‹ Cent ans d'apostolat dans les deux hémisphèresChapitre 104 sur 131 · PREMIERE VISITE DE MGR DE MAZENOD · texte numérisé non relu

PREMIERE VISITE DE MGR DE MAZENOD

tatant combien cette illusti-e et opulente famille était pi'ofondément attachée à l'Église romaine et fidèle à toutes les pratiques de la dévotion la plus éclairée.

Mais le vénéré Fondateur n'oubliait pas un autre Londres, bien différent du précédent.

Avec le P. Aubert, il se rendit au quartier <Je Whitechapel. à lest de la Tour historique, centre de la cité, Toiver. l'ancienne prison dEtat où se sont déroulés tant de sombres drames ; ensemble sévère de constructions irrégulières sur une superficie de plus de cinq hectares, avec une double enceinte de murs à créneaux et un large fossé.

I>a Tour de Londres.

Entre la vieille Tour et les docks, entrepôts du commerce ilu monde entier, s'étendait, alors, le domicile de la misère la plus noire : labyrinthe de ruelles obscures et fangeuses : cours, vrais i loaques d'immondices ; bouges hideux, où jamais ne pénétrait un rayon de soleil; asile de la pauvreté et de la soulfrance, du dénuement et de la faim !

Hélas ! c'était aussi le repaire de [^ignominie et l't'cole de la dépravation pour des légions d'enfants déguenillés. Les forfaits les [)lus

568 DANS LES ILKS BR1TAXXI<)UES

abominables sv coniiiiettaient ouvertement : les plus dégoûtants, comme les plus cruels. De toutes les contrées de lunivers. les marins s'y réunissaient pour y dépenser en quelques heures, dans les plus honteuses débauches, l'argent durement gagné au prix de mille fatigues au milieu de l'océan. A leur suite accouraient les malandrins de tous les pays pour mettre en commun leurs instincts pervers.

Prostituées, souteneurs, voleurs, assassins, s'étaient donc, de temps immémorial, fixés en ce lieu.

A côté de ces malheureux descendus si bas, vivait, cependant, une population laborieuse, composée d'Irlandais. Les hommes travaillaient dans les docks, à charger et à décharger les innombrables navires qu'envoyaient toutes les nations du globe. A la maison, leurs femmes cousaient fébrilement de grands sacs de toile grossière, qu'on leur payait au prix dérisoire de quarante centimes la douzaine. Exploitation barbare delà misère!... véritable crime de lèse-humanité, de la part de riches commerçants sans entrailles ! Quelle tentation pour ces ouvrières si peu rétribuées, que la vue de ces créatures perdues de mœurs, qui, dans leur voisinage, gagnaient de l'or à pleines mains par leur infâme métier !

L'évêque de Marseille et son compagnon s'aventurèrent dans ce dédale de rues si étroites, que, parfois, deux personnes ne pouvaient y passer de front. On y respirait un air fétide... A droite et à gauche, des huttes où s'entassaient, dans une promiscuité malsaine sous tous les rapports, des milliers d'êtres humains de tout âge et de tout sexe. Sur leurs traits émaciés, on lisait la soulTrance; parfois, une sorte d'hébétement [)roduit par les suites de cette extrême misère qui les avait saisis dès le berceau et les tenaillait jusqu'à la tombe ; parfois aussi, hélas! les rides précoces causées par l'habitude du vice.

Devant un si lamentable spectacle. ^Igr de Mazenod ne [>ut retenir ses larmes. Son cœur se serrait douloureusement ; une immense comj)assion l'envahissait, et ses lèvres murmuraient, comme auti'cfois celles du divin Maître :

— ()\i ! que j'ai pitié de cette foule ! ellf meurt de t';iiin : Miscrfor super lurhar/i... non mini habent (/nod niandncent !

Mais sa pensée s'élevait plus haut que les liori/(»ns de et> monde :

— l'auvrcs gens! (pi' ils sont à plaindre !... Il leur iiian(|ue le pain il ii cor|ts ! eoiiilticii plus le p:iiii de l'àiiic !... Qufl est le lurtre (|ui >'occupe de < es inl'orlunés '.'... (^ue connaissent-ils de 1 )ieu et de .Iésus-('d»i-ist, son Mis unicjue, leur llédemplcui- '.'... Savent-ils (pi'ils s<»nt créés pour le ciel?... Sont-ils même simplenniil baptisés".'...

l'^l, se tournant \ers \v \\ Anbert :

Page 1