PREMIERS DISCIPLES
Il le forma avec une sollicitude paternelle, le soutint dans les luttes que sa famille lui livra, et l'aima comme un enfant de prédilection.
De son côté, le futur cardinal s'attacha à lui avec une tendresse inaltérable. Chose singulière que cette amitié si profonde et si durable, par laquelle furent à jamais unis ces deux hommes si différents par làge, la naissance et le tempérament !
L'un, fils de la noblesse, était déjà parvenu à la maturité, et avait gardé, quoique en les perfectionnant par la sainteté de vie, les élans, les impétuosités, les spontanéités inattendues dune nature ardente : qualités qui en faisaient un puissant orateur et le rendaient capable de remuer les masses, de les soulever, de triompher de leurs résistances, et d'entraîner leurs volontés.
L'autre était encore un adolescent, fils du peuple, réservé, froid, plutôt lent, et chez lequel tout semblait être le résultat de réflexions longuement méditées.
La confiance filiale du novice pour son père spirituel engendra, cependant, chez lui, une ail'ection qui fut incontestablement la plus grande de sa vie, et persista, également forte, jusqu'à la fin de ses jours. Elle alla jusqu'à le pousser à reproduire les expressions préférées de son maître, et à l'imiter autant que possible, tant son cœur était sensible, sous des apparences de glace.
§ 7 Le Père Jlrnoux (Victor).
Enlevé de la terre à vingt-quatre ans, le P. Arnoux mourut en odeur de sainteté. Des faveurs extraordinaires furent obtenues par son intercession, et par l'application de quelques fragments de sa soutane à des malades, incurables de l'avis des médecins. Les contemporains considérèrent toujours ces guérisons merveilleuses comme de vrais miracles, humainement inexplicables.
Né à Gap d'une famille où les vertus chrétiennes étaient héréditaires, il manifesta, dès l'âge le plus tendre, une inclination très accentuée pour la piété. Durant ses études classiques au collège de sa ville natale, il donna des preuves nombreuses dune vive intelligence et surtout d'une remarquable aptitude pour les sciences exactes. Resté dans le monde, il y aurait certainement acquis une grande réputation de savoir ; mais Dieu l'appelait à une gloire supérieure à toutes celles d'ici-bas : la gloire des saints.
Cet appel retentit de bonne heure au plus intime de son âme, et Victor n'hésita pas une minute à le suivre. La communion fréquente développa l'attrait qu'il avait eu, tout jeune encore, pour la mortifica-
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tion. II s'imposait des pénitences très au-dessus de son âge, se privant de nourriture et de sommeil, souffrant le froid si rude de ces contrées glacées, sans consentir que l'on chaulïat l'appartement dans lequel il travaillait immobile. Son humilité profonde égalait son angélique pureté. Il semblait ne pas avoir de corps, tant la nature était domptée en lui.
Son ambition était d'aller jusqu'au bout du monde prêcher l'évangile et verser son sang pour Jésus-Christ ! La pensée des tortures auxquelles on soumettait les martyrs, loin de l'effrayer, augmentait sa soif d'immolation.
Ni les oppositions, ni les larmes de ses parents désolés, ne l'empêchèrent de frapper à la porte des Missionnaires de Provence. Bientôt il fut regardé comme un modèle. En lui, on discernait un émule des Louis de Gonzague et des Stanislas Kostka. Son oraison, presque continuelle, se poursuivait môme pendant les récréations et les promenades. Seul il ne s'apercevait pas de son mérite ; mais ses confrères l'admiraient à l'envi.
On n'avait qu'à jeter un coup d'œil sur lui pour se sentir attiré au bien. Ses habitudes d'austérité déjà contractées dans le monde, passèrent à l'état de seconde nature. Il les poussa jusqu'à la limite du possible. Ses jeûnes étaient d'une extrême rigueur. S'industriant à crucifier sa chair innocente, il joignait à l'usage de la discipline celui des bracelets de fer, des chaînes, de la haire, du cilice, et les diverses macérations inventées par les saints de tous les temps.
Le P. de Mazenod se crut obligé en conscience de le modérer. Mais il ne se méprenait pas sur le côté surnaturel de cet amour héroïque pour la mortification.
§8 INombre croissant des novices. "Esprit de la naissante Communauté.
Notre intention n'est pas de tracer une notice biographique, si courte fùt-clle, de chacun de ceux qui, vers cette époijue, entrèrent au noviciat. Un volume n'y suffirait point. Nous avons voulu seuk'ment parler de quelques-uns, pour exposer combien édifiante et pleine de promesses était la réunion de ces âmes généreuses, désireuses de se donner comjjlètemcnt à Dieu.
A leurs noms nous aurions pu en ajoulcr d autres. Signalons simplement le P. Jeancard, mentionné par le P. Marcou dans sa lettre ;iu P. fluibert, et destiné, lui aussi, aux honneurs de l'épiscopat.
Hrillanl élève du grand sétniuairi; d'Aix, il connut le P. de M;i/enod, et subit, couinie tant d'autres, ■^oii iulliieinc saneliliaiite. Dans un livre d<'di<atemenl •'•ei-il, près de ciMiiuaiite ans plus tard, mais où les