‹ Cent ans d'apostolat dans les deux hémisphèresChapitre 26 sur 131 · LA CHAPELLE DE LA MISSION A ATX III · texte numérisé non relu

LA CHAPELLE DE LA MISSION A ATX III

aura rendu; c'est ce qu'il y a de plus intime en moi qui aura parlé (i).

Ces lignes émues nous révèlent ce qu'était le P. de Mazenod pour les jeunes gens dont il prenait la direction. Quels suaves rapports s'établissaient entre eux et lui ! Quelle reconnaissance ses enfants lui vouaient ! Quel souvenir impérissable ils gardaient de lui, même après sa mort et jusqu'à la fin de leur propre existence !

Beaucoup auraient pu écrire, comme son premier biographe, des pages intéressantes et édifiantes ! Car ce ne fut pas sur l'un d'eux seulement, ou sur un cercle restreint de privilégiés, qu'il déversa les richesses de son cœur. Ceux qui furent ainsi l'objet de ses tendres sollicitudes, sont légion. La confiance illimitée des familles lui amenait chaque jour de nouveaux enfants, dont il faisait ses fils spirituels. Le bien accompli se multipliait en proportion. Toutes ayant auprès de lui quelque représentant, des liens d'étroite amitié se formaient entre lui et le chef de chacune d'elles. Les parents eux-mêmes subissaient son influence et la bienfaisante contagion de son attirante sainteté !

Quel empire extraordinaire il exerçait sur cette bouillante jeunesse ! Comme il savait la gagner et fixer sa mobilité native; dominer son imagination de feu, et toucher sa sensibilité, sans trop l'exciter cependant; imprimer le mouvement aux âmes lentes ; extirper dans son germe le vice; faire aimer la vertu; accoutumer par degrés au sacrifice !

A cette fin, outre le règlement général, il traçait à chacun des lois particulières pour sa conduite personnelle.

Le succès de l'Œuvre fut complet. On comptait parmi ces jeunes gens, nous dit M. Tavernier, tout ce que la ville d'Aix eut, plus tard, d'hommes honorables et distingués. Leur destinée a été diverse. On les retrouva dans la magistrature, le barreau, le commerce, les finances, la noblesse, la littérature, l'administration, etc. ; mais à tous leur guide commun inculqua la piété la plus solide et la fidélité au devoir.

§4 Embellissement de la chapelle.

Aux autels en bois furent, d'abord, substitués des autels en marbre. En l'ace de celui du bienheureux Alphonse, sainte Thérèse avait le sien. Il convenait que la célèbre réformatrice tlu (Manuel fût spécialement vénérée dans ce lieu autrefois sanctifié par les vierges qui, sous sa bannière, s'étaient enrôlées au service de Dieu. Par là, on rattachait à un glorieux passé un renouveau plein d'espérances .

(i) A. Taveruier, ancien liàloiiuioi' de lordi-c des a^■oeals, Quelques Souvenirs sur -l/gT Cti.-Eagènc de Mazenod, iu-S'% Aix, iSjii, p. ."> s([.

Au-dessus de son autel, on admira, dès lannée suivante, un superbe tableau de grandes dimensions, œuvre originale d'un des plus illustres maîtres de l'école lombarde au xvn" siècle, le Guerchin. C.ette toile, d'une valeur réelle, représente sainte Thérèse en extase devant Notre- Seigneur. L'artiste a su rendre, d'une manière saisissante, le ravissement de la sainte contemplant son divin Époux. En même temps, il a reproduit, autant que c'est possible au génie humain, cette merveille surnaturelle, transparente lumière, qu'est le corps spiritualisé. après la résurrection. De toutes les peintures ornant les églises d'Aix, c'était, sans conteste, la meilleure. On l'estime plus de soixante mille francs.

Un somptueux mobilier s'ajouta bientôt aux premières améliorations. Peu à peu, un trésor d'objets pour le culte se forma et devint considérable. Dans la ville, aucune sacristie ne possédait rien d'approchant. Toutes ces merveilles étaient oITertes. soit par les parents des jeunes gens sur lesquels le P. de Mazenod veillait avec tant de sollicitude, soit par des personnes redevables à lui ou à ses compagnons de la paix de l'âme reconquise et conservée.

L'une des plus généreuses fut M"*^ Ghaignac, directrice du pensionnat le plus florissant de la ville. Sur ses instances réitérées, les Missionnaires en avaient accepté l'aumônerie, mais à la condition expresse qu'ils ne recevraient aucun traitement.

Déjà avancée en âge, la pieuse directrice ne voulut pas attendre la mort pour témoigner sa gratitude. Elle donna en abondance des vases sacrés : ostensoirs, ciboires, calices en vermeil avec burettes et plateaux de même. Le poids en était sensible, car elle n'avait pas économisé la matière. Ils coûtaient d'autant plus cher que les travaux d'orfèvrerie religieuse, n'ayant pas, alors, le débit qu'ils eurent dans la suite, se maintenaient dans des prix trop souvent inabordables.

De jour en jour, le sanctuaire croissait en splendeur, et le contraste s'accentuait entre sa magnificence et l'extrême pauvreté de l'habitation des Missionnaires. Pour Dieu, rien ne leur paraissait \vo\) beau: pour eux, rien ne leur semblait trop modeste.

L'élite de la société frécjuentait cette chapelle et s"\ ]iressait à t(»iis les exercices; les gens des conditions les [)lus Iniinbles y avaient également leur place et s'y trouvaient chez eux. (] Clait \raiiiientla maison accueillante du Dieu bon, où toute dillërencc tei-restre selface, et où petits et grands, riches et pauvres, adorent et prient ensemble le inrme Père (jui est au ciel.

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