‹ Cent ans de république aux États-UnisChapitre 13 sur 166 · XXXVI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXXVI INTRODUCTION

diverses prérogatives accordées au président, on ne douterait pas de sa puissance. L'examen attentir des réalités apporte des preuves de sa faiblesse. La présidence américaine passe par des alternatives de grandeur et de décadence. Sa force ou sa débilité dépendent beaucoup du mérite personnel de ceux qui en exercent les fonctions, ainsi que des circonstances politiques.

Gomme le premier roi, le premier président des États-Unis fut c un soldat heureux >. Grâce à lui, la magistrature suprême reçut un reflet de gloire militaire, et participa largement à l'honneur du succès obtenu dans la mise en œuvre des institutions nouvelles. Avec Jackson, autre soldat victorieux, se proclamant bien haut le délégué direct du peuple, c'est la souveraineté populaire ellemême qui trône à la Maison-Blanche. Trente ans plus tard, la terrible crise de la guerre civile grandit à la fois la présidence et le président Lincoln. La gravité des périls communique au chef de l'État l'énergie nécessaire pour les surmonter. Dans ce gouvernement, parfois si débile, se révèlent soudain la décision et la vigueur d'une dictature. Parmi les dernières présidences sans relief, une seule a marqué, celle du général Grant le triomphateur, qui depuis Les plis du dra-

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peau de TUnion sauvée couvrent sa mémoire.

En dehors des causes exceptionnelles contribuant à rehausser pour un temps son autorité, le pouvoir exécutif est-il aussi déchu qu'on serait tenté de le croire d'après les critiques actuelles de la Presse américaine? Le veto tout au moins subsiste. Ce n'est pas là une ressource extrême, à laquelle Thomme d'audace et de résolution, le strong man présidentiel se permet seul de recourir. Les présidents les plus débonnaires savent manier ulilement cette arme défensive, et les gouverneurs des États particuliers, ne craignent pas d'en faire un fréquent usage.

Le côté faible de la présidence est rélection périodique. 11 ne s'agit pas seulement des diflicultés et des périls de toute nature qui accompagnent chaque scrutin présidentiel : la vie politique suspendue presque une année avant l'échéance ; la campagne de violences, de fraudes et de corruptions menée à travers le pays entier ; la présidence disputée par deux partis de forces presque égales (le fait a été constaté récemment plusieurs fois de suite), et en conséquence le danger de voir, dans un avenir plus ou moins prochain, les compétitions pacifiques remplacées par un duel sanglant pour la conquête du pouvoir. C'est l'élec-

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lion raêrne que les Américains signalent comme une cause irrémédiable de décadence, parce qu'elle abaisse progressivement le niveau d^s choix.

Aux yeux des vrais politiciens, c une complète insignifiance politique est la première qualité requise du bon candidat' à la présidence... Toute carrière marquante constitue d'habitude une véritable incapacité électorale *. » Chacun savait jusqu'ici que le système électif n'offrait pas la sécurité du principe dynastique. Mais cette infériorité était compensée, disait-on, par l'avantage de choisir parmi les meilleurs, et d'appeler ainsi le plus digne à occuper le poste le plus élevé. Les intérêts égoïstes et l'envie des partis rivaux ont rendu l'avantage illusoire : la médiocrité du chef de l'État est aujourd'hui la règle commune.

D'après « la théorie littéraire de la Constitution », le pouvoir judiciaire doit aussi servir de frein au pouvoir législatif. Quand une affaire est soumise à sa juridiction, il a le droit et le devoir d'examiner si les lois applicables à la cause ont dépassé les limites constitutionnelles, et, dans ce cas, de les tenir pour non avenues. Il joue donc le rôle d'arbitre politique. En lui apparaît à la fois

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