LE MILIEU FAMILIAL "J
Contraint, dans la suite, par raison de santé, de quitter le service militaire, il entra dans la magistrature. Le 6 mars 174I' i^ était président de chambre à la cour des comptes, aides et finances de Provence. Pour ce motif il s'établit à Aix, laissant la ville de Marseille, où sa famille résidait depuis deux cents ans.
Son influence était grande dans le sanctuaire de la justice, et sa voix toujours écoutée. Aussi fut-il souvent choisi par ses collègues pour aller soutenir à Paris les intérêts de la cour des comptes, si fréquemment en conflit avec le parlement.
Le crédit dont il jouissait en dehors des tribunaux n'était pas moindre. On avait en lui une telle confiance, qu'il réussit, alors que tous les autres se déclaraient impuissants, à calmer une émeute populaire provoquée par la cherté du pain.
Tandis que les parlementaires de cette époque penchaient trop généralement vers le jansénisme, et affichaient leur hostilité opiniâtre contre l'Eglise romaine, Charles-Alexandre de Mazenod présenta le perpétuel exemple de l'orthodoxie la plus entière et de la piété la plus éclairée. Il voulut que sa famille fût élevée dans ces principes, et il y veilla.
C'est à son père et à son grand-père que Mgr de Mazenod dut son inviolable fidélité à la chaire de saint Pierre.
Après la naissance de son petit-fils, Charles-Alexandre de Mazenod vécut encore quatorze ans. L'enfant privilégié qui allait, plus que tous ses ancêtres, glorifier son nom, eut donc bien le temps de recevoir de lui une de ces impressions de premier âge qui ne s'efl'acent plus.
Que semel est imbuta recens, servabit odorem Testa diù (i).
Depuis le commencement du xvi" siècle, on trouvait des Mazenod à Marseille (2). A leur nom patronymique ils ajoutèrent successivement les titres de seigneurs de Gibes, de Beaupré et de Saint-Laurentdu-Verdon (3). Alliés par des mariages aux principales familles nobles du pays : celles des Grimaldi, des Sabran, des Montauroux, etc., ils se distinguèrent tous dans la magistrature, les finances ou l'armée.
Leurs richesses étaient considérables, puisque l'un d'eux, Charles de Mazenod, eut l'honneur, assurément très dispendieux, de loger chez
(i) Horace, Epilves, 1. I, 11, 69-70.
(2) Cf. Archives des Bonches-da-Rhàne, fonds Gaspard Boyer, passi m.
(3) Le fief de Saiiit-r^auvcnt ôlait à Quiiisou, une des communes du canton de Riez, Basses-Alpes, au-dessus des superbes gorges du Vcrdon, affluent de laDurance. Le château consistait en un vaste corps de bâtisse, solidement constrnit en pierres de taille, et flanqué de quatre tours d'angle, avec des dépendances nombreuses. Cf. Poplimont, La Finance héraldique, 8 in-8°, Paris, 1874, t. VI, p. loi.
lui le duc d'Orléans. IVère de Louis XIV, pendant le séjour de la cour à Marseille, en 16G0. Sept ans auparavant, il avait été anobli par lettres patentes du mois de mars i653, dûment enrej^istrées. Elles furent confirmées par d'autres lettres royales du 22 juin iCyCij (i).
A la même époque, une autre branche de la famille de Mazenod possédait, à Lyon, le domaine princier de la Part-Dieu, (jui englobait presque tout le faubourg actuel de la Guillotière.
Les armes des Mazenod de Provence étaient d'azui' à trois molettes d'éperon d'or, au chef dor chargé de trois bandes de gueules. Celles des Mazenod restés dans le Lyonnais, étaient également d'azur à trois molettes d'éperon d'or, mais au chef de gueules chargé de trois bandes d'or (2).
Dans le milieu familial où la Providence le plaça, le futur fondateur rencontra, en outre, deux frères cadets de son père, dont l'alfection lui fut des plus utiles.
L'un était l'abbé Charles-Fortuné de Mazenod, né le 2- avril i"4î.'- Disciple de Saint-Sulpice et licencié en Sorbonne, ordonné prêtre par Mgr de la Rochefoucauld, l'un des martyrs du 2 septembre, il était chanoine de la métropole d'Aix et grand vicaire de Mgr de Boisgelin. En lui brillaient les plus belles vertus. Nous le verrons, en 1823, sur le siège de Marseille, couvrir de son autorité la Société des Missionnaires de Provence, prémices de celle des Oblats.
L'autre était le chevalier Charles-Louis-Eugène de Mazenod. Dans la marine royale, il parvint au grade de vice-amiral. Quanil son neveu fut obligé de prendre le chemin de l'exil, c'est lui qui guida ses pas sur la terre étrangère.
La présence d'un prêtre parmi les Mazenod n'était ni une exception, ni une nouveauté. Cette famille était trop profondément chrétienne, pour qu'elle n'eût pas consacré plusieurs de ses membres au service de Dieu.
Le grand-oncle de notre vénéré Fondateui'. Charles-Auguste-André de Mazenod, frère de son grand-père, entra, lui aussi, ilans les ordres. Docteur en théologie et vicaire général de Mgr do lîelsunce, il fut. à la
(i) Cf. Iln|)erl «le lîri.Tiiçoii. lifal de la l'rnrriu-r dans sa nohintse, '< iii-12. Paris, 1693,1. II, j). 3-^. Arlcfciiil. sci^-^iHMir de i'oiiloiiliro. Jlislinrf lirnnijiD' <•! nniversrlh' de la iiohlesftc île l'rnrcncc, \ in-'j", A\ iy:iu>ii I77<'>-I7S(>, t. Il, |). IJ9. l'.ipon, liislniir f^énrrnle du In Provence, /J ia-4'\ l'aris, i-77-i7H<), l. I\'. |». •">'|<.)- '*<" ''• ("lifii.iy«-l)csl»oi-i cl WiuWcr, Dirlionnnire do Ja tiohlessc. ii) iii-'i'. l'ini"^. iSd^-iS^C». v" Ma/oiiod, I. XIII, 1). 507.
(oi) CÂ. Itil)li()(lic<|iir ii.'iliiiii.'ilt- (h; l'.iiis, l)i |);irli im ni cjc^ inaniiscrils. ('.aliinct lies Tilrcs, \". l'opliiiiiiiil. loc. cil. L. dt- la |{o<|iic, Ariiioritil du l.ansxm'doc, iii-'j''. l'aiis, i,>s<'m(, I, ',.")'{. Aitcrciiil. I. II. I». ijô. \Y\\fy/M\\ Arniiirial ifrnrral de In l'rnnce, l't iii-lol.. l'.iiis. 1872-1S7',. H. \ ., p. Ux.). AlbaiRS, j». mij.