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plane sur les sommets. Semblable à une sorte de conseil aulique, il imprime la direction générale, règne de loin, gouverne peu, et n^administre presque pas.
Mais Ton n'évite point les difficultés en les déplaçant. Tous les embarras de la vie politique quotidienne se retrouvent dans les divers États où le gouvernement, l'administration, la loi, l'impôt, atteignent directement les citoyens. C'est là que se manifestent les effets pratiques de la toute-puissance du nombre, la valeur des choix populaires, et la nature des garanties offertes aux intérêts individuels comme à la vraie liberté. C'est là que pourraient se résoudre les principales questions relatives au fonctionnement du régime démocratique. La souveraineté du peuple reste-t-elle maîtresse d'elle-même? Est-elle confisquée au profit des groupes dirigeants et de leurs chefs apparents ou occultes? De quels instruments se sert-elle, et quels sont les hommes à qui elle sert d'instrument ?
Si la Constitution est le mécanisme, l'élection est le grand moteur. Non seulement presque toutes les fonctions sont électives, mais tout se fait, tout se dit en vue du scrutin. La course plus ou moins loyale à la popularité, la surenchère forcée dans l'exagération du radicalisme, moyen toujours facile
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de séduire les foules, sont les résultats naturels du vote à outrance. Que peut-il en advenir, quand la corruption électorale vicie à sa source le principe même des institutions ?
Ici encore, les procédés réguliers et constitutionnels figurent Tappareil extérieur. Les véritables ressorts sont les combinaisons extra-légales, inventées pour manipuler et corriger au besoin les élections par les politiciens spéciaux qui ont accaparé la direction du suffrage universel. Derrière les décors pompeux de la pièce ofiicielle jouée devant le gros public, les affaires sérieuses se négocient entre affiliés. Du fond de la coulisse, les puissances financières mènent tout, dit-on : élections, Chambres et gouvernement. Par une ironie des choses, facile à prévoir d'ailleurs, les réalités du pouvoir, dans une démocratie républicaine, appartiennent à raristocratie de la spéculation et de l'argent, dès qu'elles échappent aux brutalités des multitudes.
Pendant longtemps, les partis étaient regardés comme le fléau des sociétés et des États ; les Américains en ont fait le pivot de leur système politique, qu'ils qualifient les uns avec regret, les autres avec sympathie, mais tous sans hésitation, de gouvernement de parti, partisan gover muent.
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L'Angleterre av«iit ouvert là voie; rAmérique y a marché beaucoup plus vite et plus loin. Elle subordonne tout à l'esprit et à la discipline de parti, force unique animant la machine électorale. Les deux partis rivaux, celui qui détient le pouvoir et celui qui le veut prendre, sans en oublier les profils, imposent l'un et l'autre la même discipline inflexible : chaque citoyen est obligé d'obéir passivement, soit aux chefs de l'Opposition, soit aux chefs du gouvernement. La nation entière se trouve étroitement enfermée dans un double cadre de politiciens et de comités, sans qu'il soit possible d'échap][>er à ces organisations écrasantes.
Jusqu'ici, sauf de très rares exceptions, aux Étals-Unis, comme en Angleterre, deux grands partis seulement (aujourd'hui les républicains et les démocrates) se disputaient le pouvoir*. La ré-
1. Durant les douze -premières années du gouvernement fédéral, de 1789 à 1801, le pouvoir appartient aux fédéralistes^ sous la double présidence de Washin<^ton et la présidence de John Adama. Puis le parti démocrate (appelé d'abord républicain) prend la direction des affaires et la garde vingt-quatre ans, de 1801 à 18i5, avec les présidents Jefferson, Madison, et Monroë, élus chacun pour deux termes successifs de quatre années. Le parti fédéraliste, à moitié désorganisé, reparaît un instant au pouvoir dans la personne de John Quincy Adams (1825-1829). Il est bientôt forcé de céder la place aux démocrates qui s*y maintiennent pendant douze ans, de 1829 à 1841, sous Jackson, élu
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ceDte victoire des démocrates et réieclion du président Cleveland sont dues à l'entrée en scène d'un tiers parti, celui des Indépendants. Il a pu rendre service aux Américains dans des circonstances délicates où Thonnèteté se voyait réduite à consiituer.un mince parti politique. On assure qu'il s'est égrené peu de temps après les opérations du scrutin. Si quelque groupe semblable venait à se perpétuer, il deviendrait l'arbitre de la situation en face des deux partis traditionnels presque égaux numériquement, arbitre irret?pon-
deux fois de suite à la présidence, et sous Van Buren. Puis vient le règne éphémère éeswhigs^ formés des débris de l'ancien parti fédéraliste, et représentés par Harrison, mort au bout d'un mois et remplacé par le vice-président Tyler, 'de couleur indécise (18il-1845). Sous James Polie, les démocrates reviennent pour quatre ans (18i5-1849). Supplantés par les whigs (président Zachary Taylor, mort après seize mois de fonctions, et remplacé par le vice-président Millard Filmore) (1849-1853), ils sont vainqueurs de nouveau et conservent la puissance pendant huit ans, de 1853 à 1861, avec Franklin Pierccet James Buchanan. Enfin le nouveau parti républicaifiy successeur des whigs et des anciens fédéralistes, s'installe au pouvoir avec le président Lincoln (1861- 1865), élu une seconde fois, mais assassiné et remplacé par le vice-président Johnson (1865-1869); le môme parti se maintient aux affaires avec le président Ulysses Gr^nt, élu deux fois de suite (1869-1877); le président R.B. Hayes (1877-1881); et^ le président Garfield (1881), assassiné peu après et remplacé par le vice-président Arthur ; enfin le parti démocrate, éloigné du pouvoir depuis 1861, y reparaît en 1885 par Télectioa de M. Cleveland, le président actuel des Ëtats-Unis.
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sable, puisque, étant trop faible par le nombre, jamais il n'aurait lui-même la direction des affaires. Le jeu du gouvernement de parti serait profondément troublé.
De la pratique constante du parlementarisme, sous la forme anglaise et américaine, se dégage cette règle fixe : le strict dualisme des partis en est la condition indispensable; Tintervention d'un troisième parti vient fatalement entraver et disloquer, sinon détruire, tout régime parlementaire*.
Mais, faute d'un pouvoir stable et de garanties hiérarchiques, le gouvernement par un parti, dans l'intérêt de tous, se transforme en gouvernement pour le parti et dans son intérêt exclusif. Quand la majorité du parti vainqueur est maîtresse souveraine de la politique et des finances de l'État par sa prépondérance numérique au milieu des Assemblées, maîtresse de l'administration entière par SCS créatures, détenant la totalité des emplois publics, maîtresse de la justice même parles juges qu'elle élit et remplace à son gré, que reste-t-il de
1 . Le tiers parti des parnellistes a paralysé pendant plusieurs mois le parlement britannique, et menace de causer dans un avenir prochain les plus graves difflcultés au gouvernement parlementaire.
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responsabilité pour les uns et de liberté pour les autres? La fameuse formule t le gouvernement de tous par tous > prend alors un cachet particulier d'ironie. Parmi les c termes imposteurs i dont parle Bentham, en est-il un seul qui porte pareil défi à la vérité?
Sur ce point encore, les Américains luttent bravement contre les conséquences extrêmes de leur système. Il n'est bruit que de réforme. L'opinion la réclame, les politiciens la promettent, le président ressaye. Le pays attend, non sans méfiance. Ballotté entre les deux partis, cherchant avec inquiétude de quel côté pourrait se trouver le bon larron, il s'est jeté dans les bras des démocrates, par dégoût des vingt-quatre ans de règne des républicains. Contrairement aux prévisions fâcheuses, les vainqueurs n'ont pas voulu faire de leur avènement la revanche de la guerre civile, et les vaincus ont affiché une certaine bonne humeur loyale et patriotique.
€ Je ne pense pas que le monde va tomber en ruines parce que le parti républicain n'est plus au pouvoir >, disait le colonel Bob Ingersoll, républicain lui-même *. La presse indépendante affecte
i. The Naliw, de New York, 18 décembre 1884, p. 512.