LES VŒUX DE RELIGION I
cette retraite. Dans toutes ses instructions, il leur parla de Icsprit de sacrifice, et tâcha d'exciter en eux cette soif d'immolation qui le dévorait. Il y réussissait visiblement. On voulait être digne dun tel père, et mourir au monde comme lui.
Enfin, la question des vœux fut posée ouvertement. On était libre de répondre oui ou non.
Les novices et les jeunes Pères n'aspiraient qu'à la vie religieuse. Ils acquiescèrent avec empressement. Les anciens hésitèrent un peu plus.
— Que voudriez-vous avoir fait à l'heure de la mort ? leur répétait le Fondateur. Regretterez-vous, alors, devons être donnés irrévocablement à Dieu ?
Remués par cette parole ardente, ils cédèrent aux impulsions de la grâce et se décidèrent tous, deux exceptés.
L'un de ceux-ci, le P. Marins Aubert, consentit pourtant à se lier, mais par une oblation temporaire, afin d'éprouver ses forces. Quelques mois plus tard, il s'engagea définitivement.
L'autre, le P. Deblieu. demanda qu'on lui permît de réfiéchir une année encore. Ce laps de temps écoulé, il fit, lui aussi, la profession religieuse et perpétuelle.
Cette réunion plénière pendant la dernière semaine du mois d'octobre 1818, est considérée comme le premier Chapitre général de la Congrégation. La Règle y fut lue, article par article, commentée et acceptée. Suivant un décret rendu à l'unanimité, ceux qui, désormais, voudraient s'agréger à l'Institut, prononceraient, après leur noviciat, les trois vœux d'obéissance, de chasteté et de persévérance.
A la clôture de cette retraite mémorable, le i'^'' novembre 1818, fête de la Toussaint, les Missionnaires de Provence s'assemblèrent, le matin, dans la chapelle intérieure. Après la méditation, le Veni Creator fut chanté ; puis, le P. de Mazenod adressa à ses frères une touchante exhortation. Attendri jusqu'au fond de l'âme, il communiqua son émotion. Tous versaient des larmes abondantes, mais douces et consolantes à la fois.
L'exliortation terminée, il prononça, le premier, ses vœux, avant de commencer la messe. Revêtu des ornements sacerdotaux, à genoux au pied de l'autel, un cierge à la main, il en récita la formule à haute et intelligible voix.
Ensuite il célébra la messe, servie par les deux plus anciens Pères.
Au moment de la communion, tenant dans ses mains le Corps
adorable du Sauveur, il se tourna vers l'assistance. Les prêtres s'avancèrent, l'un après l'autre, un cierge allumé à la main, et prononcèrent, avec un bonheur ineffable, les vœux qui les enchaînaient à jamais au service de Jésus-Christ, dans la naissante Société. Puis ce fut le tour des scolastiques.
Durant la cérémonie, le P. Deblieu pleurait à chaudes larmes, confus de sa lâcheté et se promettant de la réparer au plus tôt.
A l'issue de la messe, le Supérieur entonna le Te Deum et l'on alla, en chantant l'hymne de l'action de grâces, vers l'autel de la Sainte Vierge, mettre sous sa protection ces obligations sacrées.
Rentrés à la sacristie, tous s'embrassèrent avec transports, le cœur débordant dune allégresse surnaturelle.
— C'est maintenant, disaient-ils, que nous sommes vraiment frères, ne formant qu'une famille ! Qiiain boniim et quani jiiciindum habitare fratres in iinum !
Dans ces effusions fraternelles, ils goûtaient cette joie pure du sacrifice accompli en commun. Ils se savaient unis à la vie et à la mort, pour le temps et pour l'éternité.
Du haut du ciel. Dieu bénissait cette nouvelle Congrégation qui bientôt se répandrait si merveilleusement dans le monde. En retour de la générosité de ses membres, il lui destinait, avec une force extraordinaire d'expansion, des secours qui lui permettraient de se conserver longtemps jeune et vaillante.
Le P. de Mazenod montra que son vœu d'obéissance était réel. Élu supérieur en 181G, malgré ses répugnances, il avait dû, jusque-là, commander ; mais il résolut de se démettre et de céder à un plus digne l'autorité, tandis qu'elle croissait avec la multiplicité des établissements.
Un plus digne? où l'aurait-on trouvé ?
Le Chapitre général s'elTraya de cette proposition. Tous le supplièrent instamment de rester à leur tète, non pas simplement comme suj)érieur local d'une maison [)articulirre, mais comme supérieur général de l'Institut.
Le vœu de pauvreté, imposé par le second Chapitre général (24 octobre 1S21 ).
On lamNi remar([ué, sans doulc : la profession «le iSiS n,- lomprenait [)as le vhmi de pauvreté. Le l-'ondatcur, ce semble, n'avait i)as encore osé le demander à ses compagnons, pi'inci[)alemenl aux i)lus ;\gf''S dont il voulait int'-nagcr la l'aiblesse.