‹ Cent ans d'apostolat dans les deux hémisphères (volume 5)Chapitre 65 sur 83 · DANS LES PROVINCES · texte numérisé non relu

DANS LES PROVINCES

côtoyèrent l'abîme, et y tombèrent même phisiturs fois, les Pères contribuèrent efficacement à les en retirer.

Point-PeJro, Batticaloa et Trincomalie.

Situé à l'extrémité septentrionale de Ceylan, Point-Pedro fut évangélisé par les Oblats, dès l'été de 1849. Le P. Leydicr, après y avoir travaillé un an, fut rejoint, au mois de septembre 1850, par le P. Mauroit, du diocèse de Cambrai, et (]ui. jilus tard, exerça les hautes fonctions de vicaire général.

Cette mission n'avait ritii d'attrayant pour la nature : climat insalubre, et une telle pénurie de toutes choses que, même avec de l'argent, on ne pouvait rien s'y procurer.

De bonne heure aussi, les régions orientales de l'île \irent les Oblats. Au mois de septembre 1849, les Pères Moukel et Keating se dirigèrent vers Batticaloa, mission des plus éloignées du vicariat apostolique de Jaffna, et comprenant sept ou huit chrétientés, sur un espace de plus de cent cinquante kilomètres, du nord au sud.

Il y a, là, des lacs d'eau salée et des rivières navigables pour les petites embarcations, au pied de chaînes de collines, dont les flancs sont couverts de palmiers et de cocotiers. Au delà, vers l'intérieur, s'étendent d'immenses forêts, produisant des bois de construction de toute espèce, et remplies d'éléphants, de tigres, d'ours, de sangliers, de cerfs, d'élans, etc. Dans les pièces d'eau, abondent des crocodiles énormes.

Le P. Moukel se distinguait par son esprit d'ordre, son exemplaire régularité, son sens pratique et son heureux caractère. Agé déjà de quarante-sept ans, il complétait cet ensemble de qualités par une expérience qui en doublait la valeur.

Simultanément les Pères donnèrent leurs soins à Trincomalie. Ce nom, en tamoul, signifie montagne à trois cornes, à cause de la forme que présente, de la mer, le rocher sur lequel la ville est bâtie. Sa rade constituait pour les Anglais le plus beau port militaire de tout l'Orient. Elle offrait à leur flotte un abri absolument sûr. défendu par deux forts, réputés, alors, imprenables. Malheureusement le terrain environnant était peu fertile.

Moins infectée par le schisme, la partie orientale de l'île réservait, cependant, aux apôtres bien des difficultés. Parmi les chrétiens si imparfaits qu'on y rencontrait, de mauvaises têtes, imbues de préjugés de caste, fomentaient entre leurs diverses chapelles des rivalités déplorables.

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De plus, les Weslcyens, s'efforçant de s'y implanter, répandaient à profusion les bibles hérétiques, et baptisaient les païens, sans prendre la peine de les instruire.

Comme on le voit, c'était un sol hérissé d'épines, qu'il s'agissait de défricher. Le travail serait pénible et long.

§ 3 Sainte-Zlnne.

Au sud de la mission de Mantotte, il y avait, non loin du village de Calpentyn, un célèbre sanctuaire dédié à sainte Anne.

Catholiques, schismatiques, protestants, infidèles même, s'y pressaient en foule, le jour de la fête et durant la neuvaine, non seulement de toutes les provinces de Cejdan, mais encore de l'Inde continentale. Les alentours de l'église, ordinairement déserts, se transformaient, alors, subitement en une ville de vingt-cinq à trente mille personnes, qui logeaient dans des cabanes de feuillage.

Ces nombreux pèlerins, a\"ant de partir, laissaient tous une offrande, selon leurs moyens. Il en résultait, pour le vicariat apostolique de Jaffna, quelques revenus qui permettaient à Févcque d'aider un peu les autres missions dépourvues de ressources.

Quelle tentation pour les schismatiques !... Depuis longtemps, ils convoitaient la place, espérant s'y enrichir... Enfin, avi mois de juillet 1848, un prêtre goanais, accourant de Colombo, fut assez habile pour s'introduire dans l'église, peu avant la fête, et s'y installa. Le dernier de ses soucis était de prêcher et de catéchiser. Jamais il ne monta en chaire ; moins souvent encore il entra au confessionnal : il se contenta de surveiller très attentivement le coffre, et de s'emparer du contenu.

Bien résolu à se maintenir dans la place, il prit ses mesures, pour donner à son larcin des apparences de légalité, prétendant que l'église lui appartenait, quoiqu'il n'eût pas dépensé un centime pour la bâtir.

— Je doute, écrivait le P. Séméria, que Mgr Bettacchini, malgré les poursuites judiciaires qu'il va lui intenter, parvienne à déloger cet intrus, qui n'a aucune juridiction ecclésiastique. Les tribunaux protestants reconnaîtront-ils la force de ses raisons ?...

Très long fut le procès, et fécond en péripéties de tout genre. Deux ans après, cependant, l'évêque eut gain de cause. Maître de la place, il préposa les Oblats à la garde de ce sanctuaire d'où dépendaient, sur une étendue de cent kilomètres, une trentaine de chrétientés, exposées aux atteintes des loups ravisseurs.

A tous les points de vue, c'était un poste de confiance. Les fiè\Tes

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