PREMIÈRE VISITE DE MGR DE MAZEXOD
— Gomme l'un de nos établissements serait bien placé ici!... Où donc les Oblats rencontreraient-ils des âmes plus abandonnées?
Après quelques moments de silence :
— Oui ! continua-t-il. Ici ! ici même, il faudrait que nos Missionnaires vinssent dresser leur tente. Le bien qu'ils y accompliraient serait incalculable ! Des milliers d'àmes leur devraient le salut éternel !...
A partir de ce jour, le projet d'une maison de sa Congrégation dans les environs de la Tour de Londres fit l'objet de ses préoccupations constantes. Le besoin en était urgent [)Our cette population malheureuse. Mais aussi que de difficultés à vaincre ! Que d'obstacles à surmonter !
Ce projet devant lequel les plus audacieux auraient senti faiblir leur courage, ne put se réaliser que quatre ans après la mort de celui dont le cœur généreux l'avait conçu. Nous aurons à dire, plus tard, comment les Oblats, au prix d'elTorts inouïs, bâtirent, là, une magnifique église et de très vastes écoles.
§ 2 A travers l'Angleterre.
De Londres, les deux voyageurs allèrent à Birmingham, et, de là, à Maryvale. Mgr de Mazenod eut la satifaction d'y contempler une communauté nombreuse et très régulière. Le noviciat et le scolaslicat se mouvaient à l'aise, chacun de leur côté, dans ce splendide immeuble,
— Alaryvale ! écrivait-il au P. Tempier. Quelle jolie maison ! Quel site agréable ! Quelle tranquillité ! Rien de plus convenable pour nos étudiants !
Pendant son séjour en Angleterre, il y établit son quartier général, et, de là, rayonna dans toutes les directions.
M. Maxwell à Everingham, >L,etM""'de Lisle-Phillipps à Loughborough, lady Granville à Aldenham. lord Shrevvsbury dans son splendide château gothique, estimèrent comme un honneur et une grâce céleste de le recevoir chez eux. Il fut successivement leur hôte, et tous le comblèrent des marques de la vénération la plus profonde pour sa double dignité d'évêquc et de Fondateur d'une Congrégation religieuse dont ils appréciaient tant le mérite et le zèle apostolique.
Dans ces milieux aristocratiques, Mgr de Mazenod, par son grand air, ses nobles manières, sa distinction naturelle et ses éminentes vertus, produisit une vive impression. Depuis cette époque, dans sa correspondance se multiplient les preuves des liens de sincère alfection
et de confiance réciproque qui rattachèrent, désormais, à ceux qui portaient les noms les plus illustres de l'Angleterre, surtout lord Shrewsbury, lord Talbot, lord Fielding, dont les propriétés et le manoir étaient à quelques lieues, au sud de Liverpool, lord (^ampden, etc.
Quoique parfaitement à l'aise avec ces hauts personnages, il préférait, cependant, les humbles, les petits et les déshérités.
Aussi l'un des meilleurs souvenirs qu'il garda de son voyage fut celui i\e la réception inoul)liable que lui firent, à Liveri)ool, les milliers d'Irlandais évangélisés par ses Oblats. Il venait d'assister à vêpres dans leur église-hangar qui se remplissait six fois, le dimanche, et y avait donné la bénédiction du Saint Sacrement. A la fin de la cérémonie, la foule l'attendit au passage. On se jeta sur lui pour lui baiser les mains, les habits et même les pieds. Une admirable foi inspirait ce respect, cet amour, cet enthousiasme. Il lui fallut plus d'une demiheure pour traverser la chapelle, au milieu de cette multitude aux rangs pressés, car chacun cherchait à le toucher et à être béni par lui. Quand ces braves gens tenaient ses mains, ils les plaçaient sur leur tète, et les y gardaient le plus possible.
— Seule la dentelle de mon rochet en a souffert un peu, racontait Mgr de Mazenod ; mais mon cœur était bien attendri !
Non sans peine, il arriva au bas de l'escalier, sur la rue. Là. s'agitait une foule plus nombreuse encore, mais qui. étant en dehors du saint lieu, ne fut plus capable de réprimer son émotion.
De ces milliers de poitrines, jaillirent spontanément des hoin-ras frénétiques, répercutés par les échos et qui retentirent au loin.
Gela ne suffisait pas encore. Tout ce peujtle voulut l'escorter jusqu'à la demeure des Pères, à dix minutes de distance. On jn-écédait l'évoque, on l'entourait, on le suivait. On faisait écarter quiconque se rencontrait sur son passage. Cette multiluile était ilans une jubilation extrême. Le long du parcours, les habitants se mettaient aux fenêtres, ou sur le seuil de leur porte, attirés par ce si)ectacle si nouveau. .Mais, malheur à qui l'eût trouvé mauvais. Ces robustes ouvriers des docks n'auraient pas toléré que l'on se permît une plaisanterie ou la moiuf're réfiexion d(''sobIigc;mtc. sur l'expression un peu bruyante de leur v«''nération.
Avant d'entrer, Mgr de Mazenod se retourn;i |iour saluer de la maillet du regard. .\ lors, les hourras recoiniiiiMicèrent et se répi-lèrent avec plus irentraiii. C'était plus (|ue de l'allt-gresse. i'«lail du d( lir<'.
Va celte scène avait lim au eeiili-e .lime \ille |n<tteslaiite, en riionneiir il'un étranger, dont aucun <le ces iioMdir<'u\ uiaiiilestaiits