CHAPITRE VII
Aldenham
'Lord Acton et "Lady Granvt'lle.
Vicaire apostolique du district occidental après le décès de Mgr Baggs (1840), Mgr Ullathorne avait, à Penzance, apprécié les Oblals. Transféré en 1848 dans le district central, il se hâta, pour les avoir comme collaborateurs, de leur offrir aussitôt un établissement à Aldenham. près de Shrewsbury, ville de vingt mille habitants, dans le Shropshire.
Par une coïncidence des plus heureuses et sans doute ménagée par la Providence, Aldenham était bâti à lombre du château seigneurial de la famille Acton que Mgr de Mazenod connut particulièrement en Sicile, et avec laquelle il gardait les meilleures relations. Dans le palais du cardinal de ce nom, à Rome, il bénit, le 7 août i845, le mariage de sa nièce, Gésarie de Boisgelin, avec le marquis de Damas.
Le baron Richard Acton, frère du cardinal, et mort à l'âge de trente-cinq ans, avait laissé comme héritier un fils unique, encore sous la tutelle de lord Granville, auquel la baronne Acton s'était remariée. Cette dame, excellente catholique et désireuse »le propager la vraie foi sur les terres de son jeune fils, fut enchantée de voir les Oblats se fixer à Aldenham. VMe leur témoigna une bonté sans limite, et aurait voulu les avoir tous les jours à sa table, où elle réunissait souvent lilitr de l'aristocratie, même protestante, du royaume. Lord (Iranville, ministre du gouvernement, n'était j»as converti : mais, d'un esprit i-levé et très lai'go, il se montrait favorable au eatludicisiiie.
Dans ee milieu, où ils rencontrèrent le fameux lord Canning, les parents t[r lord Palmerston et beaucoup d'autres, les Missionnaires des pauvres pai'urent en leur costume oi'dinaire : soutane et large croix sur la poitrine. La louche spéciale ijuavaient reçue de leur séjoui' en France les Pères «1»; langue anglaise, lit l;i iiuMlleui-e impression
ALDENHAM
dans cette société exigeante. Lady Granville et sa belle-sœur, lady Georgine, triomphaient, en prouvant ainsi à leurs amis protestants que les prêtres catholiques possédaient du savoir-vivre, et ne ressemblaient en rien au portrait fantaisiste qu'en traçaient leurs ennemis.
Quand la famille Granville et ses invités retournaient à Londres, où tous passaient la majeure partie de l'année, les Pères demeuraient à peu près seuls maîtres du château mis à leur disposition avec sa riche bibliothèque, ses beaux jardins, son parc immense. Ils habitaient, cependant, une charmante maison complètement indépendante, de manière à pouvoir y pratiquer parfaitement les exercices de la Règle. La chapelle était fort jolie et abondamment pourvue de ce qui contribue à la splendeur du culte. Enfin, une voiture et des chevaux restaient constamment à leur service pour les missions à entreprendre dans un rayon assez étendu.
Pas plus là qu'à Everingham et à Grâce Dieu, en effet, le contact des grands de la terre ne faisait oublier aux Oblats de Marie le but premier de leur Congrégation.
Un vaste champ à défricher s'ouvrait devant eux.
? 2 Puséiste pris dans ses propres filets.
Les Pères travaillèrent avec leur zèle accoutumé, et, là, comme ailleurs, Dieu bénit leurs efforts. Quelques mois à peine après leur arrivée, ils avaient déjà créé cinq centres d'évangélisation : Aldenham, Bridgenorth(6.ooo habitants), Wenlock (i5.86o), Midleton et Broseley. Fin ces endroits, les catholiques s'améliorèrent et les protestants commencèrent à se convertir.
Ce résultat ne plaisait point aux prédicants de l'erreur. Ils suscitèrent tous les obstacles possibles. Leur audace les poussait à suivre les Pères pas à pas, afin de détruire, autant qu'il dépendait d'eux, les germes de vérité jetés dans les âmes.
Un jour, l'un d'eux, mal renseigné sur l'heure la plus propice à raccom[)lissement de son œuvre néfaste, s'introduisit dans une maison avant que les Missionnaires n'en fussent partis. Excellente occasion pour ceux-ci d'entamer une discussion avec l'un de leurs plus ardents adversaires, et de lui fermer la bouche à jamais !
Devant les assistants, dont le nombre croissait à chaque minute, car les voisins avertis accouraient pour être témoins du combat, ils infligèrent au faux apôtre un interrogatoire de plus en plus pressé sur son enseignement. Ayant découvert en lui un puséiste, ils le contrai-
gnirent clav(»uer, à la stupéfaction générale, la doctrine qu'il professait secrètement.
— La confession est-elle utile, ou digne de réprobation? lui demandèrent-ils. Nous vient-elle de la primitive Eglise, ou, comme le prétendent les anglicans, est-elle d'institution humaine ?
— Le dogme de la confession, répondit-il, nous vient vraiment de Jésus-Glirist. On ne peut nier qu'elle ait été en usage dès l'origine de l'Kglise.
— Est-ce donc avantageux de se confesser au prêtre ?
— Certainement.
— La confession remet-elle les péchés ?
— Oui!
— En dehors de la confession, j)eut-on obtenir le pardon de ses fautes ?
— Beaucoup plus difficilement, et encore avec le désir de se confesser.
Les assistants se regardaient ébahis. Ils n'en croyaient pas leurs oreilles. Etait-ce bien leur ministre qui parlait de la sorte ? Pourtant, comment douter?
La foule ne cessant de croître, car la nouvelle s'était répandue comme une traînée de poudre, on dut sortir de la salle trop petite, et l'on se dirigea vers une des places de la cité.
En plein air, le tournoi recommença sur des proportions plus vastes.
Après avoir forcé le malheureux à répéter devant cette multitude ce qu'il avait déjà dit au sujet de la confession, les Pères, pendant plus d'une heure, s'attaquèrent à tous les points do sa doctrine, et l'amenèrent à déclarer qu'il admettait comme indubitables la plupart des dogmes de l'Eglise romaine.
L'étonnemcmt de ses paroissiens augmentait avec l'embarras de leur pasteur, qui, obligé de se reconnaîti'e presque catholique dans sa foi, tâchait, à chaque reculade, de justifier sa conduite, et d'expliquer pourquoi, catholique au fond, il enseignait m'aniiioiiis l'anglicanisme auquel il ne croyait plus.
— Poiircpioi n'cntrez-vous |)as dans l'Eglise romaine <|ui (^sl la seule vraie? El ])our(|uoi n'y allirez-vous pas vos ouailles, au lieu de les enchahier à l'erreur?
.V ces objui'gations iiiullipliées, il se llalla d'avoir, cnlin. liouvé une réponse satisfaisante.
— Si j'étais né calholicjue, <lil-il. je péclierais en entrant tlans 1 anglicanisme: de rnèine, \ir anglican, je serais coupaMe de pa^sci- au «•atliolicisine.
ALDENHAM OO'J
A cette piètre explication, un murmure désapprobateur éclata de tous côtés.
Dominant le brouhaha de la multitude houleuse, un des Pères s'écria :
— Henri VIII était né catholique, et il s'est fait anglican. Bien plus, il a cherché à entraîner tous ses sujets dans cette religion inventée par lui. D'après le principe même de votre ministre, jugez !
Un tonnerre d'applaudissements accueillit ces paroles.
Le prédicant ne répliqua rien. Sa défaite était trop évidente à tous les yeux. Il prêcha, le lendemain, dans son temple, un long sermon sur la nécessité et les avantages de la confession auriculaire. De leur côté, les Pères, dans leur église remplie par une foule compacte de catholiques et de protestants, résumèrent la discussion de la veille.
Nombreuses furent les conversions, et le ministre lui-même y coopéra.