PREMIERS DISCIPLES
famille. Ses veux, en s'ouvrant à la lumière, y rencontrèrent l'exemple des vertus chrétiennes, et même sacerdotales. Un de ses oncles, prêtre de caractère, avait refusé le serment schismatique pendant la Révolution, et s'était exposé à la mort plutôt que de trahir sa foi. Rentré en France, après la tourmente, il fut curé de la paroisse populeuse de Saint-Sauveur, à Aix. Un des frères du P. Honorât reçut le sacerdoce, fut vicaire de son oncle, et mourut victime de son zèle.
Stimulé par ces exemples, Jean-Raptiste Honorât désira, de bonne heure, se consacrer entièrement à Dieu. Il grandit dans cette pensée, sans trop la manifester pourtant, car ses parents qui avaient consenti à la vocation de son frère aîné, paraissaient tout disposés à contrarier la sienne. Son père lui fit donner une éducation très soignée, puis l'associa à son commerce.
Obligé, alors, d'entreprendre plusieurs voyages pour les intérêts de sa maison, il trouva, dans les moyens employés pour l'attacher au monde, l'occasion providentielle de conquérir sa liberté. Ayant remis entre les mains de son beau-frère la liasse de papiers dont il était porteur, il s'éloigna, sans autre explication. Quelque temps après, on apprit qu'il s'était retiré parmi les Missionnaires de Provence, et qu'il ne consentait pas à s'en séparer.
Extrême fut l'étoiinement de sa famille, et profonde la déception de son père. Celui-ci comprit, cependant, quil ne réussirait pas à ébranler une volonté aussi énergique, et renonça, non sans peine, à susciter des obstacles dont il prévoyait la parfaite inutilité.
Le postulant progressa rapidement dans la voie du sacrifice. Quelques années plus tard, il eut l'honneur, après de féconds labeurs en France, d'être placé à la tête de la première colonie d'Oblats envoyés par delà les mers. Avec eux, il s'avança dans les régions immenses de l'Amérique du Nord. Son infatigable dévouement contribua beaucoup au succès des travaux d'évangélisation qui transformèrent si heureusement ces vastes contrées.
s ^ Le Père Marcou.
Sujet de grande espérance et de vertu éprouvée, le P. ]\Iarcou fut l'un des membres les plus fervents de l'Œuvre de la Jeunesse.
A quinze ans, il lui arriva une de ces aventures qui serait citée pour l'édification du lecteur, dans la biographie d'un saint. Quelques jeunes filles de mœurs légères l'abordèrent, un jour, en lui adressant des propositions qui le firent rougir. Justement indigné, il les mit en fuite, avec une volée de coups de parapluie, vertement administrée.
Il8 LA FONDATION
Ému de colère, il vint raconter la chose au P. de Mazenod, son directeur.
— Je n'ai qu'un regret, dit-il. c'est de ne pas avoir frappé assez fort. Ah ! si, à la place de mon parapluie, j'avais eu un solide hàton dans la main, elles en auraient vu bien d'autres ! Mais, patience ! je sais où retrouver ces misérables, et, pour leur enlever toute envie de recommencer, je leur donnerai une leçon dont elles garderont longtemps le souvenir.
Le P. de Mazenod lui conseilla de ne pas mettre ce projet à exécution, mais de s'en tenir là, dans son rôle de justicier.
Après d'excellentes études classiques, le vertueux adolescent entra au séminaire. Trois ans après, sur le point de s'engager irrévocablement au service de Dieu par le pas décisif du sous-diaconat, il écrivit au P. de Mazenod, alors en mission :
— Depuis longtemps, je brûle du désir de m'agréger à votre sainte Société. Impatient de me trouver auprès de vous, je me transporte sans cesse, en esprit, dans votre maison. Pendant la communion surtout, quand, seul avec Jésus, je lui demande la grâce d'accomplir sa volonté, cette pensée s'empare de moi dune façon toute particulière. Elle est, en ce moment, si violente que, ne pouvant soudVir aucun délai, je vous supplie de ne pas différer davantage mon bonheur. Je sais que mes parents feront feu et flamme et jetteront les hauts cris ; mais je suis prêt à soutenir toute espèce d'assauts, aidé du secours de Dieu et de vos sages conseils.
Non content de se donner lui-même, il décida un de ses condisciples à le suivre.
Quelques jours après son arrivée, il écrivait :
— Je suis ravi de la ferveur et de la piété qui anime les novices. J'espère qu'en les imitant, j'obtiendrai du Seigneur la grâce de devenir un saint prêtre et un bon missionnaire. Quel bonheur de sacrifier sa santé, sa jeunesse, ses talents, en un mot, tout ce que nous avons, et, s'il le fallait, jusqu'à la dernière goutte de notre sang, pour la gloire de Dieu!
Ce n'était pas là un enthousiasme passager. Huit mois plus tard, il exprimait les mômes sentiments :
— (^ue nous sommes lieui-eux ! et coinincnt Dieu ne Ix'iiifait-il i)as une telle Société ?... Ali 1 il ua pas tant allciulu. Tous les jours, il répand sur clh^ des Ilots de gi-àces... Nous avons des saints, des anges sur tei're... (^uand l'enfer et toutes ses légions, le monde el tous ses partisans se soulèvci-aient contre nous, nou^ diMneui-erions iiu branlables. Moi-inèine (|ui suis le nioindi-e de tous, le niininins de noti-e