spécialement de la partie continentale de son trop vaste diocèse.

Leur zèle n'aurait pas à se limiter aux tribus sauvages plus nombreuses, cependant, que celles de l'Orégon ; mais ils devraient aussi créer des paroisses pour la population blanche, qui augmentait sensiblement, depuis la découverte des mines d'or : Canadiens, Métis, Irlandais, Français, Italiens, Espagnols et Mexicains y accouraient. Assurément, la plupart n'étaient pas très fervents, mais tous désiraient des Missionnaires, et se plaignaient de n'en pas rencontrer.

— Dès maintenant, je vais y envoyer quelques-uns des nôtres, écrivait, d'Esquimalt, le P. d'Herbomez, le 6 avril 1859. Ils prépareront les voies, sonderont les dispositions des sauvages, et se mettront en relation avec les Canadiens et les Européens,

Sur les bords du lac Ok^nagan.

Pour pénétrer dans la Colombie britannique, à une époque où nulle route encore n'était tracée, les Oblats n'avaient rien de mieux à faire

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que de s'engager dans la vallée du principal de ses fleuves : le Fraser.

Au mois de juillet 1859, ils le remontèrent, en canot, jusqu'au fort Hope, pendant près de cent cinquante kilomètres. Puis, ils traversèrent une chaîne secondaire de montagnes, par des sentiers pr€sque impraticables, et. en cinq jours de chevauchée périlleuse, arrivèrent au fort Thompson, chez les sauvages Shoushouapes, établis entre le grand lac du même nom, Great Shuswap lake, le lac Kamloops, et le lac Okanagan, à plus de trois cents kilomètres, dans l'intérieur des terres.

■ — Nous entreprenons une œuvre difficile, sous tous les rapports, ceri^'ait le P. Richard ; mais aussi quel bonheur d'implanter le royaume de Dieu, en ces contrées !

Après de multiples recherches, le 8 octobre 1859. ils choisirent un emplacement vers le milieu de la rive orientale du lac Okanagan, à l'Anse au Sable, au bas d'une vallée des plus fertiles, en apparence. Ps élevèrent leur modeste demeure dans la plaine, contre une petite côte exposée au soleil, et qui l'abriterait contre le vent. Leur chapelle fut dédiée à l'Immaculée Conception.

La nouvelle de leur installation s'étant répandue, plusieurs familles canadiennes accoururent se fixer près d'eux.

Dans le courant de l'année suivante, leur chiffre s'accrut, car le bruit se propagea que des mines d'or venaient d'être découvertes, dans les environs immédiats du lac Okanagan. Plusieurs centaines de catholiques se groupèrent ainsi bientôt autour des Pères.

Il y avait, en outre, dans un rayon relativement restreint, plus de deux mille sauvages.

Sur l'état de dégradation de ces pauvres infidèles, voici ce qu'écrivait le P. Fouquet au P. Tempier :

— Une immoralité qui aurait fait rougir Sodonie et Gomorrhe, Rome païenne et Constantinople la Turque ! Ces infortunés avaient appris, par le contact de quelques chercheurs d'or, lie malsaine de la société, à joindre, à leurs grossiers vices d'autrefois, tous les immondes raffuiements que porte avec elle l'écume dégoûtante d'une civilisation corrompue... Des hommes sans conscience leur vendaient un infect mélange d'alcool, de camphre et de jus de tabac. Ceux qui se li\ raient à cet infâme trafic, appelaient effrontément ce poison la meilleure des liqueurs... Partout, on ne rencontrait que des sauvages ivres... On les voyait par bandes, autour et jusque dans les places où sont les blancs, se battre et se tuer. en hurlant comme des bêtes féroces... Dans leurs camps, où ils n'avaient rien à craindre des blancs, c'était encore plus horrible... Des parents, des frères même se battaient et se tuaient entre eux... des pères ivres poignar-

daient leurs enfants inoffensifs !... Jugez par là quclli' est notre tâche.

Pendant les cinq ou six premiers mois, il sembla aux Missionnaires prêcher dans le désert. Malgré leurs efforts et leur bonne volonté, ils voyaient à peine quelques sauvages s'approcher d'eux. Le P. d'Herbomez leur envoya quelques Saanich convertis. Avec eux, les intrépides apôtres parcoururent les camps échelonnés le long du Fraser. Cette campagne eut un succès extraordinaire. Plus de mille sauvages s'enrôlèrent dans la Société de Tempérance. Les chefs de tribu sonnaient eux-mêmes, pour convoquer leurs sujets aux prières dvi matin et du soir.

Un tel résultat obtenu en si peu de temps, tient du miracle. Évidemment Dieu coopérait sensiblement à l'œuvre de ses serviteurs.

— Je ne saurais vous dépeindre dans sa vérité et sa beauté, écrivait le P. Fouquet, dans cette même lettre, le consolant spectacle de milliers de sauvages qui, au premier appel de la grâce, sortent, soudain, et de tous côtés, des profondeurs de l'abîme où les entraînaient les vices d'une sauvagerie invétérée, unie à l'affreuse corruption des rebuts du monde civilisé... La transformation est subite et complète. Là où il y avait cent ivrognes, souvent il n'en reste pas un seul... Sous le rapport de la moralité, changement non moins radical. On nous répète : Squazvs are ail leaving the white men, and there is the greatest excitement : les sauvagesses de mauvaise vie quittent toutes les blancs ; cela cause le plus grand émoi... Et quelle ardeur montrent nos néoph5i;es, pour s'instruire de la religion !... Je pourrais, à cet égard, vous citer les traits les plus édifiants. Ce sont des prodiges de la grâce !...

§ 3 Missions du fort Hope, du fort Taie et de Sainie-Marie.

Si, dans les établissements à fonder, les Missionnaires devaient être, tour à tour, prédicateurs, bûcherons, architectes, maçons, menuisiers, tailleurs et jardiniers, pour atteindre successivement tous les camps des sauvages disséminés sur de grandes distances, il leur fallait aussi être des cavaliers excellents. Impossible, en effet, de visiter à pied tant de peuplades, si éloignées les unes des autres, le long des rivières, sur le bord des lacs et sur les plages de la mer.

— J'avoue, écrivait le P. d'Herbomez, qu'à mon arrivée dans ce pays, je n'étais pas très habile, en fait d'équitation. Ce ne fut pas sans crainte que, pour la première fois, j'enfourchai un de ces chevaux, à demi indomptés, et dont l'agilité égale celle des chevaux arabes. Je tremblais !... Mais, dans l'alternative d'user mes jambes ou celles de mes chevaux, je pris la ferme résolution, coûte que coûte, d'apprendre à me

II oo

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tenir à cheval... Pour m'encourager, on me dit que nul n'est bon cavalier, s'il n'est tombé trois fois... Je vis qu'il y avait en cela quelque vérité... Je tombai quatre fois... sans me casser la tête, bien entendu, car, si ce malheur me fût arrivé, une fois seulement, c'était fini !

Être parfait cavalier, outre les autres qualités énumérées précédemment, ne suffisait pas encore.

— De plus, et que ceci ne scandalise personne (car ce n'est pas tant par amusement que par nécessité, que le Missionnaire exerce ce métier), il doit être aussi un bon chasseur. Oui, s'il ne veut pas mourir de faim, au milieu même de l'abondance, qu'il sache, à l'occasion, tirer un coup de fusil, pour tuer un canard, une poule, une dinde de prairie, un lapin, un chevreuil, un loup, ou un ours, qui constitueront son souper et celui de ses compagnons. N'en soyez pas étonnés : dans nos voyages, nous n'avons souvent, pour provision de bouche, que ce que nous procure notre fusil. Aussi, \'ivons-nous au joiu- le jour, selon le conseil de l'Évangile, et, si nous avons des jours d'abondance, il en est d'autres où nous jeûnons, sans rien à nous mettre sous la dent. Alors, que faire ?... On s'imagine avoir soupe, et l'on se couche... avec l'espérance que le lendemain sera meilleur.

Est-ce là tout ce qui est requis pour un Missionnaire ?... Pas encore.

— J'ajouterai qu'il doit aussi être bon médecin. Que ce mot ne vous épouvante pas. Dans ces régions, pas n'est besoin d'avoir traîné longtemps sur les bancs des Universités officielles, ou d'avoir fréquenté les amphithéâtres de dissection, pour être regardé comme le meilleur docteur du monde. Il suffit, pour cela, de savoir administrer, au moment opportun, une ou deux purgations... tout comme dans notre vieille et savante Europe, au temps du gai Molière et de l'ineffable Monsieur Purgon, d'inoubliable mémoire... Quand un sauvage ne mange pas, le cas est très grave : tous ses parents et amis sont convaincus qu'il va mourir ; mais, dès qu'un sauvage est bien purgé, il recouvre instantanément un formidable appétit... et, dès qu'il peut manger, la guérison est complète... Plusieurs cures de ce genre ont stupéfié les Indiens, et m'ont acquis la réputation d'un docteur émérite. Je me soucie peu de la gloriole, mais elle m'a servi d'introductrice auprès des âmes : c'est l'essentiel. La lancette ne nous est pas moins utile : la petite vérole ayant éclaté à Victoria, les Oblats ont vacciné plus de dix mille sauvages, tandis que les ministres se tenaient prudemment à l'écart.

Pour eux-mêmes surtout, les Pères auraient dû être médecins, car leur zèle était de nature à altérer promptement les plus robustes santés.

Le P. Grandidier, par exemple, en la solennité de Noël, célébra la Messe de minuit au fort Yale, et la Messe du jour au fort Hope. Or, plus

de vingt kilomètres séparent ces deux postes. La seule voie de communication entre eux était le Fraser, si rapide qu'on ne le descendait, ou qu'on ne le remontait pas sans péril. Le Père faisait ce trajet en canot découvert, par un froid très piquant.

Une autre fois, pour complaire à une tribu qui désirait sa visite, il partit, à cinq heures du soir, après une grande journée de fatigue, et voyagea, plusieurs heures de la nuit, par un temps affreux : vent, froid, pluie et neige !... Parvenu au camp, il prêcha longuement, organisa la

Les gorges du Fraser, près de Yale.

Société de Tempérance, baptisa de nombreux enfants, et ne termina que vers trois heures du matin. Sans prendre de repos, il rejoignit son poste, où il arriva, plus mort que vif. Le lendemain, il repartait pour une autre expédition apostolique.

Les autres Pères ne s'épargnaient pas davantage. Malades, ou convalescents, ils entreprenaient souvent des courses très fatigantes, qu'on aurait pu taxer d'imprudences, si les besoins des âmes n'avaient été si pressants.

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Au fort Hope et au fort Yale, situé sur le Fraser, le P. Grandidicr se dépensait sans compter,

— Il sut si bien fixer les sauvages sur le bon chemin, écrivait le P. Fouquet, que, depuis lors, ils ne s'en écartèrent plus. Chaque dimanche, leur église se remplissait, débordait même. Les blancs ne pouvaient en croire leurs yeux, ni kiu"s oreilles. Au lieu des cris féroces des sauvages ivres, ils les entendaient maintenant chanter des cantiques, ou réciter des prières. Matin et soir, tous, au son de la cloche, se rendaient exactement aux exercices pieux.

Irrités de voir leur échapper les gains illicites de leur honteux commerce, les vendeurs de rhum frelaté poursuivirent de leur colère l'auteur de cette transformation. Leur fureur alla jusqu'à les pousser, le jour de Pâques, à lui jeter des œufs pourris à la face. La population en fut indignée Blancs et sauvages protestèrent énergiquement, et menacèrent d'un sévère châtiment les misérables capables de pareils attentats.

Son Excellence le Gouverneur de la Colombie, Sir James Douglas, encadré du juge en chef. M. Bigby, et du juge-adjoint, M. O'Reilly, crut du devoir de sa charge, de venir chez le Père, pour l'assurer de sa sympathie et le féliciter du succès de sa campagne en faveur de la Tempérance, de l'ordre social et de la civilisation.

Peu après, ce haut magistrat réunit les Indiens, pour les exhorter à écouter toujours le prêtre.

— Confiez-vous en lui, leur dit-il, en concluant, car il vous enseigne la vérité, ne vous donne que de bons conseils, vous indique le chemin du ciel, et vous rendra bons.

A l'instigation du P. Grandidier et sous la direction du Fr. Janin, les sauvages du fort Hope, du fort Yale et du voisinage, commencèrent, alors, à se bâtir des maisons, comme le faisait la population blanche. Ce ne fut pas un enthousiasme éphémère, car, deux ans plus tard, un journal, organe des Méthodistes, ne pouvait s'empêcher de reconnaître leur persévérance et leurs progrès.

— Nous avons constaté en ces endroits, écrivait l'un des rédacteurs, les heureux fruits du zèle des Missionnaires catholiques. Ils ont persuadé aux Indiens de s'abstenir de liqueurs enivrantes, et ont mis ainsi un terme aux désordres causés par l'abus des boissons. De plus, ces sauvages, autrefois si dégoûtants, sont maintenant remarquables par la propreté de leurs habits, l'aisance dans laquelle ils vivent, le confort de leurs habitations et la politesse de leurs manières (1).

Un établissement fondé vers la même époque, et qui devait acquérir (1) The British Cohimbian, 8 juin 1863.

bientôt une grande importance, fut la mission Sainte-Marie, dans un très joli site, sur la rive droite du Fraser, presque à égale distance du fort Hope et de l'embouchure de ce beau fleuve. On y annexa, peu après, pour les jeunes sauvages, une école industrielle, qui fut un moyen très puissant de civilisation et d'amélioration morale.

Plus de douze mille Indiens furent visités et évangélisés. Plusieurs milliers s'agrégèrent à la Société de Tempérance, et en observèrent fidèlement les prescriptions. Tous les autres se convertirent dans la suite, et devinrent des chrétiens exemplaires par leur piété et leur régularité. Le bien si considérable opéré en eux par les Oblats fut attesté même par les historiens protestants (1).

--^fô.i*5.:

New-Westminster.

TMeto-Westminsfer.

Avant de se perdre dans l'Océan, le Fraser se divise en deux branches longues d'une vingtaine de kilomètres. Près du sommet de son large delta, dans les eaux duquel les gros navires pénètrent, et sur une petite colline qui domine la rive droite, s'élève la gracieuse ville de New- Westminster. Elle est actuellement unie par des lignes de tramways électriques à la grande cité de Vancouver, que l'on commença à bâtir, en 1885. quelques kilomètres au nord-ouest, sur le bord d'un magnifique golfe, le Burrard Inlet.

(1) Cf. Alex. Begg. Ilistory of Briiish Columbia from ils earliest discovenj to tke présent time, in-8o, Londres, 1894, sect. IV, chap. XI, pp. 478, 480, 482, 484.

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Les deux villes s'accroissant, chacune de leur côté, n'en feront bientôt qu'une, et cette agglomération compte déjà plus de deux cent mille habitants. On y admire de belles avenues, d'imposants monuments, de luxueux hôtels et des skyscrapers, ou gratte-ciel, maisons géantes de quinze à vingt étages.

Jusqu'en 1859, le mamelon sur lequel s'appuie New- Westminster, était couvert d'une épaisse forêtaux arbres gigantesques, ayant de quatre-vingts à cent mètres de haut, sur cinq ou six mètres de circonférence à la base.

Attirés par la beauté du site, quelques colons entreprirent, alors, d'attaquer la forêt vierge, et de jeter les fondements d'une bourgade qui, se développant avec une incroyable rapidité, devint bientôt la capitale de la Colombie britannique.

Dans les environs erraient plus de cinq mille sauvages. Pour ceux-ci, comme pour la population blanche qui affluait, les Oblats établirent, le 13 septembre 1860, une mission dont le P. Fouquet fut chargé spécialement.

Ces sauvages n'étaient pas moins dégradés et cruels que les autres. Leur conversion fut aussi prompte et radicale. La grâce coulait abondante, et la bonne semence, répandue dans ces âmes frustes, y germa sous la lumière vivifiante et fécondante de Dieu.

La population blanche fut aussi l'objet des soins éclairés des Pères. Beaucoup de vieux pécheurs, qui ne s'étaient pas confessés depuis trente ans, retrouvèrent la paix de l'âme par la pratique de leurs devoirs.

- — De huit à dix mille émigrants sont arrivés dans nos parages, écrivait le P. Fouquet. Notre Congrégation est la seule à l'œuvre ici, et nous avons à combattre la propagande hérétique qui ne manque d'aucune ressource ; mais il est évident que les ministres sont moins estimés que nous. J'ai reçu dernièrement l'abjuration et baptisé l'enfant d'une protestante, qui n'a pas voulu le présenter au pasteur de sa secte. Les soldats de la garnison fréquentent notre église. Le capitaine d'un steamer y communie régulièrement.

Pour assurer la continuation et l'augmentation de ce bien, les Oblats construisirent à New- Westminster, en 1861, deux églises et un commencement d'hôpital.

Ce courant d'émigration ne cessa de s'accentuer. En trois ans, le nombre des colons monta à vingt-cinq mille.

Ainsi l'établissement de New- Westminster devint de plus en plus important. Peu de temps après, les Oblats y ouvrirent, pour l'éducation des jeunes gens de bonne famille, un collège qui prospéra.

La Colombie britannique fut entièrement confiée à leur zèle, quand, en 1863, érigée en vicariat apostolique distinct, elle eut à sa tête le P. d'Herbomez, sacré évêque de Melitopolis, in ijaHibus.

Trois évêques Oblats s'y succédèrent : Mgr d'Herbomcz, Mgr Durieu et Mgr Dontenwill. Sous leur vigoureuse impulsion, les progrès de la foi furent tels, que le Souverain Pontife transforma ce vicariat en évêché, puis en archevêché.

Le siège épiseopal passa, alors, de New- Westminster à la ville de Vancouver, qui, terminus du chemin de fer transcontinental et port des plus commerçants du Pacifique, allait englober sa voisine. La cathédrale, dédiée à Notre-Dame du Saint-Rosaire, est une grande basilique gothique à trois nefs, que beaucoup de cités européennes seraient fières de posséder.

Outre la Colombie proprement dite, la province ecclésiastique de Vancouver embrasse l'évêché de Victoria et la préfecture apostolique du Yukon, celle-ci également aux mains des Oblats. C'est de Vancouver que Mgr Dontenwill était archevêque, quand le Chajiitre général de 1908 l'élut Supérieur général.

Dans un autre volume, nous exposerons, plus en détail, ces développements si consolants de l'évangélisation, en Colombie britannique. Nous ne pouvons que l'énoncer ici. Le synchronisme des événements nous appelle, maintenant, ailleurs.

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