CHAPITRE PREMIER
Situation religieuse de l'Angleterre à l'arrivée des Oblats
Tin des mesures violentes contre les catholiques.
Avec le xix*^ siècle, se dessina, dans l'Angleterre protestante, un mouvement de retour à la vraie foi. Les préventions séculaires contre l'Eglise romaine s'évanouirent peu à peu, et les décrets tyranniques qui avaient placé les catholiques hors la loi, en interdisant, sous les peines les plus sévères, l'exercice de leur culte, reçurent des adoucissements successifs, ou tombèrent insensiblement en désuétude.
La cause initiale de ce changement heureux fut la présence des prêtres français, chassés de leur patrie par la Révolution. Les proscrits devinrent apôtres. En récompense du généreux accueil dont ils furent l'objet de la part de la nation anglaise, ils jetèrent dans son sein des germes nombreux de résurrection sociale et religieuse.
Au contact de leur vertu, et à la vue de leurs épreuves si héroïquement supportées, bien des préjugés disparurent. Leur parole revêtait une singuUère eflicacité, quand elle exposait, devant leurs auditeurs saisis de respect et d'ctonnement, les dogmes pour lesquels ils soulVraient la persécution et l'exil.
Les catholiques, si longtemps traités en ilotes, obtinrent, d'abord, le droit de voter et d'être propriétaires fonciers, sans celui, néanmoins, d'être éligibles, ni d'avoir accès aux charges importantes. Ils ne pouvaient doue envoyer au Parlement que des hommes assez peu consciencieux pour ne pas reculer devant la prestation sacrilège du serment schismatique du Test, ou dapostasie.
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Ce senniMit. dit de suprématie, consistait à nier la primautr du Pape, pour aflinner, au contraire, la souvi>raineté absolue du roi. ou delà reine, en niaticre religieuse. Il impliquait égalemenl la n«'>gati(»n de la transsubstantiation, du culte de la Sainte ^'ierge et des saints, etc. Kn somme, il n'était rien moins que l'abjuration totale du catholicisme.
Dans ces conditions, le droit de voter, octroyé aux catholiques, n'était-il pas illusoire? Non, car il entraînait celui de se réunir, de se concerter, de pétitionner, d'exprimer des revendications et des plaintes. C'est sur cette base, en apparence si restreinte, que le grand Daniel O'Connell organisa la résistance. Orateur puissant et lutteur indonqitable. il souleva les masses. Kn quelques années, l'agitation créée par lui acquit des proportions immenses. A certains de ses meetings, on compta jusqu'à plus de cent mille hommes.
Élu député, en 182G, il fut exclu de l'enceinte législative pour s'être refusé au serment du Test. Mais l'opinion publique était ébranlée jusque dans ses fondements. Il avait institué, pour la conquête de la liberté de conscience, une vaste Association, à laquelle parvinrent de toutes parts, non seulement de l'Irlande, mais aussi de l'Angleterre, de ri'Airopeet de rAmérit{ue, de nombreuses adhésions et des secours pécuniaires abondants.
Georges III et Georges IV. les ministres et la Chambre des Lor<ls opposèrent longtemps un impitoyable veto à ces justes réclamations; mais ils comprirent. (Uilin, le danger de sobstiner davantage dans la folle pensée de compi'imer ])ar la force l'essor île tout un peuple. Le bill d'émancipation «les catholiques, présenté au Parlement en i'"^.i9. fut voté à une uiajoriléde cent soixante-dix-huit voix ilans la (]hauibi*e des Communes, et de deux cent cinq dans celle des Lords.
Le i5 mai de la mèuie année. O'CiOnnell siégeait au Parlement, sans prêter le serment de su[)rémalie protestante. Plusieurs sommités catholi<pies, entre autres le due île XorfolU. I<ird Clillord. lunl Dormei". lord Stalford. etc., écartés i)réci''demment de la haute Assemblée à tausc de leurs convictions religieuses, y occu[)èi'enl la place héréilitaire à lai|iitlli' ils avaient droit .
P<iui" tous les lidéles d.Vngleteri'e et d'Ii'Iande. comment.'ait une ère de liberlt- : les catholi((ues n'é-taient [dus des parias. La magisti'alure. I ai-méc. et même le conseil i)rivé' de la Couronne s'ouvraient tlevaiil eux (1).
(i) l'.f.Ariinuil lirfristrrnf crrnts. fur //»«• i/e«r ;^■•J^^ iii-S '. I.oihIits. i8T«». — Krshinc M IV, lonl FariilMtroii;;li. ('.nnutihitional llistnry af Ei\<:l(inil sinrr tlw nrrrssinn nf '' -rt-f ///. i;f>i»-iH<i«i. -j iii-M', I.mi.Ins isC, ». |. 1|. Aiiilu-isl. Ilistori/ of vnlholic h'iuinriiiatinn. i-;i-iSji,. j iii-S'. |,nii<ir.s. iSsC. 1),- Mn.l.imir. Ilishnrv ilc Ui lifimisaancv du ,n(hoU.iitmc «vi .\iii:l,-lrrir. „i, \l\' sin-lr. i .-.lit.. iii-S'. |»jiris. iS<|(i.
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Effroyablement persécutés pendant trois siècles, ils avaient dû, jusqu'à cette époque, s'entourer des précautions les plus minutieuses, ne possédant que de rares chapelles, dissimulées avec soin. Dans les campagnes, elles n'avaient que les dehors d'une ferme vulgaire, le plus souvent isolée ; dans les villes, elles se cachaient au fond de quelque maison à façade modeste, de préférence dans les quai'tiers peu fréquentés, et l'on prenait, pour assister aux offices, des chemins détournés, comme, autrefois, les premiers chrétiens se rendant aux catacombes.
Désormais, il n'en serait plus ainsi. Les catholiques se montreraient à découvert, et marcheraient la tète haute (1).
§2 Multitude de sectes en Angleterre.
Fondée par l'impie Henri \\\V, l'église officielle asservissait entièrement le spirituel au pouvoir civil. Le roi, ou la reine, réglaient sans appel ce qu'il fallait croire. Les évèques n'avaient aucune compétence pour résoudre les controverses relatives au dogme, à la morale, au culte, ou à la discipline; mais ils jouissaient de traitements énormes, se chiffrant par centaines de mille francs. Cette opulence les consolait facilement de leur rôle effacé.
Les anglicans se divisaient alors en trois partis.
Le premier, dit de la haute Eglise, high Chur'ch. satisfait de ses riches prébendes, s'inquiétait peu du reste. Il s'en tenait volontiers à l'état de choses existant, et trouvait parfait cet asservissement du spirituel au pouvoir royal.
Un second, celui de la basse Eglise, low Charch, parti des biblicistes et des puritains, était plus radical. Déduisant toutes les conséquences logiques renfermées dans le principe protestant, il n'agréait que la Bible, mais en laissant à chacun la faculté de l'interpréter à sa façon. L'établissement de l'église nationale lui semblait une usurpation sur les droits imprescriptibles de l'âme humaine, et une violation flagrante de la liberté de conscience. Néanmoins, il acceptait cet emi)iétement. comme un moindre mal, et dans la crainte d'un pire. Quant aux trente-neuf articles imposés par la papesse Elisabeth, on pouvait, à son avis, et sans scrupule aucun, jurer d'y adhérer pleinement, sans en croire le moindre mot (2).
(i) Cf. Newinan, The second Spring, in-8', Londres, i83S. — Tliureau-Diinj;in, La Itenaiasance catholique en Angleterre, au XIX' si('cle, S iii-H", Paris, iS«)t)-i<,)o(>. t. I, Introduction, p. xiii sq.
(2) VA'. Liciitenberj;er, Encycloprdie des sciences religieuses (ouwage protestant), i'\ in-So, Paris. iS^j-iSSii, t. IV, p. 2<)() scj. — John Blunt. Dictionary of sects, in-4*^, Londres, 1891, V Puritans, p. ^02-^63.
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Entre ces extrêmes, se constituiiit un parli moyen : celui des hommes cpii, déplorant la division des églises, aspiraient à l'unité. Selon eux, une église nationale était un non-sens et une source inépuisable d'abus. Xe formait-elle pas une branche de l'administration politique ? nétait-elle pas un simple rouage gouvernemental, et rien de plus ?
Ils rêvaient donc d'une église indépendante du pouvoir temporel, comme on l'avait admirée, à l'époque glorieuse des Athanase, des Basile et des Ambroise.
Pi'éoccupés de ces pensées, ils se mirent avec une louable anleur à l'étude sérieuse et persévérante de l'antiiiuité chrétienne, se flattant d'infuser par là une vie nouvelle à leur église nationale, dont ils ne constataient que trop l'impuissance et la stérilité.
Tout durèrent s'annonçait le résultat de tant d'ellorts. Les Pères des trois premiers siècles sont les témoins irrécusables des croyances de l'Kglise primitive. La connaissance approfondie de leurs œuvres ramenait à l'Eglise romaine ces infatigables chercheurs.
Depuis 1820, cette orientation des esprits les plus cultivés s'accentuait dans les célèbres universités d'Oxford et de Cambridge. Les professeurs enseignaient presque tous nos dogmes : la présence réelle et l'adoration du Très Saint Sacrement, la justification, la confession auriculaire, la dévotion à la Sainte Vierge, le culte des saints, la vénération de leurs reliques et de leurs images, les vonix do religion, le jeune et les autres pratiques de pénitence, etc.
Désireux de réformer la réforme protestante, ces hommes dont l'inllueuce ne cessait de s'étendre, propageaient leurs idées par une loule d'écrits alertes et vigoureux intitulés : Trailés pour le temps actuel (i).
Ce troisième parti était celui des Puséistea, ainsi nommés de l'un des principaux d'entre eux, le docteur Puscy. chanoine et professeur d'hébreu à l'université d'Oxford. On les appelait aussi Tracluriens, à cause des tracts, ou hrocliures, doiil ils s(> servaient iioiir la dillusion de leurs docti'ines ; ou encore lîihi/ilisU's. parci' (jn iK adincl laiiiit la |)liq)art des l'ites en usage dans l'Ilglisc romaine.
Mais, puis((ue sui- lanl «le points ils iniilairnl les ancicn^^ INres, pourquoi ne pas marcliei- jnsi|ir;iii bout sur leur traces? Pourquoi ne pas accepter, comme eux. ce (|ui est essentiel p<inr rnnil<'' ilans la \ 'l'itahle Eglise de .Fésus-Clirisi : |;i s()UM\issi(»n an PaiM-, successeur légiliiiK' de saint Pii-rn-, Prince des \ p.")! rcs '.'
(1) TraclH fur Ihr linu:n /»/ mninhfrs nf Ihr iinircriiitij of Oxford, ^1 in-S<*, Loiulirs. i8'JJ-iK',<.. — N.wiiMii. tlie CliiircU of Ihc lùitlicrs, in-S'. ()xf«ir<l. iS',i.