PREMIERS DISCIPLES 12 J
souvenirs, anciens déjà, n'avaient rien perdu de leur fraîcheur première, il s'exprime en ces termes :
— Une auréole de sainteté et d'irrésistible ascendant entourait le P. de Mazenod. Les jeunes ecclésiastiques tenaient à être en rapport avec lui. Tous partageaient l'admiration et la confiance de la ville entière... Ils ne pouvaient demeurer étrangers à l'effet que produisait partout la présence de cet homme de Dieu, que l'on se plaisait, dès ce temps-là, à comparer aux saints personnages les plus illustres dans l'histoire de l'Église... L'esprit de prosélytisme était inhérent à son caractère. Il avait la volonté, et ne négligeait aucun moyen de faire sans cesse courir de rang en rang des étincelles du feu sacré dont il était enflammé, et il y réussissait merveilleusement. Impossible de méconnaître la puissance communicative dont il était doué (i).
Cette influence extraordinaire exercée sur les ecclésiastiques des cours de philosophie et de théologies'étendait jusqu'aux élèves du petit séminaire. Le supérieur, M. Abel, l'avait prié d'être l'un des confesseurs de cette maison. Malgré ses occupations absorbantes, le P. de Mazenod, qui ne savait se refuser à aucune œuvre de zèle, accepta.
Chaque semaine, il entendait les confessions de ces jeunes gens, et les pénétrait de l'esprit qui devait en faire de bons prêtres. Plusieurs, à son école, s'embrasèrent tellement de l'amour de Dieu et des âmes, qu'ils sollicitèrent, eux aussi, quand ils furent en âge, leur admission au noviciat.
Ecoutons l'un d'eux nous raconter le saisissement qu'il ressentit, à sa vue :
— Un jour, j'entre à la chapelle ; j'aperçois un prêtre à genoux. Je le regarde, et me voilà électrisé. Quelle figure imposante et douce ! Quelle attitude noble et pieuse ! Je n'oublierai jamais cette impression. J'apprends que c'est l'abbé de Mazenod et qu'il vient comme confesseur. Mon parti est pris : je m'adresse à lui. Il me convint beaucoup : il rendait pieux tous ses pénitents. Les élèves externes nous parlaient constamment de lui. Ce fut un enthousiasme général.
Celui qui écrivit ces lignes était au noviciat quelques années après, et révéla, plus tard, les exemples d'héroïques vertus qu'il y rencontra. Son témoignage est d'autant plus irrécusable qu'on nepourrait le soupçonner de partialité, car il ne persévéra pas dans la vocation apostolique.
— Remerciez le Seigneur d'avoir passé trois ans chez les Mission-
(i) Mj^r Jeancard, évèque de Cérame. Mélanges kifitorhiaes sur la Congrégation des Oblats de Marie Immaculée, à l'occasion de la vie et de la mort du P. Suzanne, in-8\ Tours, 18-2, p. 12.
naircs, lui disait à ce propos un vénérable prêtre, llemerciez-le, car vous avez puisé, là, les idées les plus justes sur le véritable esprit sacerdotal.
— J'entrai en communauté au mois de juin 1819, écrivait cet ex-novice. Ce que je vis, je le dirai : beaucou[) de piété, une ferveur très grande. Les conférences spirituelles étaient le triomphe du Supérieur. L'idée qu'il avait de la sainteté du sacerdoce, il la développait, au point de nous électriser. L'exercice de la coulpe, tous les vendredis, était très édifiant : on en sortait tout de feu pour la sanctification. Il fallait, dès le principe, ne pas reculer devant la flagellation. On en parlait ouvertement. Plusieurs suspendaient leur discipline au bénitier de leur cellule. Le Supérieur était très rude pour son corps. On a vu un de ses doigts avec une entaille causée par l'anneau de sa discipline. Une fois, les murs de son appartement se trouvèrent couverts d'éclaboussures, aspersion qui provenait du sang lancé par les cordes de l'instrument de pénitence. Cette rigueur, l'abbé de Mazenod l'a conservée jusqu'à sa mort (i).
— On jeûnait tous les vendredis, rapporte encore Mgr Jeancard, et l'on remplaçait les aliments du corps par une discipline, chacun dans sa cellule. Cette discipline était prise aussi les autres jours par les plus fervents, dont il fallait modérer les rigueurs. On exigeait, à ce sujet, une entière soumission aux décisions du Supérieur. Vraiment, avec tant soit peu de bonne volonté, on se sanctifiait, sous ce régime. On n" avait qu'à se laisser aller au courant qui entraînait tout le monde vers Dieu (2).
Parmi les novices de cette époque, nommons encore le P. Touche, du diocèse de Digne, diacre, venu peu après le P. Moreau ; le P. Bourrelier, amené par le P. Marcou ; le Fr. Désiré : le Fr. Dumolard ; le P. Guignes, plus tard premier évêque de la capitale du Canada ; le P. Richaud, destiné à l'enseignement de la théologie ; le P. Jourdan; le P. Martin, qui vécut près d'un siècle ; le P. Dupuy, etc., etc.
Avec quelle sollicitude le P. de Mazenod travaillait au progrès spirituel de ces adolescents que Dieu lui confiait! Il était, lui-même, leur maître de novices, guidait leur conscience et veillait sur eux constamment. A la chapelle, à la salle des exercices, dans sa chambre, en récréation, à la promenade, partout, il sellbrçait de les animer de l'esprit de Dieu.
— Lair de la maison, nous dit l'un d'eux, était tout imprégné ^de cet es[)rit. On le respirait, sans cesse, et on n'en respirait pas d'autre. C'était le milieu ambiant.
(i) M. Il- fliaiiriinc Coulin, Mrnioiri's inctiifs. (2) Mgr .leaiicanl, Mélan<res hislorit/iies, j». 2S.