‹ Cent ans d'apostolat dans les deux hémisphèresChapitre 29 sur 131 · PREMIERS DISCIPLES II · texte numérisé non relu

PREMIERS DISCIPLES II

Compagnie, je donnerais volontiers ma tête pour la défendre et pour en soutenir les intérêts.

Si le frère Marcou était si enthousiaste de sa famille religieuse, ce n'est pas qu'on lui eût ménagé les épreuves, même dès le commencement.

— Laissez-moi vous parler, éciûvait-il. de la première conférence de la coulpe à laquelle j'ai assisté. Savez-vous ? on me brossa d'une jolie manière (permettez-moi cette expression). Ah ! pauvre frère Marcou ! de tout côté on lui tombait dessus. Je me disais : Certes ! on n'épargne personne ici, pas même les nouveaux-venus... Je vous avoue qu'il n'y a rien de mieux pour conserver l'humilité et la discipline régulière. Je pensais aussi : Tu es indigne, Marcou, d'être dans une si sainte Congrégation.

§ 6 "Le Père Guibert.

L'entrée du P. Guibert au noviciat est étroitement liée à celle du Père Marcou. Ce n'était pas assez pour celui-ci d'avoir amené un compagnon avec lui : il en attira d'autres, principalement celui qui devait être l'un des plus illustres membres de notre Congrégation, et qui, successivement évêque de Viviers, archevêque de Tours, puis de Paris, et revêtu de la pourpre romaine, serait, pendant tant d'années, l'oracle de l'épiscopat (i).

Joseph-Hippolyte Guibert naquit à Aix, de parents chrétiens, mais peu fortunés. Rien d'aristocratique dans ses aieux. Issu du peuple, il montra, une fois de plus, par son exemple, comment Dieu se plaît à exalter les petits, quand l'humilité et les dons célestes dont il les comble, leur ont conféré cette vraie noblesse qui l'emporte infiniment sur toute grandeur humaine.

Aimable et gracieux, il avait une distinction naturelle qu'on aurait considérée, chez des enfants de familles titrées, comme un signe de leur race.

Très intelligent, il reçut les leçons de quelques prêtres ; mais, autodidacte, il fut, en réalité, lui-même son propre éducateur. On sait, cependant, avec quelle haute perfection il mania, plus tard, la langue française. Ses mandements et lettres pastorales en témoignent. Sa modestie, seule, l'empêcha d'entrer à l'Académie, désireuse de lui ouvrir

(1) Cf. Mgr Bcsson, évèquc de Nimes, Lettre pastorale sur la mort du cardinal Guibert. Œuvres pastorales et oratoires, 7 iu-8'^, Paris, i8;8-i8S-, t. V, p. 2S4.

ses portes. La proposition lui en fut adressée par Tentremise du duc de Noailles, agissant au nom de ses collègues (i).

A dix-sept ans, il franchit le seuil du grand séminaire. Il \ apportait cet esprit calme, judicieux et pondéré, qui fut un des traits caractéristiques de son administration, durant sa longue vie. Silencieux et • méditatif, penseur à tendances ascétiques très prononcées, il tranchait sur l'ensemble de sa classe. En lui, on découvrait déjà plus du moine que du prêtre séculier.

Ses condisciples ne furent donc pas surpris, quand, au commencement de sa vingtième année, il se dirigea vers le noviciat des Missionnaires de Provence. Le P. Marcou, qui le connaissait, l'avait mis en relation avec le P. de Mazenod.

En le voyant partir avant lui, l'abbé Guibert lui avait dit gravement :

— Un jour, j'irai vous rejoindre.

Du noviciat le P. Marcou lui écrivit pour lui rappeler sa parole, et lui dépeindre, sous les couleurs les plus séduisantes, les charmes de sa nouvelle vie :

— Pourquoi tant dilTérer ? Suivez l'impulsion de la grâce. Consultez ; mais non des hommes à préjugés, des personnes suspectes. Consultez le vénérable supérieur du grand séminaire, M. Dalga, ou le professeur de théologie dogmatique, M. Bony. En eux vous trouverez assez de lumières pour vous diriger dans une vocation si sublime... Vous parlerai-je , moi-même, de notre Institut? Il me suffit de vous dire que nous tendons à la perfection... que nous ne manquerons pas de l'atteindre, en suivant notre sainte Règle. Nous n'avons ici qu'un cœur et qu'une âme... Vous croirez peut-être que mon imagination exaltée me dicte ces lignes. Non ! c'est mon cœur. Vous le savez : quand on aime véritablement quelqu'un, on veut lui faire partager son bonheur... Voyez Vidal ; parlez-lui ; il est dans de bonnes dispositions, mais il a besoin d'être excité ! Dites-lui de n'être pas si lâche... Prions ensemble. Ce serait un bon coup, Guibert et ^^idal. Allons, allons ! que tardez-vous ? Frère Jeancard, avec qui j'ai parlé de vous, désire, d'une manière spéciale, voir augmenter le noviciat île tout ce (ju'il y a de meilleur au séminaire : ce sont, là, ses pro[ires termes... Je suis votre cher ami, en attendant d'être votre cher iVère.

Avec son regard expérimenté, le P. de Mazenod devina quel sujet d'élite la Providence lui envoyait dans la personne du jeune Guibert,

(i) Cf. Cardinal Bmirrcl, Soni'cnlrs sur le cardiiutl Guibert, par un de ses anciens familiers, iii-12. Tours, 188G, n. ij. M^rr Pajriicllc de Kullt-iiav. vici'-roolfiii- de riiislilul Catliuli(|iie de Paris, Vie du cardinal CuihcrI, 1 iii-S", l"'aris, i8i)<). t. II, p. ")',',. :".',;, 5iS.

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