CHAPITRE XVIII
Deuxième visite de Mgr de Mazenod
Jf Liverpool et Dublin, accueil enthousiaste.
Il tardait au F'ondateur d'aller visiter, une fois encore, ses enfants d'outre-Manche, pour les encourager, imprimer un nouvel élan à leur zèle et les fortifier pour de futurs combats.
Accompagné du P. Aubert, il partit, le 28 juin 1867, et, après s'être arrêté quelques jours dans notre maison de Nancy, arriva à Londres, le 10 juillet. Le comte d'Arundel, devenu par la mort de son père duc de Norfolk et premier lord d'Angleterre, se constitua encore son cicérone à travers les merveilles de la capitale du Royaume-Uni. Plusieurs autres membres de l'aristocratie anglaise, lords Gampden, Staflbrd, Devaux et le converti Monsell, député à la Chambre des Communes, ne s'empressèrent pas moins autour de lui. Il lut très édifié de la ferveur de ces catholiques et de leur esprit surnaturel (pii les poussait, <lès (pi'ils voyaient un évêque, à s'agenouiller.
Les écoles de Liverpool, dues à ses Missionnaires, excitèrent son admiration. Comme en 1800, les Irlandais prodiguèrent les témoignages de vt'nération pour sa i)ersonne et l'expression de leur gratitude, car leur alfection pour les Oblats dont il était le Père, avait augmenté avec les bienfaits reçus.
A Dublin, l'archevêque le retint à sa table. A cette occasion, il invita les i)rincii>aux dignitaiies de son clergé, les professeurs de l'Université et du sémiuaiiT provincial «le Maynooth. les arclievétpies d'Armagh et de Cashel, assignant la place dlionncur au .Supérieur général, qu'il pria, en outre, d'oflicier à la cathédrale. Il ne cessait d<' lui r(;dire combien il était heureux de posséder les Oblats dans son diocèse et reconnaissant ilu hii-n incalculable (pi(> leur ministère y accomplissait.
Mais rien ne saurait di-peindre laccueil des habitants d'Inchicore.
DEUXIEME VISITE DE MGU DE M.VZEXOD
Une immense foule s'était massée devant la maison des Pères. Dès que parut Mgr de Mazenod, éclatèrent de formidables vivats ; puis, tous se prosternèrent. Quand le prélat, touché jusqu'au fond de l'âme, eut prononcé, de sa voix puissante, la f(jrmule de la bénédiction sur ces milliers de fronts courbés, la multitude se releva, et les hourras recommencèrent, plus nourris, plus vibrants, plus émotionnants : spectacle saisissant et indescriptible.
Mousciu'ueiir de Mazcuod.
Le lendemain, dimanche, il célébra solennellement la messe dans la cliaj)elle temporaire, mais pourtant si belle déjà. Ceux qui s'approchèrent de la sainte Table étaient si nombreux, qu'il lui fallut plus d'une heure i)our leur distribuer la communion. Des larmes abondantes coulaient de ses yeux, à l'aspect de ces lignes interminables, non seulement de femmes, mais d'hommes, ouvriers robustes, venant, graves et recueillis, recevoir de lui le pain eucharisli(jue. Conune il remerciait Dieu de s'être servi des Oblats pour ramener tant d'âmes dans le sentier du ciel.
6lO DANS LnS H.KS lîIUTANNIQUE.S
Ce n'était [»as assez pour son C(jeur davoir vu ces In-aves gens à l'éi-lise ; il voulut, de plus, les visiter chez eux, dans les atclici-s de la Raih^'aj- Companj-.
Cette marcfue de paternelle l)ienveillance mit le comble à leur jubilation. Il i^arcourut les salles, les unes après les autres. Dès quil entrait, tous suspendaient leur travail et tombaient à genoux. Puis, c'étaient des vivats et des acclamations, à mesure quil passait dans leurs rangs, se faisant expliquer leur genre d'ouvrage, s'intéressant à leur famille et à leur prospérité. Il les considérait comme ses enfants. De leur côté, eux l'aimaient comme un père. De part et d'autre, cette visile laissa d'inelTaçables souvenirs.
^ 2 Jl Leeds.
Bien à regret, il quitta cette Irlande quil chérissait depuis si longtemps! Il s'y était attaché davantage encore, pendant ces quelques jours. La magnifique baie de Dublin lui rappelait, en outre, les beautés du golfe de Naples, et il y fixa longuement ses regards, tandis que le navire voguait vers le pays de Galles.
On le réclamait à Leeds, pour présider une consolante cérémonie.
Après quatre ans de labeur incessant et de dévouement ininterrompu, les Oblats avaient achevé leur superbe église gothique, l'une des plus remarquables construites en Angleterre, au xix" siècle. Quatre ans, c'est peu. si Ton songe à ses proportions ! Le moment était venu de la bénir et de l'ouvrir au culte.
Les habitants de ce quartier si populeux étaient justement liers de leur magnifique « basilique ». Resplendissante de jeunesse et de Iraicheur, au sommet du llichmond Ilill, elle dominait toute la cité et affirmait la vitalité du catholicisme. Aussi, l'allégresse ('tait-elle universelle, le mercredi '.i<j juillet.
Quoi([ue ce fût un joui" de semaine, non seulement les manufactures catholiques fermèi'ent leurs portes, mais les ouvi-iers des usines protestantes exigèrent un congé. Plusieurs heures à l'avance, une multitude innombrable envahit le plateau de la colline et les rues avoisinantes, à tel point que, lors(pie Mgr de Mazenod se lemlif à l'église pour la ci-rémonie, la voiture à deux chevaux mise à sa disposition par M I IiiliHoit 11. l'un des prJM iitaux eiloyeiis d«' la \ille. ne put se frayer nu chemin. Il lui é-tait absolument iuïpossihh' de se moJivoii*. Ln vain, le eochei' redoublait ses elforts. Des eatholi(|ues et des prufestant»;, ("i)uq)i'eiianl la diUieult»', aecnururenl à son secours. Ine i^t lentaine
DEUXIEMi: VISITE DE MGR DE MAZENOD
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d'hommes entourèrent le carrosse, les uns écartant la foule, les autres le poussant à force de bras. On arriva ainsi près des murs de l'école.
Là s'organisait la procession, tandis que dans le sanctuaire attendaient le cardinal Wiseman et l'ancien archidiacre anglican converti, le docteur Manning, <jui devait être son successeur sur le siège de Westminster et recevoir, comme lui, les honneurs de la pourpre romaine.
Mgr de Mazenod revêtit, en plein air, les ornements pontificaux.
Leeds. — lalérieiir de l'église Sainte-Marie.
comme il l'aurait fait dans une ville entièrement catholique. Précédé de cent prêtres en surplis, il marchait sous un riche dais porté par six notables. En arrière, venaient Mgr Briggs, évêque du diocèse, et Mgr Brown, évêque de Xewport, l'un et l'autre avec leurs chanoines.
Cet imposant cortège s'ébranla lentement, à travers les rangs serrés de la foule, et passa sous plusieurs arcs de triomphe dressés avec art. Quoique, parmi ces milliers d'hommes, beaucoup ne partageassent j)as notre foi, il n'y eut pas un cri discordant. Un silence solennel planait sur l'assistance, témoignant de l'impression profonde dont chacun était pénétré. Au passage des évêques, tous sans exception i)loyaient les genoux.
Quel étranger, à ce spectacle, se serait cru dans nue ville habitée par deux cent mille[hérétiques '?...
()I2 DANS LKS ILKS HU1TANM(,)UES
Dès que s"ou\ril la vasle église, la inullitu(h; s'y cngoiiUVa, désireuse de ne rien perdre de la eérémonie. Mais, là, eiieore, ni bruit, ni désordre. I/altitude de tous était si respeetueuse, (pi'on eût difficilement distingué les protestants des catholiques
Mgr de Mazenod accomplit les rites de la bénédiction du temple et célébra la graiid'niesse, avec cette dignité majestueuse qu'il ap])ortait aux fonetions liturgiques. Sa voix sonore remplissait les trois nefs. A l'Evangile, le cardinal Wiseman prononça un éiocpient discours et déclara ([u'il n'avait jamais vu. en Angleterre, un spi^ctacle aussi beau.
Dans l'aiirès-midi, aux vêi)res ])ontificales. l'assistance ne lut pas moindre. Le docteur Majining [)rècha, et, par- sa parole captivante. charma son auditoire.
Le soir, M. Moldforth, vieillard de quatre-vingt-dix ans. chef d'une des familles les plus riches de la ville, et bienfaiteur insigne de la missictn. s'a})procha du Supérieur général :
— Monseigneur, lui dit-il. ipiand j'étais jeune, il n'y avait (jue dix catholiques à Leeds ; moi seul, je servais la unisse au prêtre qui venait, de temps en temps, dans cette petite chrétienté. Maintenant, on en compte trente mille. Grâce à vos Oblats, ce chillre s'accroîtra de plus en plus. Dieu probablement n'a prolongé mon existence si au delà des limites ordinaires, que pour me faire contempler aujourd'hui cette scène, gage de tant d'espérances ! Comme Siméon, je puis chanter mon Niinc di/niftis, car mes yeux ont vu le salut <risraël.
C]ombien ]>ensaient aussi (ju'une divine lumièi-e brillait sur Leeds» et qu'elle irait s"('-panouissant, i)Our diriger dans les voies île la paix éternelle ceux (jui, jus(jue-là. étaient i-estés assis dans les ténèbres de l'erreur.
5 3 En Ecosse.
Après une halte à .SicUlingliall. le I^'oudateiir partit, le .] aDÙt. p(jui- IMiudxMiig. Mgr ("liljis se; trotivait à la gare pour l'accueillii'. Il lui olfril aimabifiiiciit Iliospitaliti' dans son palais. l'Jiseiiible. les deux i''vé(pi('s l'égici'ciil la (picslioii «li- nuire l'Iablisseinent a l.eitli. Mgr (lillis y tenait beaui-oiip.
(hiehpies jours après. .Mgr de Ma/eiiod |iril la roule tie ( lala^liiels. M. Ilopc Scott et lord Henry Keer le reçurent au château d'AbbolsIord. avec les marques de la foi la plus vive, s'agenouillant pour lui deuiandcr sa b''M<''dic| ion. Il adndra les senlimeiil>> si leliL-ieiix de ee^ nol»l«'s
DEUXIEME VISITE DE MGU DE MAZENOD
convertis, lui faisant, avec tant de distinction et de délicatesse, les honneurs de cette pi-incit re résidence.
Le 8 août, il était à Everingham. chez le hon et toujoui's si dévoué M. Maxwell. Puis, il retourna à Leeds pour une ordination. Cette cérémonie attira dans la nouvelle église une foule immense de catholiques et de protestants. Les fonctions sacrées s'y déroulèrent avec la pompe d'une cathédrale, et la nombreuse assistance en fut extrêmement édifiée.
Lord Gampden voulut possi'-der aussi le prélat dans son manoir seigneurial, où il le traita avec le plus profond respect, ne s'approchant jamais de lui, sans fléchir le genou pour lui baiser la main humblement. Il se réserva la faveur d'être son sacristain dans la chapelle du château.
Cette seconde visite à la province britannique accentua le bien que la première y avait produit, sept ans auj)aravant. La présence du vénéré Fondateur était une joie et une force. Elle resserrait les liens de la charité. Tous en conçurent une i)lus grande estime pour leui* vocation, un désir plus intense de sainteté personnelle, et un zèle plus ardent poui* le salut An [u-ocbain.
Sickliiijjlutll. — Intéiicur de la cliapclle. (Voir le texte, p. 089.)