‹ Cent ans d'apostolat dans les deux hémisphères (volume 5)Chapitre 51 sur 83 · PREMIERS TRAVAUX · texte numérisé non relu

PREMIERS TRAVAUX

Même les pontifes de l'erreur s'amadouaient. Non seulement plusieurs ne déblatéraient plus contre la confession, mais ils en proclamaient ouvertement la nécessité.

- — Je n'entends pas, déclarait hautement l'un d'eux à ses ouailles, que vous osiez participer à la Cène, sans préparation. Gravez dans votre mémoire l'avertissement de l'apôtre Paul : « Que chacun s'éprouve. » Donc que personne ne s'approche de l'autel, sans m'avoir dit, au préalable, un petit mot à l'oreille. Et vous savez quelles confidences intimes implique ce petit mot.

L'adepte d'une des innombrables sectes qui pullulaient, qualifia, un jour, son pasteur, de « révérend ».

— Quelle prétention ! s'écria un ministre anglican, froissé dans sa dignité. Sachez qu'il n'y a de révérends que nous et les prêtres catholiques. Ceux de l'espèce du vôtre n'ont aucune autorité légitime. Qui donc les a envoyés travailler dans la vigne du Christ ?

Plus instruit, le malheureux, ainsi interpellé, aiu'ait victorieusement rétorqué l'argument, en demandant à l'anglican qui l'avait envoyé lui-même. Assurément ce n'était pas le Vicaire de Jésus-Christ.

Un autre de ces « révérends ministres » ne parlait des prêtres romains qu'en les appelant ses « chers confrères ».

Ce titre de prêtre, qui jadis équivalait, sur leurs lèvres, à une injure, leur semblait maintenant des plus estimables, et volontiers ils se l'attribuaient.

Leur gloire était de' se confondre, aux yeux du public, avec ces papistes, autrefois si honnis. Ils s'affirmaient membres de l'Église catholique, la seule véritable, et dont l'Église américaine était, selon eux, une portion : American hranch oj the catholic Church.

Grâce au zèle des Oblats, des chapelles s'élevèrent en divers endroits, et se garnirent des objets nécessaires à la beauté du culte divin. Ainsi s'établirent des centres d'évangélisation, germes de futures paroisses. Des bibliothèques populaires se fondèrent aussi, afin de neutraliser l'action des Sociétés bibliques, par la diffusion des livres de controverse et de piété.

On ne tarda pas à constater le résultat de tant d'efforts : les fidèles devinrent meilleurs, et des hétérodoxes se convertirent, dans des circonstances touchantes, qui manifestaient clairement la sincérité de leur retour à Dieu.

Témoin ému de ces progrès étonnants, un évêque écrivait à ^Igr de Mazenod, le 26 décembre 1845 :

— Vos Pères font des prodiges... J'en bénis le ciel, et vous remercie de nous avoir réservé des hommes aussi précieux.

L'assurance de trouver les secours religieux, et la perspective d'arriver plus facilement à la fortune, ou à l'aisance, dans un pays oii l'industrie, sous toutes ses formes, se développait si rapidement, amena, les années suivantes, de nouveaux flots d'émigrants. Ce mouvement ne s'arrêta pas, et il a tellement continué, que, de nos jours, on compte presque autant de Canadiens dans les États-Unis de l'est, que dans le Bas-Canada.

Nul ne prévoit quand prendra fin cet envahissement pacifique, ni quelles en seront les conséquences. Mais, avant qu'y fussent constituées les paroisses si prospères qu'on y admire actuellement, et à la création desquelles ils contribuèrent pour une si large part, les Oblats, pendant de nombreuses années, visitèrent régulièrement, et à brefs intervalles, ces groupes de fidèles qui, sans eux, auraient risqué d'être noyés dans la masse des hérétiques.

Durant ces courses, les Pères logeaient où ils pouvaient. Lorsqu'ils n'avaient pas de chapelle, ils assemblaient les gens dans des salles de dimensions sviffisantes, ou, à leur défaut, dans des hangars.

Missions bien méritoires !

Dès quatre heures du matin, commençaient les réunions, car les ouvriers qui, en majorité, composaient l'auditoire, devaient, à six heures, rentrer aux manufactures, sous peine de renvoi.

Pendant la journée, prédication aux femmes; catéchisme aux enfants; visite aux malades.

A sept heures et demie du soir, exercice principal, après lequel les confessions des hommes se succédaient jusqu'à minuit.

Et cela, des semaines et des mois, sans un jour de repos, avec une nourriture grossière, et quatre heures seulement de sommeil sur vingt-quatre.

Comment réparer ses forces épuisées par un travail si rude et sans interruption ? Mais les consolations spirituelles que goûtaient les vaillants apôtres, leur faisaient oublier ces incessantes fatigues. Ils tressaillaient d'une profonde joie, en constatant que Dieu se servait de leur ministère, pour affermir dans la foi tant d'âmes chancelantes, et pour en préserver tant d'autres du crime de l'apostasie.

Extension Je l'apostolat.

Cette œuvre de régénération et de persévérance, ils l'accomplirent non seulement dans les États de l'est, mais beaucoup plus loin, même dans ceux du centre ; dans l'Illinois, par exemple, au diocèse de Chicago, alors récemment érigé, entre les rives du lac Michigan et celles duMississipi.

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