LE MILIEU FAMILIAL
mort de celui-ci (ijoS), vicaire capitulaire du diocèse de Marseille ; puis, chanoine de la métropole d'Aix et supérieur des Carmélites de cette ville, dont le couvent, après la tourmente révolutionnaire, était destiné, dans la pensée de Dieu, à servir de berceau à notre Congrégation. Son mérite et ses talents le désignaient pour Tépiscopat. Sa modestie l'empêcha d'accepter les offres réitérées de son ami l'évêque d'Orléans, qui tenait la feuille des bénéfices.
Il imita Mgr de Belsunce dans son zèle contre le jansénisme et son ardeur à propager le culte du Sacré-Cœur de Jésus. Dès lors, cette dévotion devint comme un trésor de famille. Eugène s'en pénétra au foyer paternel.
La sœur de son grand-oncle, Anne-Blanche de Mazenod, prit le voile dans labbaye des Dames bénédictines de Soyons, diocèse de ^'alence. Une autre de ses parentes, Louise de Mazenod. l'avait précédée dans le don complet d'elle-même. Elle était professe au monastère de la Présentation, à Marseille.
Ainsi, en ouvrant les yeux à la lumière, il aperçut dans son entourage, non seulement des modèles de probité sans tache, mais aussi des exemples frappants de toutes les vertus chrétiennes, religieuses et sacerdotales.
Dieu avait merveilleusement préparé le milieu où devait naître et s'épanouir cet enfant, dont il voulait faire le père dune famille dapôtres. Gloria filiorum, patres eorum (i) !
§ 2 hes Joanriis.
La fortune des Joannis n'était pas moins considérable que celle des Mazenod, ni leurs vertus moins éclatantes.
Ils possédaient un château à Grans, à quatre kilomètres de Salon, et un autre à Saint-Julien, près les Martigues. L'exercice de la médecine à laquelle ils s'adonnèrent avec un très grand succès, n'entraînait aucune infériorité sociale, [)as plus que la charge déjuge ou d'avocat (2).
Dans l'art de guérir, ils excellèrent. Leur opulence s'accrut avec leur célébrité, à la suite de cures retentissantes parmi les malades de haute classe qui s'adressaient à eux.
On s'est demandé s'ils avaient' droit à la particule nobiliaire, car ils ne l'employèrent pas, durant un certain temps.
\'ers la fin du xviii'^ siècle, un impôt de {)lus de six mille livres fut
(i) Prov., XVII, 0.
(2) Cf. Mcnicrc cl Bioiichoiid. De la noblesse des médecins en France jusqu'au xvui<î siècle, in-8'\ Paris, i!Si)o. D'IIozier, t. II, p. i3o.
lO LE FONDATEUR
établi non seulement sur la concession des lettres de noblesse, mais môme sur celles de confirmation des titres (i). A ce taux exorbitant, beaucoup renoncèrent momentanément à la particule, dont la disparition ne les écartait pas du rang, auquel chacun, alors, savait qu'ils appartenaient. Ils inclinaient d'autant plus à la supprimer que les signes avant-coureurs de la Révolution se manifestaient déjà.
Pour cette cause, plus encore que pour une question d'ordre financier, vu leur richesse, les Joannis la supprimèrent ti-ansitoirement. Cet acte de prudence leur valut d'être moins inquiétés que d'autres pendant les jours de trouble. lilmprisonnés à Lyon, ils lurent relâchés bientôt, sans qu'on eût attenté ni à leurs personnes ni à leurs propriétés.
La particule se trouve, pourtant, dans plusieurs documents qui les concernent. On la lit, entre autres, dans l'acte de baptême de Mgr de Mazenod (2). Divers auteurs qui font autorité en ces matières la leur concèdent (3).
Le père de M""' de Mazenod, Joseph-Thomas de Joannis, « conseiller du roi en ses conseils », portait des armoiries en tout semblables à celles de la famille du même nom d'Aix, d'une noblesse reconnue depuis trois siècles, et apparentée aux seigneurs de Ghàteauneuf, de la Brillàne, etc. (4).
Elles étaient d'or, au lion de sable, armé et lampassé d'argent, au chef d'azur, chargé de trois étoiles d'or.
Sa seconde fdle épousa le marquis Hyacinthe de Pierrefeu.
(i) Edits royaux du 2 mai i^So et 2G juillet 1771. Cf. Cliériu, Ahréii-r chronologique des édits, déclarations, arrêts, etc., des rois de France snr le fait de la noblesse, iu-4°, Paris. 1861, p. i02(, io35, etc.
(2) Archives, Extrait autli('nli([ue des registres de la [jaroisse Sainte-^Iadeleiue, à Aix.
(3) Cf. D'IIozier. I. I. \u 198. 5G2, etc. Albanès, p. i83.
Cl) Cf. R<)i)ert de Ihiaiiçon, t. II. p. 23; sq. Artefeuil. t. 11. p. is. 1),. 1;, Cju-naye- Desljois et lîadier. t. XI. p. -9 srj ; t. XIII, p. '^'^- S((. Laiamic. I >i<-lii)iiniiirc hislorii/ne de la France, iii-4'\ l'aris. 1877, p. lo'ja.