‹ Cent ans d'apostolat dans les deux hémisphères (volume 5)Chapitre 5 sur 83 · CHAPITRE iV Bytown (Ottawa · texte numérisé non relu

CHAPITRE iV Bytown (Ottawa

ïin germe de capitale.

Presque deux cents kilomètres à l'ouest de Montréal, on rencontre, de nos jours, une belle cité, nommée Ottawa depuis 1854, comme l'imposant cours d'eau coulant à ses pieds. Elle devint, quatre ans plus tard, le centre administratif de la Confédération canadienne qui, s'étendant de l'Atlantique au Pacifique, embrasse maintenant une superficie vaste comme l'Europe.

Là, siège le Parlement, et réside le gouverneur général, représentant de la Couronne britannique.

Sur un plateau, d'une cinquantaine de mètres au-dessus du niveau de la rivière où elles se reflètent, on admire les magnifiques constructions du Corps législatif, en style gothique du xii^ siècle, contenant la Chambre du Sénat et celle des Communes, salles richement ornées, et de mêmes dimensions que la Chambre des Pairs, à Londres. La façade, de cent soixante-dix mètres de longueur, est dominée, au milieu, en avant, par une tour de plus de quatre-vingt mètres, et, en arrière, par la bibliothèque, svelte coupole de trente mètres de hauteur, imitation de celle du British Muséum. Ce majestueux édifice, aux fenêtres ogivales encadrées de grès rouge, est, à l'extérieur, d'un aspect plutôt sévère et moyenâgeux. Une teinte sombre semble le revêtir déjà, malgré sa jeunesse, de la respectable patine du temps, et lui conférer par anticipation une touche de vénérable antiquité.

Séparées à droite et à gauche, de monumentales bâtisses, de même style, avec de massives tours carrées aux toits aigus et mie multitude de pignons et de flèches, abritent les principaux services publics.

Le tout a coûté une trentaine de millions de francs.

Des chemins de fer convergeant des divers points de l'horizon ; des tramways électriques sillonnant les rues larges et tirées au cordeau ; de luxueux hôtels, des maisons spacieuses et des magasins abondamment fournis des marchandises les plus variées ; des parcs, jardins, et boulevards donnent à Ottawa la physionomie d'une opulente ville moderne, jouissant de tout le confort désirable.

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Vers 1844, il en était bien autrement. Ottawa s'appelait alors Bytown, ou ville de By, nom d'un colonel de l'armée anglaise. A cet officier on doit le canal qui, utilisant et régularisant le cours du Rideau, affluent de l'Ottawa, unit cette rivière au lac Ontario, près de Kingston. Par cette entreprise, le gouvernement voulut, en 1827, ouvrir une voie sûre aux bateaux, hors de la portée des pièces à feu de l'ennemi, durant les périodes d'hostilité, car, au sortir de ce lac, pendant plus de deux cents kilomètres, le Saint-Laurent côtoie la frontière des États-Unis. Le canal entraîna une dépense de douze à treize millions de francs. A son point de jonction avec l'Ottawa, By traça le plan d'une ville que l'on baptisa de son nom, mais qui, en 1843, n'était encore qu'un village, habité par un millier d'Irlandais et autant de Canadiens.

En raison de ses proportions, l'Ottawa fut justement surnommée la « grande rivière » par les anciens voyageurs. Son parcours dépasse onze cents kilomètres, dont plus de quatre cents sont navigables. Elle déverse dans le Saint-Laurent, près de Montréal, un volume d'eau trois fois plus abondant que celui que le Rhin jette dans la mer du Nord. Plusieurs de ses cascades sont remarquables, entre autres celle de la Chaudière, à l'entrée de Bytown, où, quoique fort resserrée en cet endroit, elle forme un fer à cheval de plus de soixante-dix mètres de large, et se précipite avec fracas, d'une hauteur de vingt mètres, dans un enfoncement d'où s'exhalent sans cesse d'épaisses vapeurs, comme d'une chaudière en ébullitioii.

A l'extrémité opposée de la ville, ne sont pas moins dignes d'attention les chutes de la rivière Rideau, ainsi appelée, parce que ses eaux, en tombant perpendiculairement d'une hauteur de quinze à seize mètres dans celles de l'Ottawa, ressemblent beaucoup à un rideau tendu.

Dans le ^■oisinage, sur la rive gauche de l'Ottawa, est le confluent de la Gatineau, le plus important de ses affluents, qui coule presque directement du nord au sud, pendant plus de quatre cents kilomètres, et présente aussi, sur son parcours, des chutes très pittorespues.

§ 2 Chantiers et terres de chasse.

Ces trois rivières faisaient de Bytown l'entrepôt naturel du commerce si considérable des bois de charpente, extraits des forêts immenses dont est couvert le nord du Canada. Autrefois, elles s'avançaient, presque sans interruption, de l'océan Atlantique au lac Supérieur, en remontant jusqu'aux plages glacées de la baie d'Hudson, sur une longueur de plus de trois mille kilomètres et une su^jerficie de près de quatre cent mille kilomètres carrés. Fonds inépuisable ! car, des racines des arbres géants

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