‹ Cent ans d'apostolat dans les deux hémisphères (volume 5)Chapitre 69 sur 83 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Phase intense d'évangélisation.

'Elévation du P. Séméria à l'épiscopat.

Convoqué au Chapitre jrénéral ck- la Congrégation, k- P. Séméria partit ])our la France, au mois de juin 1856. Tandis qu'il voguait sur l'océan, la Propagande envoyait à Ceylan des Bulles par lesquelles le Souverain Pontife le nommait évcque d'Olympia, et coadjuteur de Mgr Bettacchini avec future succession.

Seulement à Marseille, l'élu apprit cette nouvelle. Son humilité protesta, mais vainement, et il dut coiu'ber la tête sous le redoutable fardeau.

En présence des membres du Chapitre venus de toutes les contrées du monde, Mgr de Mazenod, assisté de deux évêques Oblats, Mgr Guibert et Mgr Guignes, le sacra solennellement, dans la chapelle du scolasticat de Montolivet, le dimanche 17 août 1856.

A son retour, Mgr Séméria amenait trois autres Missionnaires, les Pères Gouret, Pouzin et Laelau-Pussacq. Avec eux, il débarquait à Galle, au milieu du mois d'avril 1857. Aussitôt il se rendit à Bollavatte, dans le sud, où s'était retiré Mgr Bettacchini, dont la santé déclinait rapidement, et qui mourut le 26 juillet.

Cette mort inopinée laissait à Mgr Séméria la charge entière de ce vicariat apostolique, avec les sollicitudes complexes qu'elle entraînait.

Prédication de missions en règle.

Se rappelant le bien immense produit en France, en Angleterre et en Amérique, par les missions prêchées selon les usages traditionnels dans notre Société, Mgr Séméria résolut d'employer, pour la régénération spirituelle des chrétiens de Ceylan, si attiédis, ce puissant moyen de conversion.

On commença cette campagne apostolique par l'île de Kayts, à

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l'ouest de Jaffna. et habitée par quelques milliers de eatholiques, disséminés eu dix-huit villages, ou hameaux. Outre les vices ordinaires engendrés par ia tiédeur, il faudrait y combattre les haines de partis, l'esprit de caste, la révolte, le schisme et l'irréligion.

Durant un mois et demi, du 18 septembre 1857 au 29 octobre, la lutte contre l'enfer fut dirigée par Mgr Séméria lui-même, entouré des Pères Chounavel, Bonjean et Le Bescou, qui, à inic piété solide et à un zèle infatigable, joignaient une connaissance profonde de la langue du pays. Une semaine ajirès l'ouverture, les Pères Fhu'in et Pouzin vinrent les aider.

Curieux par nature, les Indiens accoururent, d'abord, en assez grand nombre, avides surtout de contempler à l'autel un évêque avec son cortège de prêtres; mais, cette ])remièrc curiosité satisfaite, ils restèrent la plupart chez eux.

Désolés d'une telle a})athie, les Missionnaires crièrent vers Dieu, multipliant leurs prières et leurs mortifications ; puis, afin d'inviter les indifférents, ils entreprirent une longue série de visites à domicile, et de courses extrêmement fatigantes sous un soleil brûlant.

Tant d'efforts ne furent pas inutiles. Le chiffre des assistants augmenta peu à peu. jus(|u'au jour où im mouvement général se produisit dans les masses.

Pour rendre les sermons plus intéressants, on adf)pta souvent la forme de conférence dialoguée.

— L'un de nous parlait au nom de la foule, raconte le P. Le Bescou ; Mgr Séméria répondait avec l'autorité de sa parole et la netteté de sa doctrine. Il fallait lire, dans les yeux des auditeurs, la surprise et le plaisir de Aoir. d'un côté, si bien interpréter leurs pensées, et, de l'autre, si clairement résoudre leurs doutes, ou condamner leurs erreurs. Ils étaient eux-mêmes en scène, et croyaient se donner les instructions qu'ils recevaient.

Successivement on traita des vérités fondamentales, des vices les plus communs, des superstitions les plus répandues. Chacun des sujets les plus importants, ou les plus pratiques, eut son jour : vol, injustice, restitution, profanation du dimanche, fautes contre les bonnes mœurs, impénitence finale, confession, contrition, ferme propos, etc.

En même temps que l'auditoire, toujours croissant, s'intéressait davantage à ces conférences si variées, si pleines de vie, et si lucides, le mouvement vers le confessionnal s'accentuait.

De magnifiques cérémonies favorisèrent ces dispositions.

D'abord, une procession solennelle du Saint Sacrement, à la splendeur de laquelle tous voulurent contribuer.

— Dans les mes, dit encore le Père Le Bescou, s'élevèrent des reposoirs qui auraient pu faire sourire, il est vrai, nos artistes d'Europe, mais qui attestaient le désir de tous de glorifier, autant qu'il dépendait d'eux, le Dieu de TEueliaristie. Des cantiques d'adoration alternaient avec les accents du Parce, Domine, que nous avions traduit en langue vulgaire.

Puis, ce fut une autre procession, en l'honneur de la Reine du ciel. On porta sa statue en triomphe, en récitant, ou plutôt, en chantant le rosaire, car les prières publiques n'allaient pas, en ce pays, sans de multiples modulations.

Svn- la place du marché, où Ton fit une halte, quelques Noix jouissantes entonnèrent, en tamoul, le Salve Regina, que des milliers de bouches continuèrent avec un enthousiasme indescriptible. Même entrain, pendant le chant des litanies de la Sainte Vierge.

A partir de cette heva*e, la victoire siu- l'enfer se dessina, de plus en plus nettement. Les ennemis invétérés se réconcilièrent, et les jiécheurs publics donnèrent des signes certains de repentir.

Sauf quelques rares exceptions, toutes les femmes, et, le 22 octobre, tous les hommes s'approchèrent de la Table sainte. En outre, trois cent cinquante personnes, dont la plupart âgées, reçurent la confirmation.

Cédant à un vœu exprimé par la population, on prolongea d'une semaine les pieux exercices, pour ébranler les retardataires, et fortifier chez les autres le bien accompli.

La croix, érigée près de l'église, sur le rivage de la mer, devint un lieu de pèlerinage. Ainsi régénérés, les habitants la prirent en affection, et la regardèrent comme un palladium assuré. Ils se plurent à l'orner ; ils l'illuminaient gracieusement, le soir ; ils la visitaient, jour et nuit, pour se rappeler leurs promesses, et puiser auprès d'elle la force de la persévérance.

Contrairement à ce que l'on pouvait craindre de l'inconstance propre aux Indiens, le résultat de cette mission ne fut joas éphémère. Au cours des années suivantes, on constata, avec consolation, que la foi avait réellement repris son empire sur ces cœurs autrefois si égarés.

Ces succès éclatants en présageaient d'autres. Les ouvriers apostoliques parcoururent successivement et évangélisèrent, au prix de fatigues accablantes, mais avec la joie dans le cœur, les districts de Valigamme, Trincomalie, Batticaloa, Jaffna, Mantotte, Chilaw, Battavatte, et plusieurs petites îles adjacentes à Ceylan.

Chacune de ces missions durait deux mois en moyenne. Celle de Mantotte se prolongea même pendant quatre mois.

Partout la grâce agit puissamment, et le bien fut incalculable.

PHASE IXTEXSE D EVAXGELISATIOX

— Nous avons eu le bonheur, écrivait ^Igr Séniéria, de voir ces pau\Tes chrétiens renouvelés, changés, sanctifiés.

A Trincomalie, la veille de la comnuuiion générale, beaucoup d'hommes passèrent la nuit à l'église, en prières, pour se préparer au banquet eucharistique.

— Leur recueillement profond pendant toute la cérénionie, écrivait le P. Bonjean, le 5 octobre 1858, fut, à la fois, le fruit et la marque de cette fervente préparation. Touchant spectacle que celui de ces centaines

Flottille indigène.

d"hommes de toutes classes, confondus dans les mêmes rangs, absorbés dans les mêmes sentiments, immobiles et comme suspendus aux lèvres du prédicateur qui leur suggérait, de la chaire, les actes immédiatement préparatoires à la communion ; ne remuant que pour obéir aux signes qui leur étaient faits, et semblant avoir tout oublié, pour ne penser qu'à l'Hôte divin qui allait les visiter. Dans cette réunion il y avait quelque chose de calme, de grave, une émotion tranquille, que je ne saurais décrire, mais qui imj^ressionnait vivement.

Sur cette mission de Trincomalie, se greffa une longue retraite pour

les soldats irlandais de la garnison, appartenant au 50® régiment de la Reine. Ils avaient pris part à la guerre de Crimée et à la répression d'une insurrection aux Indes. Beaueou]), en souvenir de leur vaillance, portaient des décorations françaises et anglaises ; mais la ])luiiart avaient fort négligé, depuis longtemps, les affaires de leiu* âme.

Les Pères Chounavel, Bonjean et Keating le\u- prêchèrent en anglais, et surent promptement gagner leur confiance.

Plusieurs fois, des larmes silencieuses, roulant à la dérobée sur les joues de ces braves, prouvèrent que l'orateur touchait la corde sensible. Ils assistaient aux longues instructions, immobiles comme des factionnaires ; })uis, à la caserne, se répétaient, les uns aux autres, ce qu'ils avaient entendu, rivalisant de zèle pour s'apprendre mutuellement les prières oubliées. Ce fut un véritable engouement. Les demandes et réponses du catéchisme remplaçaient les jurements, les blasphèmes et les querelles.

Témoins de ce changement remarquable, les officiers, même protestants, pensant avec raison que les sermons des Pères étaient plus efficaces que la salle de police, donnèrent à leurs hoimnes toutes les facilités pour assister aux pieux exercices.

- — Comme le temps accordé n'était pas suffisant, cependant, pour toutes les confessions, raconte le P. Bonjean, nous nous arrangeâmes pour aller nous-mêmes au fort Frederick. Là, à l'intérieur d'une vieille redoute, bâtie sur le bord d'un rocher escarpé où se brisent les flots de la mer. dans nos confessionnaux d'un genre nouveau, inventés et construits par les soldats avec des nattes du pays, accouraient, les larmes du repentir dans les yeux, ces fils de l'Irlande, si attachés, malgré des égarements momentanés, à la foi de leurs ancêtres. Pendant ])lusieurs jours, de^'ant le public étonné, nous gravîmes cette montagne devenue sainte.

Dès que. du haut de leur rocher, ces l)ons soldats constataient rapproche des Pères, ils se précipitaient vers eux, avec les transports d'une joie presque enfantine. Sur le passage de leiu's chers apôtres, les factionnaires présentaient les armes, avec un clignement d'œil significatif et un sourire affectueux.

— Quand notre tâche quotidienne était terminée, continue le P. Bonjean, tous se pressaient autour de nous, pour entendre quelques mots de gaîté, ou d'édification, courant et folâtrant à nos côtés, comme de vrais enfants. Ces petits moments d'une joie franche et pure leur faisaient oublier bien des mauvais jours, et nous procviraient. à nous, un bonheur qu'un prêtre missionnaire seul peut comprendre.

La communion générale eut lieu, le dimanche, 11 juillet. Quelques-inis s'approchaient de la Sainte Table pour la première fois, et cinquante-deux furent confirmés. Parmi ceux-ci, on comptait plusieurs soldats protestants.

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