‹ Cent ans d'apostolat dans les deux hémisphèresChapitre 25 sur 131 · LA CHAPELLE DE LA MISSION A AIX IO · texte numérisé non relu

LA CHAPELLE DE LA MISSION A AIX IO

naires de Provence, jusqu'au jour où, par la décision du Pape, leur nom se changea en celui d'Oblats de Marie Immaculée.

Le saint agréa cet hommage. Deux miracles éclatants, obtenus par son intercession, furent juridiquement constatés. Le P. de Mazenod en transmit à Rome les procès-verbaux officiels, et joignit à cet envoi une somme d'argent pour coopérer aux frais de la canonisation. Le supérieur général des Rédemptoristes se hâta de le remercier, et l'invita fortement à réunir ses Missionnaires, dont la réputation était parvenue jusqu'à lui, aux enfants du bienheureux Alphonse, qui souhaitaient s'établir en Provence et en France.

Cette dévotion du P. de Mazenod envers saint Alphonse se montra aussi par l'empressement à adopter sa Théologie morale. I^es Missionnaires de Provence eurent pour guide, dans la discussion des cas de conscience, celui que Pie IX, un demi-siècle après, déclara docteur de l'Eglise universelle. Ils se proclamaient ses disciples, et vulgarisèrent ses enseignements.

On peut donc l'affirmer, le P. de Mazenod a été l'un des plus zélés promoteurs de cette Théologie morale, bien avant qu'elle n'eût pénétré dans les autres régions de la France. Douze ou treize ans plus tard, seulement, le futur cardinal Gousset, alors professeur au séminaire de Besançon, en eut connaissance (i).

Le P. de Mazenod ne s'en tint pas là. Il voulut révéler le bienheureux à la France entière. Dans ce but, il commença à écrire sa \\q. Surchargé d'occupations et forcé d'interrompre celle-ci qui lui était si chère, il pria son père d'en préparer la suite, en traduisant de l'italien plusieurs documents, et même la biographie publiée à Rome, à l'occasion de la béatification.

Consacrer les dernières années de son existence à la glorification d'un élu de Dieu était une pensée digne d'un grand chrétien. Le président l'accueillit avec bonheur. A leur retraite annuelle de 1819, les Missionnaires lurent au réfectoire la partie déjà traduite. Un an après, cependant, le 10 octobre 1820, la mort empêcha le président d'achever.

Les premiers compagnons du P. de Mazenod, trop absorbés par ailleurs, durent attendre que leur nombre eût augmenté suffisamment. Le projet fut repris par le P. Jeancard, depuis évêque de Cérame. Il avait, pour le mener à bon terme, toutes les qualités désirables : un style élégant, une extrême facilité d'assimilation et une rare habileté pour disposer avec ordre les matériaux.

(i) Cf. Myx Fèvre, Histoire du cardiiuil (ioiissef, iu-S-^, Paris, 1S82, eh. 11, p. 57.

108 LA FONDATIO.V

Outre los cloeuinents laissés [)ar le prôsidcnl et d'autres trouvés [>ai* lui-même, il consulta longuement les lourds in-folio du procès de béatilication. Avec ces éléments précieux, et grâce à son réel talent d'écrivain, il composa un ouvrage considérable, auquel, dès son apparition, la presse religieuse ne marchanda [)as les éloges les i)lus (latteurs. Son succès croissant attesta de plus en plus son incontestable mérite ( i).

Les éditions se succédèrent rapidement. Ce fut la première vie du bienheureux Alphonse écrite en français, et aussi le [iremier livre important publié par les Oblats (2).

On remarqua spécialement les passages sur la Théologie morale. L'auteur établissait, avec une parfaite connaissance du sujet et une surprenante abondance de preuves, que, pour ramener les pécheurs à Dieu, elle était infiniment plus efficace que les coutumes trop sévères, alors presque universellement adoptées en France. (Celles-ci, conséquences pernicieuses du jansénisme, sous le fallacieux prétexte d'une éminente piété, éloignaient les fidèles des sacrements, sources de régénération.

Ces pages dénotaient une étude approfondie de ces matières délicates et une expérience consommée dans l'art si difficile de conduire les âmes. Elles ne pouvaient pas être du P. Jeancard, alors jeune prêtre, n'ayant pas exercé encore le ministère des missions. Evidemment elles émanaient de son supérieur, dont elles rellétaient les pensées et même le style (3).

L'attachement du P. de Mazenod aux enseignements de saint Alphonse, en même temps qu'il témoignait d'une étonnante sûreté de jugement, n'allait pas sans un vrai courage. C'était s'exposer à être taxé de nouveauté et île témérité par beaucou[) de professeurs de théologie en France, généralement trop rigoristes.

De fait, son dévouement aux saines doctrines fut la cause d une opposition redoutable, <pii. du sein du clergé cl de la ]iait même de quelques évêques, s'éleva contre lui et contre sa famille religieuse naissante.

Nous aurons à v revenir.

(i) Cf. Ami ilf In ffeliiiion. 11" <hi iS juin iSjS.

(j) II. I*. .I<;iiii;ir(l. Missidiin.iiii- de l*r<i\ ciicc. VfV du It. Al/ilmiisr ,ir /.ii^iniri, in-H'. (le XXIV- Cuti |i;i;,'fs, l'iiii-^ M. use il le, iSjS. I.i- |)r(Miii('r tmiu' ilc la tradiK-tion franraisr des (Jùirn's ilr saint Alftlmiisr par irs lii-iK-dictiiis de S<dfsiiu'S punit seiiieiiuMit «"Il |S'<'|. Cf. Doiii l)<l.dl<\ ]'ii- dr ihun (iinraiii^rr, 1 iii-S", Taris, içtxo. ch. IV t. I, p. r<7.

(?) H. I'. Ilciili.-. Siiiiil .\li>lioiisi'. j in-S'. I'aii> itH»». I. M. p. C>-j s,\.

LA CHAPELLE DE LA MISSION A AIX lOQ

"L'Œuvre de la Jeunesse.

Gréée depuis quelques années à peine, l'Œuvre de la Jeunesse avait rapidement prospéré. En 1816, elle comprenait plus de trois cents jeunes gens. Chaque jour, ils se réunissaient à la chapelle ; puis, ils jouaient ensemble dans le jardin, ou, en cas de mauvais temps, dans des salles de l'ancien couvent mises à leur usage.

Le dimanche, aune messe dite pour eux, une instruction leur était faite. L'après-midi, on les convoquait de nouveau pour le catéchisme, avant ou après les vêpres, selon la saison. On les accompagnait ensuite à un vaste enclos, situé aux portes de la ville, et appartenant aux Mazenod. Là, ils trouvaient le grand air et l'espace pour courir à l'aise.

Ces délassements honnêtes les préservaient des périls de tout genre. Ils se conservaient purs et bons, grâce aux soins vigilants dont ils étaient l'objet, et à la réception fréquente des sacrements. On s'industriait à développer leur ferveur par les exercices les jilus variés : retraites annuelles prêchées à tous ; retraites spéciales pour les anciens, ou pour les premiers communiants, etc.

Les résultats de cette direction éclatèrent bientôt à tous les yeux. Le 22 août 18 16, à la distribution solennelle des prix au collège Bourbon, l'assistance d'élite qui avait répondu à l'invitation du proviseur, s'aperçut que les éloges décernés par lui aux plus méritants, s'adressaient à des membres de l'Œuvre de la Jeunesse. Les applaudissements de l'assemblée furent un encouragement [)our le Fondateur.

Avec un dévouement sans bornes, il formait ces adolescents à la sagesse, en ouvrant leur cœur aux impressions les plus saines. La plupart devinrent très édifiants. Leur reconnaissance, loin de s'atlaiblir avec le temps, grandit à mesure que leur esprit se rendit mieux compte du bienfait reçu.

Sa première biographie fut composée par l'un deux, gloire du barreau français. Simple esquisse, elle est remarquable par l'élévation des sentiments autant que par la ressemblance du portrait.

— Mgr de Mazenod, dit-il, guida mes pas et me fit connaître les charmes de la vertu. Son souvenir revit en moi. plein de fraîcheur et de suavité à la fin de mes jours, comme à l'aurore de mon existence. Je le vois encore avec ses qualités supérieures, ses manières nobles et distinguées, son élan vers le bien, son allectueuse indulgence et les côtés ravissants de son âme. J'entends encore sa parole éloquente, et je ressens, après de longues années, les émotions qu'elle causait. Je me le représente surtout se vouant au culte de la jeunesse....

IIO LA rOXDATlON

L'auteur nous le montre se livrant avec une ell'usion entière, mais proportionnant le don de lui-même aux besoins de chacun.

— Souvent séparé de lui. je lui écrivais avec abandon. Il me répondait ce qu'au milieu de ses travaux évangéliques sa pensée savait trouver de traits vifs, rapides et délicats, et ils étaient nombreux. Ses lettres sont de gracieux modèles de l'art épistolaire. Impossible d'exprimer avec plus de goût et de naturel des choses alVectueuses, ou de les orner d'un style plus pur. J'en publierai quelques-unes pour faire connaître son àme, la forme exquise de son langage et l'étendue de son dévouement...

Lorsque son heure dernière approcha et qu'une si belle vie fut sur le point de finir, j'accourus à son lit d'agonie, et je pus recevoir, avec ses adieux, le dernier mot et le dernier mouvement de son cœur... Je vois encore ce visage labouré par le mal, allaibli par la souffrance, consumé par le travail de la mort. Il avait conservé son regard alTectueux et doux. Son âme apercevait déjà le ciel ; ses yeux s'y portaient, comme ses espérances. On eût dit qu'il contemplait d'avance la place qui lui était réservée. Il la voyait à travers le feu de ses désirs et les ardeurs de sa foi. Le calme le plus profond régnait sur tout son être : la mort avait pour lui des douceurs... Il fut pour moi, dans ce moment suprême, ce qu'il avait toujours été durant sa vie... Je m'éloignai, baigné de larmes, saluant sa grande àme qui me cpiittait; je sentis qu'une partie de moi-même s'éteignait sans retour, pour ne plus vivre que dans les cieux, et, de là, continuer à veiller sur ceux qu'elle avait aimés ici-bas...

Voilà ce que je voudrais raconter. En moi, tout se rattache à lui ; mon adolescence, mes études, ma vie publique et mon bonheur.

D'autres raconteront son existence entière. Ils diront ce (juil a fait dans IT^glise catholique. Ils peindront la grandeur de son esprit, hi force et l'énergie de son gouvernement épiscopal. la vigueur et le courage de ses lettres aux divers j)ouvoirs [)oliti([ues qui se sont succéilé. et la fondation de l'Ordi-e religieux qu'il créa.

Mon dessein est moindre. Je ne veux peindre qu'un C(Mé de sa gi'ande figure : son dévouement au culte de la jeunesse ; le mouvement de nos deux âmes l'une vers l'autre, et cehii de nos deux cœurs vers Dieu... Avant «le mniu-ii-. je ne voutlrais pas laissci* se perdre des souvenii's ipii sont sacres pour moi. Je vou<lrais les faire vivre et leur donner aux y<*ux ilc tous le charme «pi'ils ont eu poiii' luoi-niènie, durant le cours de ma \ie... .le \('u\ apporter ma pierre au monument (|ui lui sera, sans il(»uti', élevé un jour... (^)uel(|u«' laible (pje soit cet hommag»', c'est mon cour, c'est mon Time ipii le lui

Page 1