‹ Cent ans d'apostolat dans les deux hémisphères (volume 5)Chapitre 70 sur 83 · PHASE INTENSE D ÉVANGÉLISATION · texte numérisé non relu

PHASE INTENSE D ÉVANGÉLISATION

convertis par le zèle tout militaire et la bonne conduite de leurs eompagnons d'armes.

En ce jour béni, Trincomalie admira un spectacle qu'elle n'avait jamais contemplé. Ces rudes guerriers recevaient le pain des Anges avec une émotion qui se trahissait sur leurs traits, et se communiquait à l'assistance.

Dans la soirée, après la récitation du chapelet et un sermon sur les promesses baptismales, les soldats se formèrent sur deux lignes. A la tête de la colonne, trois d'entre eux. avec, l'un, le signe sacré de notre salut, et, les autres, des flambeaux allumés. On s'avança, au pas militaire, lent et solennel, faisant résonner le pavé de l'église. Mgr Séméria. entouré du clergé et en cappa magna, fermait la marche.

Où allait-on ainsi, en ordre de bataille ? A la grande croix de Mission, plantée le 27 juin. Deux semaines auparavant, indigènes et irlandais, unis dans le mênu' sentiment de fraternité chrétienne, l'avaient simultanément jDortée sur leurs robustes éjîaules.

C'était le tour des soldats, maintenant, de renouveler à ses pieds leur serment de fidélité à Jésus crucifié. Ils le firent d'une voix entrecoupée par l'émotion, après un acte de consécration vibrante au divin Rédempteur. On rentra ensuite dans le même ordre, pour inaugurer la Société de Tempérance, sous la protection du Cœur Immaculé de Marie.

Tous, agenouillés devant l'évêque. prirent l'engagement du pledge, et reçurent, avec un empressement incomparable, outre inie image commémorative de ce beau jour, des objets de piété, tels que croix, médailles. Agnus Dei, etc.

Pour clore cette inoubliable cérémonie, Mgr Séméria. avant la bénédiction du Saint Sacrement, leur adressa quelques paroles, empreintes de cette délicatesse et de cette bonté qui le caractérisaient, et le faisaient aimer de tous. Il leur parla de sa sympathie pour l'Irlande et pour ses générevix enfants, les exhortant à se rendre toujours dignes, par leur conduite irréprochable, de ce beau titre d'Irlandais catholiques. Il termina en disant qu'il allait les bénir, eux, leurs pères, leurs mères, leurs sœurs, leurs villages, leurs maisons et leur chère Irlande tout entière.

Si paternelle dans le fond et l'expression, cette allocution remua les fibres les plus intimes. Plusieurs difficilement retenaient leurs larmes ; mais on voyait, en même temps, se peindre, sur leurs mâles visages, ce bonheur calme qu'une grande grâce produit toujours dans les âmes bien disposées.

Les prisons elles-mêmes eurent leur mission spéciale, pour laquelle les autorités, émues des merveilles accomplies au dehors, accordèrent toutes les facilités désirables.

Au milieu de ces pauvres captifs, les fervents Oblats passèrent aussi de douces heures. Quelle joie pour eux de verser un peu de baume sur ces cœurs flétris ! de les relever à leurs propres yeux ! de leur montrer un rayon d'espérance ! de leur ouvrir le ciel, à eux que le monde rejette !

— Lorsque nous eûmes confessé nos pénitents, raconte encore le P. Bonjean, et que nous les vîmes nous entourer avec tous les témoignages de la joie et de la reconnaissance la plus vive, nous n'aurions pas échangé notre bonheur pour un royaume. Mgr Séméria les communia lui-même, et confirma cevix qui ne l'étaient pas encore. Que n'avons-nous pu faire participer aux mêmes consolations saintes les autres prisonniers qui n'étaient pas chrétiens !... Néanmoins, dans notre désir de donner à tous quelques marques de sympathie, nous profitâmes de la liberté qui nous fut octroyée, de les réunir et de leur adresser quelques mots. Païens, bouddhistes et autres, sauf les musulmans, se montrèrent très sensibles à cette preuve d'intérêt. Puissent ces germes de conversion s'épanouir dans ces pauvres âmes !

Battiealoa fut le théâtre des mêmes merveilles de la grâce. Dans cette population régénérée aussi, plus de mille personnes communièrent, et trois cents reçurent la confirmation. De ce centre, on se rendit dans les localités qui en dépendaient, dans un rayon de soixante à quatre-vingts kilomètres.

A Jaffna, la cérémonie de la Promulgation de la Loi, particulièrement solennelle, inspira aux assistants les plus saines et courageuses résolutions. Un tressaillement indéfinissable parcourait tous les rangs comme un courant électrique. L'enthousiasme fit explosion, lorsque des tonnerres de voix humaines répondirent, plusieurs fois, par un « oui » formidable et prolongé, au prédicateur demandant si l'on voulait, enfin, renoncer complètement aux superstitions et à tout ce que défend chacun des commandements de Dieu.

On compta deux mille communiants, admirablement disposés.

Dans sept ou huit centres de ce district, le bien opéré fut incalculable.

L'année suivante, à l'issue d'une retraite de quelques jours, il y eut, dans la seule ville épiscopale, quatorze cents communiants : résultat consolant montrant que les fruits de la mission se maintenaient.

Chilaw, chrétienté de deux mille âmes, devint également l'objet des bénédictions divines les plus signalées.

Partout l'amélioration était sensible, et le bien dura, grâce aux confréries établies, soit pour les hommes, soit pour les femmes, afin

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d'assurer leur persévérance. Ces pieuses associations, inconnues jusqu'alors dans le pays, produisirent les plus grands fruits : extirpation de l'ivrognerie, réforme des mœurs, sanctification plus exacte des dimanches et des fêtes, fréquentation assidue des sacrements.

De cette amélioration des chrétiens, les païens eux-mêmes éprouvèrent la salutaire influence. Le spectacle des missions les impressionnait vivement. A leur occasion, plusieurs milliers se convertirent.

Beaucoup de protestants aussi y tromèrent la lumière qui leur indiqua la véritable église du Christ.

Ceylan.

Le lac de Kandy.

§ 3 Dans le sud de l'île.

A la demande expresse de la Propagande, les Oblats vinrent, dès le mois de juillet 1851, travailler dans le vicariat de Colombo.

Ils évangélisèrent successivement Galle, Négombo, Kandy. Sina- Corle, Morotoo, etc., etc. Leurs succès y furent non moins remarquables. On nota surtout le grand nombre de païens, qui, sur leurs exhortations, renoncèrent à leurs erreurs. En quelques années, plusieurs milliers reçurent le baptême.

Sans doute, il y avait, là aussi, bien des obstacles et des épreuves.

Où n'en rcncontre-t-on pas, quand on cherche à combattre les passions mauvaises ? Dans ces provinces méridionales, cependant, l'apostolat était, sous certains rapports, moins difficile que dans le vicariat de Jaffna. les Sinjrhalais qui les habitaient étant, en général, plus souples de caractère, plus polis, plus respectueux, plus dociles, et, par conséquent, plus aptes que les Tamouls à être formés à la piété et aux vertus chrétiennes.

En outre, les voies de communication, plus multipliées et mieux entretenues, facilitaient aux Missionnaires la visite des diverses localités.

A Kandy, les Pères accomplirent dans les prisons un bien considérable, quoique, dès le principe, l'entrée leur en fût interdite par le sectarisme de quelques employés et la rivalité des ministres hérétiques. Il leur fallut trois ou quatre mois de démarches auprès des autorités, pour obtenir la permission d'en franchir le seuil.

Dès leur première apparition à l'infirmerie, tous les malades, curieux de voir des prêtres catholiques et de juger comment ils parlaient leur langue, les entourèrent avec empressement. Parmi eux se trouvaient des protestants, qui, d'un air narquois, leur proposèrent des objections appuyées sur des textes bibliques. Promptement et victorieusement les Pères les résolurent, au moyen de la Bible même que les opposants tenaient en main. Si ceux-ci ne voulurent point, par orgueil, reconnaître leur défaite, les assistants, plus impartiaux, conçurent de l'estime et du respect pour les Missionnaires.

Touchés par la grâce, plusieurs les écoutèrent avec une sympathie croissante, et finirent par demander le baptême. Le P. Pulicani n'omit rien, pour rendre plus solennelle cette cérémonie qu'il accomplit publiquement, en présence de la pkis grande partie des prisonniers et des ministres venus pour leur prêche. Devant son auditoire bigarré, il expliqua le symbolisme des rites du baptême, et en prit occasion ])oiu" glisser quelques bons avis à l'adresse de tous. Ce fut lin triomphe.

Les cachots les plus obscurs renfermaient douze bouddhistes condamnés à mort, et ti-ois à la déportation perpétuelle. A partir de ce moment, les Pères les visitèrent quotidiennement, et réussirent à les convertir tous, malgré les efforts des ministres anabaptistes pour les affilier à leur secte.

Très consolés par la ferveur de ces êtres autrefois si coupables, les Pères furent leurs Anges gardiens jusqu'à leur dernier soupir.

— Jamais, écrivait le P. Duffo, le 30 novembre 1859. je n'ai vu l'effet des sacrements se manifester d'une manière aussi frappante. Nous contemplions avec admiration ce miracle de la grâce, et nous répétions sans cesse le mot de saint Paul : Ubi abundavii delictum, superabundavit firatia ! Les cellules des condamnés étaient devenues des oratoires, où,

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jour et nuit, retentissaient de pieux cantiques, ou d'ardentes prières. Pour nous, elles étaient des palais de délices, où nous respirions le parfum del'innocence reconquise. Là régnaient le calme et la sainte joie du Seigneur. Que les heures y passaient rapides ! Ces visages, empreints naguère de la flétrissure du crime, rayonnaient de félicité, et s'épanouissaient d'un doux sourire, à notre approche. Un seul regard de leurs yeux nous disait, plus que mille paroles, amour, reconnaissance et confiance sans bornes. Ce que j'exprime n'est qu'une très faible image des mer\'eilles dont nous avons été les témoins. Un jour, deux riches rentiers de nos an\is. \enus à Kandy pour affaires d'argent, voulurent nous aeeoinpagiur aux i)risons.

Ce vlan. — Une route sous un tronc de banyan, appuyé sur plusieurs de ses branches qui ont pris racine, et lui servent d'étais.

Ils ne pouvaient pas réprimer leur saisissement, en découvrant tant de paix et de bonheur, parmi des gens réprouvés par la justice himiaine. et si proches de leur dernière heure !...

A l'instant suprême, après une nouvelle absolution et l'indulgence plénière in aHiculo niortis, les condamnés acceptèrent, sans faiblesse ni forfanterie, la mort en exj^iation de leurs fautes, et prononcèrent quelques paroles, pour exhorter le public à profiter de la triste leçon cjue donnait leur fin ignominieuse sur le gibet.

— Mais, affirmèrent-ils, en terminant, nous espérons entrer au ciel, car maintenant nous sommes chrétiens !

— Impossible de mourir dans de meilleurs sentiments, disait le P. Pulieani. Ils ont dû s'envoler directement au ciel.

— Émules du bon larron, disait un autre, ils n'ont })as oublié complètement leur ancien métier... Heureux voleurs de paradis !...

Après cette victoire de la miséricorde divine, l'apostolat des Pères continua dans les prisons de Kandy. Ils y convertirent et baptisèrent de nombreux bouddhistes et protestants. Pleins de respect pour eux, les captifs ne prêtaient plus aucime attention aux discours des ministres anabaptistes et autres.

"Les écoles et la presse.

Pour assurer l'avenir de la religion dans l'île, il fallait, de toute nécessité, procurer aux enfants des deux sexes une éducation solidement chrétienne.

Malgré la modicité de leiu's ressources, et la difficulté de trouver des maîtres vraiment catholiques, les Oblats se mirent courageusement à l'œuvre.

Un des principaux obstacles était rindifférence manifestée longtemps par les parents. Avant les conversions nombreuses provoquées par la prédication des missions régulières, ils n'a^'aicnt eu aucun scrupule d'envoyer leurs enfants aux écoles protestantes, qui avaient l'appât de la gratuité, et dans lesquelles, avec quelques éléments des sciences, les élèves puisaient le venin de l'hérésie.

Afin de secouer cette apathie coupable, ^Igr Séméria publia une Lettre pastorale en anglais et en tamoul, sur l'obligation pour les parents d'éloigner, coûte que coûte, leurs enfants de ces chaires de pestilence. Le P. Bonjean traita la même question, dans une série de brochures en anglais, écrites d'un stjde alerte. Elles eurent un immense retentissement et rendirent le Gouvernement plus favorable aux revendications catholiques.

Le récit de ces luttes aux conséquences si ^-astes appartient à la période suivante. Il nous suffira ici d'en indiquer simi)lement le consolant succès.

Grâce à cette campagne menée vigoureusement et a\'ee persévérance, il y a, aujourd'hui, à Ceylan, outre des asiles et des orplx-linats, plus de six cents écoles catholiques fréquentées par plus de cinquante mille élèves.

Ce résultat si important fut couronné par la création de deux magnifiques collèges : celui de Saint-Patrick, à Jaffna, et celui de Saint-Joseph,

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à Colombo. Sous la direction de nos Pères, dix-huit cents jeunes gens des meilleures familles y reçoivent une éducation soignée, très appréciée en haut lieu. Elle leur permet d'occuper, dans le monde, des situations où leur influence est prépondérante, et dont le catholicisme bénéficie.

Les Pères ont complété cet ensemble par la fondation de plusieurs imprimeries qui publient, outre des journaux, une foule de tracts, li\Tes et brochures d'apologétique, de piété et de sciences, en langues singhalaise, tamoule, anglaise et française. Ils se servent ainsi, pour le bien, des moyens d'apostolat les plus puissants que fournit la civilisation moderne.

Collège Saint-Joseph, dirigé par les Oblats.

De l'avis de tous, le diocèse de Jaffna et rarehidiocèse de Colombo, entièrement aux mains des Oblats. sont actuellement, par les œuvres établies, par le nombre des conversions opérées et par le chiffre des fidèles pratiquants et éclairés, parmi les plus prospères de l'Orient.

Même des auteurs non catholiques ont loué, sans réserve, le zèle infatigable des nôtres, et admiré leur dévouement qui s'exerce efficacement jusque dans les districts les plus reculés.

— Durant mes voyages à travers la jungle, écrit Tun d"eux, je n"ai jamais aperçu un pasteur protestant, tandis que, dans les lieux les plus sauvages, j'ai souvent rencontré l'humble habitation surmontée de la

croix, témoi<fiin<ijc touchant de la persévérance du prêtre catholique. Si les conversions au j:)rotestantismc sont si rares, alors que celles au catholicisme sont si multipliées, c'est à cause de la supériorité que le Missionnaire romain |)uise dans l'abnégation dont il fait profession, et qu'il pratique constamment (1).

De son côté, un orirane j^rotestant, le Ceylon Patriot, écrivait naguère :

— De})uis l'arrivée des Oblats, les choses ont totalement changé, Les catholi(|ues sont maintenant à la tête du mouvement social, moral et intellectuel.

(1) Siumiil W. Hakcf. Eioiii ,f(>,irs' -aiiii(lrriiii>s in Ccyloii. iii-«", Londres, 1885, p. .T-'l.

Ceylaii. — Coin de jardin.

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