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LE GRAND SÉMIXAIRE DE MARSEILLE

L'oncle et le neveu, conservant de Saint-Sulpice un souvenir inelTaçable, avaient, d"abord, songé à s'adresser à l'illustre Compag-nie. Dès le mois de septembre 1824, on écrivit à M. Duclaux. La réponse fut négative, à cause de la pénurie de sujets. Ce refus était accompagné d'expressions de regrets, mais catégorique. Néanmoins, le P. de Mazenod insista, pendant plusieurs mois.

Pour conclure, il proposa un moyen propre, selon lui, à tout concilier. Que la Compagnie consentît à lui donner, au début, un supérieur. On attendrait pour le complément du personnel. Cette combinaison ne put aboutir. M. Duclaux le signifia dans les termes les plus aimables, mais les plus nets, par sa lettre du 6 décembre 1824.

Le vicaire général frappa à d'autres portes, toujours inutilement. Des familles religieuses dispersées par la Révolution, il ne subsistait que des débris épars, ayant seuls survécu à tant de ruines. Partout les vocations étaient rares : on se reconstituait lentement.

Un séminaire fut cependant improvisé avec des prêtres du diocèse, recommandables par leurs vertus, leur science et leur âge.

Effrayés de cette lourde responsabilité, ils ne voulurent pas, d'une façon définitive, les titres de supérieur et de directeurs.

Les instances de l'évêque auprès de son neveu n'en devinrent que plus pressantes. Il le suppliait de fixer ce second but à sa Congrégation : l'éducation cléricale. Toujours le Fondateur hésitait.

En partant pour Rome, il dit à son oncle :

— Je consulterai le Pape. Sa décision sera ma loi.

Dès sa première audience, il s'en ouvrit au Souverain Pontife.

Léon XII se prononça très nettement pour l'affirmative. Il dit ensuite, à diverses reprises, à Mgr Adinolfi et à d'autres prélats haut placés :

— Qiiesto ci manca ! Ceci nous manque. Il le faudrait dans nos Etats.

Quand les Lettres apostoliques furent sur le point d'être rédigées, le Pape fit appeler Mgr Capaccini, chargé de ce travail, et lui ordonna d'y mentionner très explicitement la direction des grands séminaires.

Le cardinal Pacca, préfet de la commission cardinalice, était entré pleinement dans ces vues. Il conçut, dès lors, le projet île confier aux Oblats de Marie un séminaire de ce genre qui serait établi à Rome, pour l'ensemble des six diocèses suburbicaires. Dans aucun de ceux-ci, vu leur exiguïté, ne se trouvait un nombre suffisant d'étudiants en philosophie et en théologie, pour qu'il y existât un séminaire de quelque importance. Les jeunes clercs mêlés aux enfants qui recevaient des leçons de latinité, n'étaient ([ue très iiiiparraitement formés à la vie ecclésiastique,

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sans direction spéciale les préparant au sacerdoce par une forte éducation et une discipline régulière.

Connaissant la méthode en vigueur dans les grands séminaires de France, le cardinal Pacca désirait l'introduire en Italie ot à Rome même.

Dans ce but, il offrit au P. de iMazenod le couvent de Saint-Alexis, sur le mont Aventin. entre celui de Sainte-Sabine et le prieuré de Malte. La position est su[>erbe et domine le Tibre. En l'ace est le port de Ripa Grande, le vaste hôpital de Saint-Michel, et, un peu plus en airiére, dans le Transtévère, la célèbre église de Sainte-Cécile.

Le Fondateur avait encore trop peu de sujets de langue italienne pour acquiescer. Mais, du moins, le Pape et le cardinal avaient résolu la question de principe. Il écrivit donc à son oncle :

— Ronia lociita est : causa finita est. Rome a parlé ! Cela sui'lit 1

§2 "Esprit de la Communauté.

A Marseille, le grand séminaire était à créer de toutes pièces. Celui qui existait avant la Révolution avait été vendu et détruit. Il n'en restait plus trace.

Après bien des négociations, on finit par acquérir deux maisons sur la rue Rouge et un terrain attenant (i). On y bâtit un séminaire (|ui ne devait être que provisoire, jusqu'au jour où un autre, plus on rapport avec l'importance de la cité, pourrait être construit. Il fallut, néanmoins, près de trois ans aux architectes gouvernementaux pour acliever cet édifice, tout insuffisant qu'il était. Les travaux se terminèi-ent en 1827.

Nommé supérieur, le P. Tempier exerça ces fonctions pendant vingt-sept ans. Le P. Albini, théologien consommé et d'une sainteté éminente, lui fui adjoint comme professeur de morale. Parmi les autres directeurs on compta le P. Ricardi,le P. Guigucs, futur évéque d'Ottawa : le P. Telmon. aux connaissances très étendues en histoire et surtout en Keriture Sainte ; le P. Paris, professeur très distingué, etc.

Le clergé du diocèse de Marseille dut à ces premiers Pères et à leurs successeurs, de ne le céder à aucun autre, j)our la science, la pié-té et la formation sacerdotale.

Dès l'origine, la communion tréipuMitc y fut inlrctiiuile. à la dillVrence de ce (pii se passait dans la plupart des M'uiinaiics d'alors. Le

(1) I,;i nie Hi)ii;;c «lait pivs <!<• la catlK-ilralc. On lii|)|»'lail ainsi, parce iju'il V avait eu une clLiprlIc |Miiir une .•oiiCrtric' ilo Ma^'cllaiils à mlu" r<Mi};c. Cf. Auj;. l-a|jrc, /'•> /^/<s (le MarscHlf, t. I, jt. iSa.

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culte du Sacré-Cœur et de la Sainte Vierge était l'objet de pratiques quotidiennes. Tous les pieux usages des communautés les plus ferventes s'}' développèrent à tel point que la maison ressemblait à un noviciat de religieux tendant à la perfection.

Le programme embrassait toutes les sciences ecclésiastiques, mais avec une fidélité absolue aux plus pures doctrines romaines.

A une époque où lEtat imposait comme matière de cours les quatre articles de la Déclaration gallicane de 1G82, les Oblats ne cessèrent jamais de promouvoir les thèses les plus franchement ultramontaines. Ils dénonçaient avec vigueur la fausseté, les dangers et le servilisme de ce galUcanisme, que tant d'autres continuaient encore à infiltrer dans les jeunes générations, au nom des traditions de l'Eglise de France. L'infaillibilité du Souverain Pontife était enseignée par eux avec autant d'ardeur et de conviction inébranlable que l'Immaculée Conception de la Sainte Vierge, bien avant la définition dogmatique de ces deux vérités.

Pour la philosophie et le dogme, ils suivaient saint Thomas d'Aquin. Lorsque parut la Siiinnia minuta, ou Somme abrégée de l'angélique Docteur, ils l'imposèrent comme manuel classique à leurs disciples.

Les premiers en France, ils mirent en honneur la théologie morale de saint Alphonse de Liguori, tandis que, par un préjuge commun, conséquence fâcheuse du jansénisme, on prônait ailleurs le rigorisme, et l'on condamnait le système contraire comme trop relâché. Beaucoup de confesseurs, alors, prétendaient qu'on devait refuser l'absolution aux probabilistes.

Vers la fin de l'année scolaire, le 25 juin 1828, eut lieu la soutenance publique de thèses philosophiques et théologiques, devant tout le clergé de la ville. Trois séminaristes et trois scolastiques prirent part au tournoi. Le succès de cette journée montra à tous les yeux combien les directeurs étaient à la hauteur de leur tâche.

Par la st'ireté de la doctrine le grand séminaire de Marseille s'élevait donc au niveau des meilleurs établissements. L'esprit général de la communauté n'était pas moins excellent. Tous vivaient heureux, unis par les liens de la cliarité la [)lus fraternelle.

La présence des scolastiques oblats excitait, entre eux et les séminaristes, une sainte émulation. C'était un [)uissant stimulant pour les progrès dans la science et la vertu. Les uns et les autres y gagnèrent. De là naquirent des amitiés sincères, profondes et durables, qui, des deux familles, n'en firent qu'une, sous le regard vigilant et satisfait du premier pasteur.

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